Jean-Yves Doucet entouré d’élèves.

Jean-Yves Doucet prend sa retraite après 47 ans à l'école La Découverte: «Ça va me manquer»

Saint-Léonard-d’Aston — L’école se termine ce vendredi pour quelque 35 860 élèves de la région et pour leurs enseignants, dont Jean-Yves Doucet de Saint-Léonard-d’Aston qui prend sa retraite après une longue carrière de 35 ans à l’école secondaire La Découverte. «C’est comme un deuil», confie-t-il, sauf qu’il ne part finalement qu’à moitié. Le bénévole en lui entend en effet demeurer encore quelque temps entre ces murs.

L’histoire de Jean-Yves Doucet est intimement liée à celle de cette école. Il a non seulement fait toutes ses études secondaires à cet endroit, mais il ne quitte officiellement son alma mater, dans les faits, que 47 ans après y avoir mis les pieds pour la première fois.

Pendant ses années collégiales et universitaires, M. Doucet a en effet continué à fréquenter l’école La Découverte à titre de concierge pour gagner ses études. Son grand rêve était de devenir enseignant, comme en témoignent non seulement son baccalauréat en enseignement de l’éducation physique, mais également le fait qu’il aura attendu patiemment pendant 11 ans pour obtenir une tâche d’enseignant à plein temps.

Dans ces années-là, raconte-t-il, des postes d’enseignants, il n’y en avait tout simplement pas. «Même durant nos études en enseignement, à l’université, on nous demandait ce qu’on faisait là», se souvient-il. «Quand j’ai eu mon diplôme, j’ai envoyé 300 c.v. au Québec et 50 hors du Québec», raconte-t-il. Une seule réponse lui parviendra... de la Saskatchewan. C’était pour un poste de responsable des activités du soir «à 10 000 $ par année». Grosse déception pour un jeune homme qui vient de se marier. Le verdict est vite tombé: «On a décidé de rester ici», dit-il.

Malgré le diplôme qu’il a en poche, il continuera pendant un an et demi à titre de concierge dans son alma mater. Finalement, la chance lui sourit. Il enseignera durant toute sa carrière dans l’école qui a bercé son adolescence.

Jean-Yves Doucet sait qu’il est fait pour être enseignant, car sa paie, dit-il, c’est de voir les jeunes évoluer. Avec le sport, il s’aperçoit vite qu’il peut avoir une influence positive sur les élèves, même les plus coriaces. Parfois, des jeunes dont l’issue semble désespérée en 3e secondaire changent radicalement pour le mieux en 5e. Le sport, dit-il, ressemble à la vie de tous les jours et il peut apprendre beaucoup de leçons, notamment savoir travailler en équipe et améliorer son estime personnelle.

«J’en avais un qui n’aimait pas courir. Un jour, il m’a écrit pour me dire qu’il se préparait à courir son premier demi-marathon», raconte-t-il. Des histoires comme ça nourrissent sa passion.

Jean-Yves Doucet raconte s’être battu pour le développement du sport dans son école. Lui-même adepte de plusieurs disciplines, dont le marathon, il a notamment encouragé le développement du sport inclusif pour les élèves en adaptation scolaire. «Pour eux, porter un uniforme, c’est comme gagner 1000 $», constate-t-il assez rapidement.

Avec lui, on voit aussi arriver les Broncos, la bannière sous laquelle évolueront les diverses équipes sportives de l’école: hockey, badminton, athlétisme, hockey cosom, volleyball, soccer, cross country et sport inclusif.

L’école secondaire La Découverte devient bien plus qu’un simple lieu de travail pour lui lorsque son épouse perd son combat contre le cancer, en 2008. Cette dure épreuve prendra une tournure inattendue. Le Polycourons, une course tenue annuellement à l’école depuis 37 ans, s’associe alors à la Fondation Terry-Fox afin d’amasser désormais des fonds pour faire la lutte au cancer. Cette activité-bénéfice célébrera son dixième anniversaire l’an prochain et malgré sa retraite, Jean-Yves Doucet a bien l’intention de continuer à s’en occuper. «Ça a changé la philosophie de l’école», a-t-il constaté. «Ça enseigne l’empathie aux jeunes.»

Jean-Yves Doucet croit que toutes ces années auprès des élèves se sont bien passées parce qu’il se préoccupait et s’informait de chacun, essayait de mieux connaître leurs champs d’intérêt en plus de s’impliquer auprès d’eux via le sport.

«Ça va me manquer», confie-t-il. Les amarres ne se largueront pas tout de suite, toutefois. L’homme de 60 ans est en effet président de la nouvelle fondation de l’école. Et puis «je vais coacher», assure-t-il. L’école, elle, va se souvenir de lui. Un siège tout neuf dans l’auditorium nouvellement rénové a en effet été identifié à son nom après les travaux. C’est celui où il s’assoyait toujours. L’école lui a d’ailleurs fait cadeau du vieux siège numéro D9 en souvenir.

«J’ai été heureux ici», dit-il.