Denise Tremblay, directrice générale de La Séjournelle.

Journée de la femme: encore beaucoup de travail à faire

TROIS-RIVIÈRES — «Globalement, on a fait des avancées», estime Sylvie Tardif, coordonnatrice de l’organisme COMSEP, mais il y a encore beaucoup à faire au sujet de la condition féminine, un point sur lequel toutes les intervenantes auprès des femmes s’entendent.

La violence, la pauvreté, l’équité salariale sont évidemment les principaux éléments de préoccupations pour les différents organismes qui œuvrent auprès des femmes en Mauricie.

Toutefois, même en politique et en sciences, les femmes ont encore des avancées à faire, estiment la mairesse de Nicolet, Geneviève Dubois et la directrice générale du CNETE, Nancy Déziel. On manque de modèles pour attirer les jeunes femmes dans ces domaines, estiment-elles.

Lyne Bourgelas, directrice adjointe, Le FAR.

Certaines attitudes sont à changer, ajoute la mairesse Dubois, comme cette idée voulant que les femmes ont davantage besoin d’être préparées que les hommes pour occuper un poste en politique, illustre-t-elle.

Nancy Déziel raconte qu’il existe encore des situations où le nom et le genre d’une scientifique sont cachés, lorsqu’elle fait des demandes à des organismes subventionnaires afin d’éviter des biais par rapport à son genre.

«Moins de 20 % des femmes font des études en sciences», dit-elle. Celles qui y vont optent surtout pour des sciences en rapport à l’humain, comme la médecine, constate-t-elle.

Sylvie Tardif, coordonnatrice chez COMSEP.

En politique municipale, les femmes ne sont présentes qu’à 30 %. La mairesse Dubois souligne d’ailleurs que seulement deux femmes sont présentes au conseil des maires de sa MRC sur 16 maires et qu’elles ne sont que deux, aussi, sur 15 membres de la Table des MRC du Centre-du-Québec.

La violence envers les femmes demeure une préoccupation de taille. Les meurtres qui ont fait la manchette au cours des derniers mois, voire des derniers jours, démontrent qu’il y a encore beaucoup à faire.

Denise Tremblay, de l’organisme La Séjournelle, estime qu’il reste des préjugés à déboulonner. Dans une situation de violence conjugale, les gens disent: «Elle n’a qu’à quitter son conjoint.» Toutefois, «la domination ne s’arrête pas là et le harcèlement non plus», plaide-t-elle. «Ça peut même augmenter les risques.»

Nancy Déziel, directrice générale du CNETE.

Sur le plan juridique, il y a aussi des pas à faire, dit-elle. Mme Tremblay explique qu’en ce moment, la séparation entre le tribunal de la jeunesse, le droit de la famille et le milieu judiciaire rend les choses extrêmement compliquées pour les femmes et les mères en situation de violence conjugale.

La ministre de la Justice, Sonia LeBel, est d’accord qu’il faut «absolument» coordonner toutes ces instances. Ce projet, dit-elle, fait d’ailleurs partie des objectifs du comité d’experts sur les agressions sexuelles et la violence conjugale récemment créé à Québec.

La violence conjugale est d’autant plus difficile pour ces femmes qu’elle est «insidieuse», constate Lyne Bourgelas de l’organisme Le FAR. Cette violence n’est pas aussi souvent physique que sociale et psychologique, explique-t-elle. Sans la présence de bleus sur le corps, difficile de se plaindre à la police, dit-elle. «Ce n’est pas judiciarisable. Ça ne laisse pas de traces. On en est encore là», déplore-t-elle.

Geneviève Dubois, mairesse de Nicolet.

«On y travaille très sérieusement», assure la ministre LeBel. Cette préoccupation, dit-elle, a été portée au bureau du premier ministre qui a eu une très belle écoute, ce qui pourrait donner lieu à des investissements, de ce côté.

Sylvie Tardif, coordonnatrice de l’organisme COMSEP, ajoute que la pauvreté est également un problème important pour les femmes, en particulier les femmes seules qui ne sont pas reconnues par les médecins comme étant malades même si elles sont psychologiquement complètement démolies. «Il y a des femmes brisées, violées, agressées, battues et il y a les analphabètes, toutes celles que j’appelle les oubliées et qui ne sont pas capables de retourner au travail», dit-elle.

Ces femmes vivent avec un maigre chèque de 740 $ par mois de l’aide sociale qui n’a augmenté que de 50 $ depuis 1988, souligne-t-elle. Il faut de 2 à 3 ans d’attente pour obtenir un loyer dans un HLM grâce auquel le logement ne coûte que 25 % du montant du revenu.

Sonia LeBel, ministre de la Justice.

Malgré tout, Sylvie Tardif voit poindre un peu d’espoir. Le premier ministre Justin Trudeau a mentionné qu’il est féministe, une position que prennent de plus en plus d’hommes, constate-t-elle.