En plus des 90 jours de prison les fins de semaine, Steve Desjardins devra respecter une probation pendant deux ans et verser un don de 1500$ à l’organisme Point de Rue.

90 jours de prison pour Steve Desjardins

TROIS-RIVIÈRES — Steve Desjardins, un entrepreneur en construction de la région, devra purger 90 jours de prison les fins de semaine pour avoir produit du cannabis en 2013.

Il devra également respecter une probation pendant deux ans et verser un don de 1500 $ à l’organisme Point de Rue.

Dans cette affaire, la procureure de la Couronne, Me Catherine Lacoursière, réclamait l’imposition d’une peine de 18 mois de prison. L’avocat de Steve Desjardins, Me Louis R. Lupien, avait plutôt suggéré une sentence suspendue assortie d’un don et d’une probation.

L’analyse du juge Simon Ricard a notamment porté sur le nombre de plants qui avaient été produits par l’entrepreneur. Les policiers soutenaient avoir saisi, le 23 octobre 2013, 530 plants dans un conteneur, situé sur les terrains de l’entreprise du boulevard Thibeau à Trois-Rivières. Les plants avaient été coupés et placés dans sept ballots différents.

Steve Desjardins avait admis avoir cultivé du cannabis mais seulement 50 plants pour sa consommation personnelle. Il disait avoir acheté 50 graines qu’il avait ensuite plantées dans un boisé. Or, leur croissance avait été d’une telle ampleur qu’il avait été lui-même surpris du résultat.

Le tribunal a cependant mis en doute sa version compte tenu de son inexpérience dans le domaine, de l’absence de boutures, d’un système d’irrigation et de séchoirs. D’un autre côté, le juge affirme qu’il n’y a aucune preuve hors de tout doute raisonnable sur l’existence des 530 plants. Le cannabis retrouvé avait été sectionné et écrasé. Il devient donc difficile selon le juge de différencier les branches, les tiges et le tronc. En raison de ce doute qui persiste sur la quantité exacte, il doit donc en faire bénéficier l’accusé.

De même, rien dans la preuve ne permettrait de dire que les quelque «50» plants de cannabis en question étaient destinés à être revendus. «Force est d’admettre qu’on est loin ici d’une culture hydroponique intérieure sophistiquée», a-t-il précisé.

En ce qui concerne les facteurs atténuants attribués à Steve Desjardins, il a tenu compte de son absence d’antécédents judiciaires, de son plaidoyer de culpabilité, de sa collaboration avec les policiers, de son faible risque de récidive et de son projet de travail à Toronto. Le client de Me Lupien a été décrit comme un homme ayant une vie amoureuse stable et un père de famille. Il consomme bel et bien du cannabis mais dans le but de soulager des douleurs causées par un accident de motoneige. En mars 2018, Santé Canada lui a d’ailleurs accordé l’autorisation de fumer du cannabis à des fins thérapeutiques. Un rapport présentenciel a par ailleurs fait état de sa dépendance à cette drogue et de la honte qu’elle lui occasionne.

Quant à la médiatisation de cette affaire, le juge a refusé de la considérer comme un facteur atténuant parce que les plants avaient tout de même été disposés dans un conteneur identifié au nom de son entreprise et situé sur les terrains de celle-ci. Comme l’avait souligné Me Lupien, le juge Ricard a cependant reconnu que l’entrepreneur devait maintenant composer avec certaines restrictions dans l’obtention de contrats.

Par contre, le crime est considéré comme sérieux. Même avec les nouvelles dispositions de la Loi sur le cannabis, la production était et est toujours illégale. Dans le cas présent, le juge est d’avis que les objectifs de dénonciation et dissuasion doivent s’appliquer dans la détermination de la sentence. Il a retenu que Steve Desjardins aurait en effet des valeurs morales élastiques, un faible niveau de conscientisation et une propension à se déresponsabiliser, voire à banaliser le crime. C’est pourquoi il lui a imposé une peine de prison sans pour autant qu’elle soit aussi élevée que la suggestion de la Couronne. Il a donc opté pour 90 jours de prison à être purgés les fins de semaine.

Outre la probation et le don, il lui sera aussi interdit d’avoir des armes pendant les dix prochaines années.