Jeux de hasard en ligne: un impact chez les jeunes du secondaire?

Même s'ils n'ont toujours pas atteint l'âge légal pour participer à des jeux de hasard et d'argent, plusieurs jeunes du secondaire s'adonnent à cette activité de plus en plus populaire en ligne. Si une grande partie d'entre eux n'affiche pas un profil compulsif, certains sont déjà détectés comme de potentiels joueurs pathologiques et la multiplication du nombre de jeux sur Internet pourrait contribuer à accroître cette proportion.
Natacha Brunelle et Danielle Leclerc se penchent sur les effets des jeux de hasard et d'argent auprès des jeunes étudiants d'écoles secondaires.
C'est notamment ce que tentera de déterminer une professeure en psychoéducation de l'Université du Québec à Trois-Rivières dans sa plus récente étude qui a été amorcée cet automne auprès de 4000 élèves de secondaire 3, 4 et 5 de la Mauricie, du Centre-du-Québec, de Montréal et Québec.
En 2009, Natacha Brunelle avait déjà sondé quelque 1900 jeunes à ce sujet et cette étude lui avait offert des pistes afin d'en découvrir davantage sur le phénomène et toutes les conséquences qui en découlent.
«On voit que le jeu sur Internet est beaucoup plus rattaché à des problèmes de jeux que les autres type de jeux de hasard et d'argent (JHA)», explique la professeure de l'UQTR qui souhaite «documenter la séquence développementale des problèmes de jeux».
La précédente enquête avait dévoilé que 7,9 % des joueurs avaient déjà misé de l'argent en ligne. Cependant, la proportion grimpait à 34,7 % lorsqu'il s'agissait de jeux de hasard «démo» sur Internet.
Mme Brunelle souhaite donc établir un lien entre le jeu gratuit en ligne et ses impacts sur les joueurs qui utiliseront éventuellement des mises réelles. «Pour toutes sortes de raisons, les adolescents misent beaucoup plus en mode gratuit. Le problème, c'est que les stratégies de marketing utilisées font en sorte que c'est facile d'être convaincu qu'on va être bon si on mise de l'argent réel. On pense que l'expérience de jeu en mode démo pourrait être un risque supplémentaire», mentionne-t-elle.
Joueurs pathologiques probables en hausse
Même si la compilation des résultats de 2009 a permis de déterminer que seulement 2,8 % des joueurs affichaient une possible problématique de jeu pathologique, cette proportion révèle tout de même un portrait quelque peu inquiétant pour l'avenir de ces jeunes. En effet, les autres études réalisées auprès des joueurs adultes avaient plutôt permis de déterminer qu'environ 0,8 % d'entre eux affichaient un profil pathologique.
Lorsqu'on ajoute les joueurs affichant des risques de dépendance (8,2 %) dans la dernière étude, on se retrouve avec 11 % des jeunes qui peuvent se retrouver avec des problématiques de jeu.
De plus, les chiffres sont encore plus criants lorsqu'on s'attarde à l'utilisation d'Internet ou non pour les paris. La proportion joueurs pathologiques probables passe alors de 1,7 % à 15,4 % avec les JHA en ligne.
«L'accessibilité est plus grande et tu peux jouer à n'importe quelle heure de la nuit», évoque notamment Mme Brunelle, tout en soulignant le rôle des parents dans certains cas de jeunes joueurs.
Lors de sa précédente étude, des témoignages d'élèves racontaient comment, parfois, leurs proches leur prêtaient une carte de crédit pour jouer en ligne.
Autre piste d'étude, les résultats de 2009 ont aussi révélé qu'une importante partie des élèves aux prises avec des problèmes de jeux avaient également d'autres ennuis personnels, tels que la consommation de substances, la délinquance ou des troubles du comportement.
«C'est difficile d'arriver à définir qu'est-ce qui cause quoi exactement», souligne la professeure Brunelle, qui ne concentrera toutefois pas ses efforts sur cet aspect lors de sa présente étude.
Par ailleurs, ce sondage pourrait révéler des résultats différents de la première puisque, cette fois-ci, les élèves seront rencontrés à deux reprises en l'espace d'un an, question de voir l'évolution de leur profil. Lors de la précédente enquête, ils étaient sondés à une seule reprise.
Témoignage:
«J'ai commencé à jouer avec de la fausse argent''. C'est le fun parce que quand tu perds, tu en as d'autre une journée après. Puis à un moment donné, je me suis dit que je pourrais essayer de faire comme un ami. Il a commencé avec 3 ou 4 $ et il est rendu à 5000 $. J'ai commencé à miser de l'argent une fois de temps en temps.» - Simon (nom fictif), 17 ans.
Profil des joueurs:
Non problématiques 88,9 %
À risque 8,2 %
Pathologiques probables 2,8 %
44 % des jeunes interrogés ont joué à des jeux de hasard et d'argent au cours de leur vie.
Parmi ceux-ci:
> 36,4 % ont joué en mode DÉMO sur Internet
> 7,9 % ont effectué des mises réelles sur Internet
Jouer sur Internet
[Avec jeu / Sans jeu]
Joueurs non problématiques 58,5 % / 91,7 %
Joueurs à risque 26,2 % / 6,6 %
Joueurs pathologiques probables 15,4 % / 1,7 %