90 jours de prison pour voies de fait graves

Trois-Rivières — Un homme de 36 ans de Trois-Rivières, Mathieu Gélinas, a écopé d’une peine de 90 jours de prison qu’il pourra purger les fins de semaine pour avoir violemment frappé un individu au parc Champlain en août 2017.

La particularité de cette sentence est que le juge Bruno Langelier a accepté de créditer les six mois de thérapie fermée accomplis par cet individu et ce, tel que demandé par son avocat Me Louis R. Lupien. «Sans les acquis thérapeutiques et sa réhabilitation convaincante démontrée, le tribunal aurait envisagé une peine se situant entre 9 et 12 mois de prison», a écrit le juge dans sa décision rendue le 25 janvier dernier.

Rappelons les faits: le 26 août 2017, Mathieu Gélinas, qui était alors intoxiqué, a croisé la victime au parc Champlain. Il y a eu une altercation verbale entre les deux hommes. Gélinas a ensuite asséné un violent coup de poing au visage de la victime qui est tombée sur le sol, incapable de se défendre. Il a malgré tout continué à frapper à grands coups de pied le pauvre homme à plusieurs reprises à la tête et dans le dos. Il s’est ensuite enfui avec la casquette de la victime.

L’accusé a été arrêté quelques jours plus tard par les policiers. Le 23 janvier 2018, il a plaidé coupable à l’accusation de voies de fait graves.

Quant à la victime, elle ne se souvient pas de ce qui s’est passé. Elle souffre de maux de tête importants et de pertes de mémoire et doit bénéficier d’un suivi médical.

Lors des plaidoiries sur la sentence, la procureure de la Couronne, Me Pascale Tremblay, a réclamé une peine de deux ans de prison en insistant sur les critères de dénonciation et de dissuasion. Pour sa part, Me Lupien a suggéré 90 jours de prison discontinue pour ne pas restreindre les efforts de réhabilitation de son client.

Lors de l’agression, ce dernier était bénéficiaire de l’aide sociale, souffrait de problèmes de toxicomanie et de santé mentale et cumulait quelques antécédents judiciaires pour drogue, méfait et recel. Il avait déjà tenté de suivre des thérapies dans le passé mais sans succès.

Lorsqu’il a été libéré sous engagements en septembre 2017, peu de temps après son arrestation, il a entrepris une nouvelle thérapie au Centre L’Autre côté de l’ombre. D’une durée de six mois, celle-ci aurait été complétée avec succès. Il a ensuite poursuivi en externe un suivi avec les services de réadaptation en dépendance du CIUSSS MCQ. Il a également réussi à se dénicher un emploi comme cuisinier.

Certes, le crime qu’il a commis est sérieux et les blessures infligées à la victime sont graves. D’un autre côté, le tribunal retient comme facteurs atténuants le plaidoyer de culpabilité de Mathieu Gélinas, son respect des conditions de remise en liberté et la reconnaissance de sa responsabilité. En plus, le rapport présentenciel révèle un pronostic positif de réhabilitation s’il maintient sa sobriété et son suivi en santé mentale. Le juge Langelier a aussi tenu compte des regrets exprimés en cour.

Si, généralement, le tribunal considère les thérapies comme des facteurs atténuants, le juge Langelier a accepté cette fois-ci de créditer son séjour en cure fermée en insistant sur la réhabilitation et le principe d’individualisation de la peine. En ce sens, il est d’avis que l’accusé lui a présenté une démonstration particulièrement convaincante de sa réhabilitation. «Le tribunal ayant à l’esprit qu’il a été privé de sa liberté pendant plus de six mois, il lui en accorde le même crédit. D’ailleurs, plusieurs décisions de la Cour du Québec retiennent cette position. Le tribunal n’affirme pas qu’il s’agit de considérer cette période comme étant de la détention mais bien d’une privation de liberté», a-t-il écrit.

Ainsi, Mathieu Gélinas devra purger 90 jours de prison les fins de semaine et se soumettre à une probation pendant trois ans, dont deux ans avec suivi. Il devra notamment suivre les recommandations de son agente de probation en lien avec les problématiques de toxicomanie et de santé mentale, suivre les recommandations de son médecin psychiatre et pendre la médication, ne pas consommer et avoir de drogue en sa possession et réaliser 150 heures de travaux communautaires dans un délai de 18 mois.