Frank Cranton

16 mois de prison pour l'homme aux 100 identités

TROIS-RIVIÈRES — «La cage est la seule place où je peux vous mettre pour protéger la société de votre comportement».

La «cage» à laquelle fait référence la juge Julie Beauchesne est la prison qu’elle impose à Frank Cranton, déclaré coupable de deux tentatives de fraude et d’entrave au travail des policiers pour des événements survenus en décembre dans les commerces trifluviens Costco et Best Buy. Lundi, la juge Beauchesne a imposé à l’homme aux 100 identités une peine d’emprisonnement totalisant 16 mois, soit cinq mois pour chaque tentative de fraude et six mois pour l’entrave.

Cranton espérait avoir une peine maximale de 12 mois. La poursuite réclamait une sentence d’emprisonnement de 24 mois.

Se représentant seul, Frank Cranton a déclaré qu’en 30 ans de carrière criminelle au Canada, il n’avait jamais vu l’imposition d’une peine de 24 mois pour ces crimes, une décision qui serait injuste selon lui. Il a rappelé à la juge Beauchesne que les magasins Costco et Best Buy n’ont eu aucune perte dans ces dossiers. La valeur des biens qui ont été l’objet de tentatives de fraude est inférieure à 450 $.

Cranton a aussi affirmé à la juge que durant les quatre mois de sa détention préventive, il n’a pu suivre de cours ou de programmes d’intervention, car de tels services sont offerts en français à la prison de Trois-Rivières. Cet anglophone a dit être mis à l’écart en raison de sa langue et s’attristait de ne pouvoir assister à une messe en anglais.

«M’envoyer en cage pour longtemps, ce n’est pas la solution», a laissé entendre Frank Cranton, qui réclamait à la juge que son temps purgé de façon préventive soit calculé à taux double (huit mois). Si la juge avait totalement acquiescé à sa demande, il aurait donc eu une peine de 12 mois d’emprisonnement, mais la peine nette à purger aurait été de quatre mois.

Me Julien Beauchamp-Laliberté appuyait sa position sur le passé criminel de Cranton. Avouant qu’il est difficile de connaître le dossier criminel exact de Cranton au Québec, étant donné que celui-ci change souvent de noms, Me Beauchamp-Laliberté a indiqué que l’individu de 49 ans a déjà reçu des peines variant de 30 jours à trois mois de prison. Une peine de six mois lui a été imposée en 2014 pour fraude et entrave au travail des policiers, un dossier similaire à celui pour lequel il a été trouvé coupable à Trois-Rivières.

Selon Me Beauchamp-Laliberté, les peines imposées à Cranton dans le passé ont visiblement eu peu d’impact sur son style de vie. C’est la raison pour laquelle il réclamait neuf mois d’emprisonnement pour chaque accusation de tentative de fraude et six mois d’emprisonnement pour l’accusation d’entrave. Il demandait que les peines soient purgées de façon consécutive, c’est-à-dire que la durée des peines s’additionne.

La juge Beauchesne a refusé d’accorder à Cranton le calcul à taux double de sa détention préventive. Elle a plutôt penché en faveur d’un calcul à taux simple et demi, comme le proposait l’avocat de la poursuite. La détention préventive de quatre mois équivaut à six mois.

En soustrayant ces six mois de la peine totale de 16 mois, la peine nette à purger par Cranton est de 10 mois. Il devra respecter une période de probation de trois ans durant laquelle il devra garder la paix et avoir une bonne conduite. Il devra s’identifier en tout temps comme étant Frank Basil Cranton et informer la cour de tout changement d’adresse. Il lui est interdit de posséder des documents comme des chèques et des cartes de crédit à un nom autre que celui de Frank Basil Cranton.

Me Beauchamp-Laliberté s’est dit satisfait de la décision de la juge Beauchesne.

«L’important est que la peine est plus longue que par le passé», raconte l’avocat de la poursuite, en précisant que les peines imposées par la juge Beauchesne seront purgées de façon consécutive.

La juge recommande également que Cranton soit transféré dans une prison anglophone. Elle ne lui impose pas de suivre différents programmes d’aide, car Cranton change constamment d’endroit, ce qui est difficilement compatible avec ce genre d’intervention. Elle a d’ailleurs qualifié l’individu de «pigeon voyageur».

Mandats

Ce qualificatif employé par la juge Beauchesne est relié au fait que Cranton est recherché pour différentes causes de fraude dans d’autres provinces canadiennes. Me Beauchamp-Laliberté a indiqué à la cour qu’il a l’intention de faire exécuter tous ces mandats. Il a besoin d’obtenir des visas territoriaux, car ces mandats contre Cranton sont valides uniquement dans les provinces où le système de justice les a délivrés. Via les visas territoriaux, l’avocat pourra obtenir la permission d’exécuter les mandats à Trois-Rivières. L’audition des causes sera faite dans les provinces d’où proviennent les mandats.