L’accident d’avion au lac Geoffrion a eu lieu en septembre 2011.

42 mois de prison pour Yves Julien

LA TUQUE — Yves Julien, le pilote d’hydravion reconnu coupable de négligence criminelle ayant causé la mort de Claude Bélanger en lien avec l’accident survenu en 2011 au lac Geoffrion en Haute-Mauricie, a reçu sa sentence, jeudi, au palais de justice de La Tuque. Il a été condamné à 42 mois de pénitencier et il lui sera interdit de piloter tout aéronef pour une période de 12 ans.

«Je suis très satisfait. Le juge a été clair et ç’a été bien exposé. […] Ma sœur avait fait savoir qu’elle voulait que le ciel québécois soit plus sécuritaire. Je pense que cette sentence-là va lui lancer un message à lui, mais aussi aux autres personnes qui seraient tentées d’agir de cette façon-là», a lancé Gilbert Grenier, le beau-frère de la victime.

«C’est certain que ça ne ramènera pas Claude, mon beau-frère. Par contre, le message est clair. Les règles sont là pour être suivies. C’est ce qu’il faut retenir, je pense», a-t-il ajouté.

Le juge David Bouchard a expliqué sa décision dans un jugement sur la détermination de la peine de 11 pages.

«Le domaine de l’aviation est soumis à plusieurs normes de contrôle et la réglementation est adoptée, notamment, en vue d’assurer la sécurité de tous les citoyens canadiens. Piloter un avion ou un hydravion constitue un privilège. Le pilote doit faire preuve de responsabilité à l’égard de la sécurité d’autrui», peut-on lire dans le jugement.

«Le crime de l’accusé est grave objectivement et subjectivement. La peine doit refléter ces gravités. […] Les conséquences sont sérieuses. La vie d’une personne, un conjoint, un père de famille apprécié de tous, a été emportée. Les répercussions chez les proches du défunt sont importantes. Par ailleurs, le processus judiciaire favorise la réflexion auprès de l’accusé. Mais celle-ci reste à parfaire.»

Dans son analyse, le Tribunal a fait ressortir certains faits, entre autres, que l’accusé connaissait et maîtrisait la réglementation associée à sa licence d’élève-pilote, que l’accusé avait effectué 16 vols en solo sans supervision et contrôle de la part d’un instructeur de vol avant l’accident, qu’Yves Julien s’était autoproclamé compétent, que l’accusé méprisait la réglementation en vigueur et qu’il avait fait preuve d’empressement. Il note également que l’accusé avait fait preuve d’étourderie dans son processus décisionnel et qu’il a montré de l’indifférence par rapport aux conséquences prévisibles d’un vol d’hydravion dans ce contexte.

Yves Julien devra purger 42 mois de pénitencier.

«La responsabilité de l’accusé est entière», indique le juge.

Rappelons que le 16 septembre 2011, l’accusé et son ami Claude ont entrepris vers 17 h 45 un vol en direction du lac Geoffrion. Le pilote était titulaire d’un permis d’élève-pilote seulement. Ils sont arrivés à destination vers 19 h. L’accusé a survolé le lac Geoffrin avant d’entreprendre les procédures d’amerrissage. Après plusieurs tentatives infructueuses, l’hydravion a frappé de plein fouet le lac. Yves Julien a affirmé durant le procès qu’il avait frappé une bille de bois lors de la cinquième tentative d’amerrissage, qui a été fatale pour son passager. Le juge Bouchard avait d’ailleurs qualifié sa théorie de «farfelue et extravagante qui n’est pas compatible et cohérente avec les autres faits qui caractérisent le dossier» dans sa décision.

Le juge Bouchard a tenu compte de plusieurs facteurs dans son analyse sur la peine à imposer à l’individu. Il a d’abord rejeté le facteur de préméditation.

«L’accusé n’a pas planifié la conséquence tragique et son ami n’a pas été forcé d’embarquer avec lui à bord de l’hydravion», a noté le juge Bouchard.

Ce dernier a pris en compte également plusieurs facteurs aggravants, entre autres le fait qu’Yves Julien soit connu comme une personne intrépide et avide de sensations, les conséquences subies par la famille de Claude Bélanger à la suite de son décès, et le dossier de conduite automobile de l’accusé qui comporte près de 26 infractions statutaires diverses.

Le juge Bouchard a aussi souligné certaines circonstances atténuantes, notamment, l’absence d’antécédents judiciaires, le potentiel de réinsertion sociale de l’accusé, ses remords et des blessures qui ont nécessité une longue convalescence.

Yves Julien a été condamné à 42 mois de pénitencier. Il lui sera interdit de piloter tout aéronef pendant 12 ans. Le juge a également ordonné le prélèvement d’un échantillon d’ADN.

Rappelons que le procureur de la Couronne avait réclamé, lors des observations sur la peine, quatre ans de pénitencier et une interdiction de piloter à perpétuité alors que la défense avait suggéré au juge David Bouchard d’imposer 90 jours d’emprisonnement avec trois ans de probation, 200 heures de travaux communautaires et un don de 2500 $.

Demande d’appel
Yves Julien a demandé à la Cour d’appel de renverser le verdict de culpabilité. Les procédures sont toujours en cours.