Absolution conditionnelle pour un méfait sur une clôture

Trois-Rivières — Une chicane de voisins à Saint-Léon-le-Grand a bien failli valoir à une sexagénaire un casier judiciaire pour avoir endommagé une clôture mitoyenne en y mettant le feu.

Marie-Josée Viot a cependant pu bénéficier d’une absolution conditionnelle. Du même coup, elle s’est engagée à ne pas communiquer avec son voisin sous aucun prétexte.

Les événements qui lui sont reprochés sont survenus le 20 juin 2017 à Saint-Léon-le-Grand. La dame, qui est d’origine française, était en conflit avec son voisin, et ce, depuis quelques années. La veille, soit le 19 juin, elle avait contacté les policiers pour se plaindre que son voisin avait endommagé son terrain et enlevé une partie de sa clôture.

Ces derniers lui ont alors suggéré d’entreprendre un recours civil via une mise en demeure. Dans les heures suivantes, elle a rappelé les policiers en se disant insatisfaite de leurs services. Visiblement en colère, elle a alors annoncé qu’elle voulait mettre le feu à ladite clôture.

Lorsque les forces de l’ordre sont retournées sur place, la dame était hystérique. Elle tenait alors dans ses mains un bidon d’essence et un briquet. Un petit feu avait été allumé à la clôture. Compte tenu de son absence de collaboration, les policiers ont dû utiliser la force pour la maîtriser. Elle a par la suite été conduite à l’hôpital pour y recevoir des soins appropriés à son état de santé mentale.

Au moment de sa comparution, elle avait tout d’abord été accusée d’incendie criminel. Lors de son retour devant le tribunal mercredi, elle a plaidé coupable à une accusation réduite, soit celle de méfait. La procureure de la Couronne, Me Martine Tessier, a d’ailleurs précisé dans son exposé que les dommages causés à la clôture étaient minimes.

Invitée à témoigner, Mme Viot a raconté qu’elle demeurait à Saint-Léon-Le-Grand depuis 2015. Dès le départ, elle soutient que son voisin a commencé à l’insulter sur son origine. En 2016, elle se rappelle qu’il l’a notamment traitée de «crisse» de Française et l’a menacée de mettre le feu à sa maison et son auto. Elle s’est carrément dite terrorisée par celui-ci.

Le 19 juin 2017, elle a donc perdu les pédales. «Tout ce que je voulais était de porter une plainte criminelle à la police contre lui, mais on m’a parlé de mise en demeure», a-t-elle précisé. En furie, elle s’est alors emparée d’un bidon d’essence avant de causer les dommages mentionnés précédemment.

Lorsqu’interrogée sur les motifs qui l’avaient poussée à agir de la sorte, elle a répondu: «Je ne veux plus avoir peur de personne. Je me suis fâchée tout simplement.» Quant à savoir si elle a bel et bien des problèmes de santé mentale, elle a répondu par la négative. «Non! J’étais fâchée», a-t-elle répété.

Après discussions entre la Couronne et l’avocate de la prévenue, Me Sabrina Méthot, une suggestion commune de sentence a été soumise au tribunal, soit celle de l’absolution conditionnelle.

En ce sens, la dame, qui n’a aucun antécédent judiciaire, a expliqué en larmes qu’elle voudrait aller visiter sa famille en France et tout particulièrement son père âgé de 91 ans qui vient de sortir de l’hôpital et qui a besoin d’elle.

Et même si elle demeure toujours à Saint-Léon-le-Grand avec le même voisin, elle entend faire délimiter son terrain et ériger une grande clôture. «Je ne veux plus lui parler. Tout ce que je veux est d’être tranquille chez moi. J’ai le droit au respect de ma propriété », a-t-elle demandé.

Son avocate a d’ailleurs rappelé que Mme Viot est une femme ayant toujours été un actif pour la société en raison de son bénévolat. Il s’agit selon elle d’une erreur de parcours.

À la lumière de ces informations, la juge Dominique Slater a conclu qu’il était bel et bien dans son intérêt véritable de bénéficier de cette absolution conditionnelle sans que cela ne nuise à celui du public. Elle a aussi noté que la dame avait respecté ses conditions de remise en liberté depuis son arrestation en juin dernier en ne communiquant pas avec son voisin.