Les danseurs ont surpris en fin de spectacle avec ce numéro spectaculaire sur les notes de Droit devant.

Joyeux Calvaire: énergique, émouvant et engagé

TROIS-RIVIÈRES — Pour cette cinquième année à rendre hommage à la musique québécoise à l’Amphithéâtre Cogeco, le défi était grand à relever pour le Cirque du Soleil en cette première de Joyeux Calvaire – Hommage aux Cowboys Fringants, mercredi soir. Si le public trifluvien est devenu «expert du Cirque du Soleil» comme le disait le PDG du Cirque, Daniel Lamarre, cette semaine, force est de constater que le Cirque n’a pas encore épuisé toutes ses ressources pour en mettre plein la vue aux «experts».

Joyeux Calvaire arrive à surprendre et émouvoir, tant par ses numéros variés et époustouflants, ses décors majestueux, son souci d’occuper complètement l’enceinte de l’Amphithéâtre Cogeco que la musique du groupe québécois, puissante, forte, énergique et émouvante.

D’ailleurs, s’il faut nommer la plus grande réussite de la troupe cette année, c’est certainement d’avoir osé le choix des Cowboys Fringants. Que le public soit averti: mis à part les fans purs et durs du groupe, la plupart des spectateurs ne connaîtront pas d’emblée toutes les chansons présentes dans ce spectacle. Et franchement, c’est bien ainsi! Parce qu’à quoi bon faire un spectacle de cette envergure si ce n’est, du même coup, pour y entendre un amalgame de chansons, tant pour y fredonner les plus connues que pour y faire de belles découvertes?

Le choix des chansons s’est fait de façon minutieuse, on le sent, pour laisser la place aux œuvres ayant le plus de sens, portant les messages les plus forts du groupe.

 Les membres des Cowboys Fringants, Marie-Annick Lépine, Karl Tremblay, Jean-François Pauzé et Jérôme Dupras se sont présentés très fébriles sur le tapis rouge accompagnés de deux artistes du Cirque du Soleil.

De la totalité de la série Hommages du Cirque du Soleil, on pourra certainement conclure que Joyeux Calvaire résonnera comme le spectacle le plus engagé et porteur de sens, à travers les notes minutieusement retravaillées par le directeur musical Jean-Phi Goncalves.

Dans Bye bye Lou, les acrobates au cadre russe en mettent plein la vue aux spectateurs.

Autre belle découverte cette année, les numéros de danse qui laisseront le spectateur subjugué. Loin de moi l’idée de basculer dans le chauvinisme, mais la signature du chorégraphe trifluvien Vincent Desjardins vole à certains moments la vedette de ce spectacle.

Si la danse, dans les autres opus de cette série, pouvait parfois être éclipsée à travers l’ensemble des numéros, elle teinte certains des numéros les plus intéressants de ce Joyeux Calvaire, dont l’avant-dernier, sur les airs de Droit devant. Clin d’œil à l’élément de l’eau, les danseurs termineront leurs chorégraphies dans un bassin d’eau, éclaboussant tout au passage – y compris les spectateurs avertis des trois premières rangées – et donnant un coup d’œil qui marquera certainement l’imaginaire des spectateurs à la sortie de ce spectacle. Une grande réussite.

Le Cirque ose également avec un numéro complètement clownesque, un style auquel on a beau être habitué, mais qui fait toujours son effet. Dans La dévisse, c’est en pleurant de rire qu’on verra ce clown déchu essayer de garder le peu de dignité qui lui reste, seul sur son unicycle, accompagnant même la trame à l’instrument peu habituel qu’est la balloune qui dégonfle.

Des larmes de rires, on passera rapidement aux larmes tout court dans des numéros touchants comme Plus rien, avec la corde pendule, La tête haute au bungee-sangles ou encore la touchante Les étoiles filantes aux sangles aériennes.

Mais c’est dans des numéros comme Bye bye Lou avec des acrobates au cadre russe que l’on reconnaît la capacité du Cirque à nous tenir en haleine sur le bout de notre siège, spécialement lorsque cette acrobate décidera de se bander les yeux pour terminer ses acrobaties avec son partenaire.

Évidemment, on peut difficilement réinventer les disciplines de cirque, et après cinq spectacles différents passés en autant d’années à Trois-Rivières, certaines disciplines peuvent paraître du déjà-vu à ceux qui auront assisté à l’ensemble de la série Hommages. C’est sans doute là le bémol qui sautera aux yeux de ceux qui sont des assidus de l’Amphithéâtre Cogeco en juillet et en août, mais qu’on aura aussi rapidement éclipsé par le choix musical, qui finit toujours par prendre le dessus sur toute autre impression. Après tout, c’est d’abord la musique québécoise qui doit être l’ultime vedette de cette série de spectacles, et c’est encore le cas cette année.

C’est donc le cœur ouvert à la découverte et avec l’assurance de passer une belle soirée que les spectateurs doivent se présenter à l’Amphithéâtre Cogeco cet été.