Jeune filmé nu: «On éprouve un malaise»

TROIS-RIVIÈRES — La mère du garçon de 11 ans qui aurait été filmé nu à son insu par un ami de 12 ans alors qu’il se trouvait à la salle de bain est inconfortable relativement au fait que les deux jeunes se trouvent toujours dans la même classe de 6e année.

«Oui, on éprouve un malaise, mais en même temps, on prône la réhabilitation, le pardon. Je ne sais pas jusqu’où la limite se situe. Est-ce qu’il doit demeurer à côté de lui en classe tous les jours? On est un peu démuni, dépourvu», confie-t-elle.

À LIRE AUSSI: Nu sur Internet à 11 ans contre son gré

Comme il n’y a qu’une seule classe de 6e année dans cette école, l’adolescent en cause devrait carrément changer d’institution scolaire. «Oui, il y a un petit malaise et je ne veux pas non plus que ce soit à mon fils de changer d’école», note-t-elle.

L’agente Sylvie Gélinas-Lamy sensibilise les jeunes à la cyberintimidation.

Elle a porté plainte à la Sûreté du Québec, lundi. Elle ne sait pas comment le jeune va réagir. «L’école m’a assuré qu’au niveau de la surveillance dans la cour de récréation et dans la classe, ça allait demeurer sécuritaire autant pour l’un que pour l’autre.» Elle espère que personne ne fera l’objet d’intimidation à la suite de toute cette histoire. «On ne voudrait pas non plus que ça se revire contre l’autre petit garçon.»

À la Sûreté du Québec, on précise que l’enquête se poursuit et que le dossier pourrait être soumis au Directeur des poursuites criminelles et pénales qui décidera si l’adolescent de 12 ans fera face au tribunal de la jeunesse. Une accusation de distribution non consensuelle d’images intimes pourrait être portée.

Il pourrait aussi éviter les accusations mais devoir passer à travers un autre type de processus. «C’est sûr que dès que les jeunes atteignent 12 ans, c’est la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents qui s’applique. Ils peuvent avoir des avertissements, des mesures transitoires, ce n’est pas nécessairement judiciarisé. Ça dépend des infractions et d’un paquet de circonstances», explique la sergente Éloïse Cossette, porte-parole de la Sûreté du Québec.

Quant à la mère de la présumée victime, elle a écrit au protecteur de l’élève de sa commission scolaire pour l’informer de la situation. Le jeune en cause a été suspendu de l’école une journée à la suite de l’incident.

Est-ce qu’il pourrait être changé d’école? La commission scolaire de la Riveraine va analyser ce cas. «Quand il y a une situation comme celle-là, on a toujours une préoccupation pour la personne victime. Est-ce que la victime est à l’aise avec les situations proposées? C’est une préoccupation qu’on a. Est-ce que ça peut amener un changement d’école? Dans certaines situations, oui, ça pourrait amener un changement d’école. Dans d’autres, non. Chaque situation est différente», précise Pascal Blondin, secrétaire général de la commission scolaire de la Riveraine. Aucune décision n’a encore été prise concernant l’adolescent en question.

M. Blondin assure que les élèves sont sensibilisés aux médias sociaux. «On a un plan de lutte pour contrer la violence qui est une démarche obligatoire dans la Loi sur l’instruction publique. Chaque école a son plan de lutte pour contrer la violence qui est disponible sur sa page web. On prévoit aussi des interventions en lien avec l’intimidation et les médias sociaux. On en parle aux jeunes, on en parle aux parents d’être prudents concernant l’utilisation des médias sociaux.»

D’ailleurs, une policière de la Sûreté du Québec, Sylvie Gélinas-Lamy, a présenté une conférence sur la cyberintimidation, mardi après-midi, à l’école concernée. Une conférence qui était déjà prévue et qui fait le tour des écoles. «Le message qu’on veut que les enfants retiennent, c’est que ce qu’ils publient sur Internet, ils le perdent, ils en perdent le contrôle», explique la policière intervenante en milieu scolaire dans la MRC de Bécancour.

Le sujet est aussi vaste que le Net: leurre informatique, libelle diffamatoire, pornographie juvénile, harcèlement, intimidation... Les jeunes sont allumés et ils posent beaucoup de questions.

Plusieurs éléments les étonnent comme le fait qu’ils peuvent faire face à la justice dès l’âge de 12 ans. «Ils sont étonnés qu’à 12 ans, ils soient responsables de leurs gestes. Souvent, ils vont me dire: ‘Mais est-ce que ma mère va pouvoir m’aider?’»

L’agente Gélinas-Lamy illustre sa conférence de plusieurs exemples pour leur faire prendre conscience justement de leurs actions. «Souvent, je vais leur demander si on peut coller ici sur les murs toutes les discussions qu’ils ont avec leurs amis sur Internet.» La réponse est assez évidente.

Plusieurs aussi ne sont pas au courant que les choses qu’ils font sur Internet laissent des traces. «Une fois que tu mets une image sur Internet, ça ne s’efface jamais. Ils sont surpris de ça. Ils pensent qu’après 24 heures, ça s’efface ou que si eux l’effacent, elle disparaît. Mais malheureusement, non, c’est là pour toujours. Les conséquences ne sont pas seulement au niveau criminel, mais elles sont aussi au niveau personnel.»

Finalement, Internet a beau être qualifié de virtuel, son impact peut être tout ce qu’il y a de plus réel. «De un, Internet, c’est comme dans la rue. On n’entre pas en contact avec des inconnus. De deux, si tu ne produis pas de matériel intime, tu n’auras jamais de problème de partage, fait valoir la sergente Cossette. Tu n’auras pas à te demander où il est rendu et si c’est tombé entre les mains d’une personne malintentionnée.»