Absolution conditionnelle pour un homme d’affaires

Trois-Rivières — Un homme d’affaires de la région a bénéficié d’une absolution conditionnelle pour des gestes de voyeurisme commis envers les deux filles de sa conjointe alors que celles-ci étaient âgées de 13 à 15 ans.

En 2015, cet individu a en effet utilisé son appareil cellulaire pour observer les adolescentes alors qu’elles prenaient leur douche ou se trouvaient dans la salle de bain. Il est monté sur une chaise à l’extérieur de la salle de bain et a glissé son appareil dans une ouverture du plafond, le tenant ainsi à bout de bras. Comme l’appareil était en mode photo, il a ainsi pu observer à son insu l’une des victimes, et ce, à quatre reprises. Il a aussi répété le même stratagème avec l’autre jeune fille à deux reprises. Aucune photo ni vidéo n’a cependant été prise.

À un moment donné, l’une des victimes a aperçu un appareil au plafond. Elle n’en a pas tenu compte au départ mais elle s’est décidée à en parler avec sa mère puisque ça se répétait. Un signalement a ensuite été fait à la Direction de la protection de la jeunesse. La conjointe de l’accusé a donc quitté la maison avec ses trois enfants. Une plainte criminelle a également donné lieu à l’arrestation du suspect.

Dans cette affaire, la procureure de la Couronne, Me Catherine Lemay, réclamait du juge Jacques Trudel une peine de 60 jours de prison et une probation de deux ans. L’avocat de la défense, Me Alexandre Biron, suggérait pour sa part une absolution conditionnelle.

En fait, il a été démontré en preuve que le suspect, dont on doit taire l’identité pour protéger celle de ses victimes, a eu un parcours de vie exemplaire sur le plan professionnel. Il a notamment créé sa propre entreprise avec un ami et collègue en 2015. Leurs affaires vont très bien et ils emploient une quinzaine de personnes. Une condamnation pour un acte criminel empêcherait en effet l’individu et sa compagnie de soumissionner auprès des institutions publiques qui constituent leurs principaux clients et mettrait ainsi en péril l’entreprise, son avenir professionnel autant que celui de son partenaire d’affaires et de ses employés.

Qui plus est, il a été démontré que sur un plan personnel, il n’avait aucune problématique particulière: il n’a pas antécédent criminel ni de problèmes psychiatriques, il a un réseau social positif et il n’a pas de dépendances à l’alcool et aux stupéfiants. La mère des victimes a certes vécu un sentiment de déchirement important mais elle espère malgré tout reprendre un jour la vie commune avec cet homme. Pour elle, ces gestes constituent un accident de parcours.

Les deux victimes ont elles aussi été bouleversées, surtout l’une d’elles qui a perdu la confiance et l’estime de soi. Par contre, elles sont toutes les deux prêtes à le revoir sans pour autant être immédiatement prêtes à revivre avec lui. Elles ont également été marquées par la séparation entre leur mère et l’accusé et par l’intervention de la DPJ.

Par ailleurs, l’évaluation psychologique démontre qu’il a une identité fragile. Il éprouverait de la difficulté à trouver les causes de son agir délictuel mais il a exprimé des regrets sincères pour les conséquences infligées aux victimes. Il a d’ailleurs entrepris des démarches thérapeutiques et bénéficie du soutien de sa famille, de ses amis et de la compréhension des victimes et de leur mère.

En fait, nul doute qu’il est dans son intérêt de ne pas avoir de casier judiciaire mais qu’en est-il de l’intérêt public? «Nul ne peut prédire l’avenir mais le tribunal doit se fonder sur la preuve qui révèle un faible niveau de récidive chez un homme vivant et exprimant des regrets, le désir concret de ne jamais recommencer et possédant par ailleurs les outils, les moyens et le support pour y parvenir. L’opinion publique est certes aussi constituée de celle des témoins entendus et des victimes elles-mêmes manifestant ne serait-ce qu’indirectement une forme de pardon à l’endroit du geste de l’accusé», écrit le juge Jacques Trudel.

C’est pourquoi il a conclu qu’il pouvait absoudre conditionnement l’individu. Ce dernier sera par ailleurs soumis à une probation pendant deux ans avec comme conditions de suivre les directives de son agent de probation, d’entreprendre et compléter une thérapie relativement aux agirs délictuels et de verser la somme de 1000 $ à l’organisme Point de rue. Il lui serait interdit de communiquer et de se trouver en présence des victimes pour les six prochains mois. Par la suite, et ce, pendant toute la durée de sa probation, il devra obtenir l’autorisation des victimes, de leur mère et de son agent de probation pour leur parler ou se trouver en leur présence.