Jean Paul Lebel, vétéran de la Deuxième Guerre mondiale, est décédé dimanche dernier, à Trois-Rivières.
Jean Paul Lebel, vétéran de la Deuxième Guerre mondiale, est décédé dimanche dernier, à Trois-Rivières.

Jean-Paul Lebel, un vétéran de la Deuxième Guerre mondiale, s’éteint à 99 ans

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — La région a perdu un autre vétéran de la Deuxième Guerre mondiale. Jean-Paul Lebel s’est éteint dimanche dernier, foudroyé par un cancer des reins à l’âge vénérable de 99 ans.

«Mon père a été lucide et fort jusqu’à la dernière minute. Il est parti de la maison pour l’hôpital seulement une semaine avant son décès», indique sa fille, Carmen Lebel.

Fasciné depuis toujours par l’aviation, M. Lebel a participé à la Deuxième Guerre mondiale en tant que mitrailleur à bord d’un bombardier. Pour faciliter la progression des forces alliées au sol, il a participé à des bombardements sur les positions allemandes afin de couper leurs lignes de ravitaillement. Il a effectué une trentaine de sorties à bord d’un bombardier Halifax, au sein de l’escadrille Alouette.

«C’est un homme extraordinaire. Il vivait de ses souvenirs de la guerre, il ne pouvait pas s’en défaire. Ça a fait de lui un homme fort, c’est sûr, mais il gardait toujours en mémoire ces cinq années dans l’aviation. Ç’a été très difficile pour lui», ajoute Mme Lebel.

Jacques Raymond, un autre vétéran de la Deuxième Guerre mondiale, était un grand ami de Jean-Paul Lebel. Même s’il le taquinait régulièrement, lui disant que contrairement à lui qui était fantassin, il était à l’abri dans son avion, M. Raymond reconnaît que son frère d’armes a lui aussi été exposé au danger.

«Il y a eu beaucoup de soldats qui sont morts dans ces coupoles de mitrailleur. C’est très rare qu’un gars fasse au-dessus de 30 envolées comme il l’a fait. Mais c’était un batailleur et ça l’a bien servi. Il fallait avoir de bons nerfs pour être dans cette position-là», convient M. Raymond.

Lors d’entrevues avec Le Nouvelliste, M. Lebel avait d’ailleurs raconté être revenu à l’occasion dans un appareil criblé d’éclats d’obus.

Jacques Raymond (debout) était un grand ami de Jean-Paul Lebel, son frère d’armes

«Il est passé à travers, mais il a été malade, ça a affecté son physique», ajoute M. Raymond.

Les deux hommes sont toujours restés en contact après leur expérience militaire. M. Raymond indique qu’ils s’appelaient régulièrement pour prendre des nouvelles l’un de l’autre. Plus qu’un frère d’armes, c’est un ami qu’il a perdu, dimanche.


« C’est un homme au grand cœur, tout le monde le trouvait aimable. »
Jacques Raymond

«On peut dire que c’est un grand Canadien», estime M. Raymond, qui est désormais le dernier vétéran de la Deuxième Guerre mondiale encore en vie à Trois-Rivières.

La filiale 204 de la Légion royale canadienne s’attriste du départ de Jean-Paul Lebel, lui qui en a d’ailleurs été le président par le passé. «C’est un héros pour moi. Il est parti trop de bonne heure, j’aurais aimé qu’on puisse fêter son 100e anniversaire», se désole Michel Langevin, président de la filiale 204.

M. Langevin déplore surtout le contexte dans lequel son prédécesseur est parti: en raison de la crise de la COVID-19, ses funérailles seront sobres, sans grande assemblée pour honorer sa mémoire.

Ce contexte, la fille de Jean-Paul Lebel le trouve particulièrement difficile. Non seulement son père n’aura pas droit à des funérailles auxquelles de nombreuses personnes de ses deux familles – ses parents et l’armée – pourront assister, mais en plus, elle n’a pu être auprès de son père autant qu’elle l’aurait souhaité au cours de sa dernière semaine sur Terre.

«Ce n’est pas facile. À cause de la pandémie, on n’a pas pu aller le voir, jusqu’à ce qu’il soit sur le point de décéder. On est allé le voir chacun notre tour, mes frères et moi, jusqu’à ce qu’il parte. C’est cruel», s’attriste Carmen Lebel.

Jean-Paul Lebel sera inhumé prochainement au cimetière Sainte-Marie-Madeleine, dans le secteur de Sainte-Marthe-du-Cap, à Trois-Rivières.