Stéphane Lysight

18 mois de prison pour Stéphane Lysight

Trois-Rivières — Stéphane Lysight, cet homme qui avait été tabassé en prison par des codétenus pour avoir possédé, visionné et distribué de la pornographie juvénile, devra finalement purger 18 mois de prison pour les crimes en question.

Le juge Jacques Lacoursière a en effet abondé dans le même sens que le procureur de la Couronne, Me Jean-Marc Poirier, qui réclamait une peine dénonciatrice et dissuasive tant pour la société que pour l’individu. Dans le cadre des plaidoiries mardi, il a suggéré une peine de 18 à 21 mois en se basant non pas uniquement sur la gravité des crimes mais aussi sur la déresponsabilisation de Stéphane Lysight, son faible niveau de conscientisation, voire sa banalisation des délits basée sur des stéréotypes.

Rappelons que Lysight a plaidé coupable à des chefs de possession, accession et distribution de pornographie juvénile. Entre avril 2015 et mai 2016, il avait notamment téléversé à deux reprises des fichiers de pornographie juvénile impliquant des jeunes filles prépubères. La première dénonciation le concernant portait sur 26 fichiers. Elle avait été faite par Twitter. Une seconde a été faite quelques mois plus tard en lien avec huit images supplémentaires. Et lors d’une perquisition faite à son domicile le 26 mai 2016, les policiers avaient retrouvé 22 photos sur une clé USB et 5 vidéos.

Puis, en juin 2017, il avait enfreint un engagement de la cour qui lui interdisait d’utiliser Internet.

En septembre de la même année, il avait subi une violente raclée en prison de la part de codétenus. Il avait cependant été remis en liberté mais le 23 février dernier, il avait omis de se présenter en cour pour sa sentence parce qu’il disait avoir trop peur de retourner en prison, ce qui avait nécessité l’émission d’un mandat d’arrestation. Les policiers lui avaient finalement mis la main au collet en mai 2018 alors qu’il se terrait dans son logement. Depuis, il est demeuré détenu.

Les rapports pré-sentenciel et sexologique auraient démontré que Stéphane Lysight minimise son degré de responsabilité dans les délits commis et qu’il nie toute problématique sexuelle. Il éprouve des regrets mais ceux-ci portent davantage sur les conséquences de son arrestation. Me Poirier a d’ailleurs précisé que Lysight croyait que la pornographie juvénile était un crime sans victimes, que les enfants n’étaient pas maltraités parce qu’ils souriaient et que les fichiers en question étaient de toute façon déjà disponibles sur le Web. Et surtout, il s’est montré peu intéressé à suivre un cheminement thérapeutique.

Tout cela a évidemment pesé dans la balance lors de l’imposition de la peine. Certes, son avocat, Me Yvan Braun, a rappelé que Stéphane Lysight n’était pas un consommateur régulier de pornographie juvénile, que la période délictuelle était courte et que le nombre de fichiers illicites était peu élevé comparativement à d’autres cas soumis en jurisprudence. Il a donc proposé l’imposition de la peine minimale, soit un an de prison. Stéphane Lysignt a pour sa part déclaré regretter ses gestes.

Dans sa décision, le juge Jacques Lacoursière s’est dit conscient qu’un fichier en est toujours un de trop mais il a admis aussi qu’il faut savoir relativiser en fonction de la durée de l’infraction et du nombre de fichiers.

Or, il a aussi rappelé qu’un seul clic cause des préjudices importants aux enfants. «En les visionnant, on contribue à l’exploitation sexuelle des enfants», a-t-il mentionné. Il a d’ailleurs réfuté les arguments du prévenu à l’effet que le crime n’a pas de victimes. Pour le tribunal, il s’agit de stéréotypes qui contribuent à banaliser les crimes. «Ça dénote de votre part beaucoup de travail pour vous faire prendre conscience du tort causé», a-t-il ajouté.

Pour toutes ces raisons, il lui a imposé 18 mois de prison. Cependant, en tenant de la détention préventive, il lui reste 15 mois à purger. Il a également été condamné à un mois consécutif pour le bris d’engagements.

Et si Stéphane Lysight décide de s’investir dans une thérapie, il en aura l’occasion par le biais d’une probation de deux ans avec suivi pendant un an. Il sera par ailleurs inscrit au Registre des délinquants sexuels à vie et il devra se soumettre à une série d’interdictions visant à le tenir loin des jeunes de moins de 16 ans. Internet lui est aussi interdit sauf dans un bureau gouvernemental ou dans un endroit public, et ce, dans le seul but de l’aider à se dénicher un emploi. Ces conditions seront valides pendant six ans.