Jean-François Aubin

Jean-François Aubin: miser sur l’expérience et l’avenir

TROIS-RIVIÈRES — Comme l’a déjà dit un grand sage trifluvien, «tout le monde est pour la vertu et la tarte aux pommes». Environnement, transport en commun, développement durable... Des grands enjeux qui se sont dégagés de la campagne électorale à la mairie de Trois-Rivières, aucun n’aura véritablement divisé des clans bien distincts. Lorsque le candidat à la mairie Jean-François Aubin s’ouvre sur ce sujet, il demeure clair et précis dans son message: ce qui fera la plus grande différence entre lui et un autre candidat, c’est son expérience au niveau municipal, comme conseiller du district Marie-de-l’Incarnation pendant quatre ans, puis comme candidat à la mairie en 2017.

«Je le dis et le redis, parce que j’y crois, que c’est un de mes grands avantages sur mes adversaires», lance-t-il. Et il tient à le démontrer, Jean-François Aubin semble incollable, peu importe la question qui lui est posée. Pendant plus d’une heure et demi d’entrevue, il connaîtra sur le bout de ses doigts chaque petit détail qui lui sera demandé, non seulement par rapport à son programme électoral, mais également sur le fonctionnement de l’appareil municipal. Combien devrons-nous dépenser pour chaque kilomètre de trottoir supplémentaire déneigé? Quel sera le budget à prévoir pour l’embauche de chauffeurs d’autobus supplémentaires à la Société de transport de Trois-Rivières? Le niveau des programmes de subventions prévus par le gouvernement que Trois-Rivières pourrait aller chercher pour chaque réalisation? Il a tout calculé.

Jean-François Aubin a multiplié les annonces dans cette campagne, s’attirant parfois les foudres de ses adversaires, convaincus qu’il ne pourra réaliser tous ses engagements. «Plusieurs éléments sont des réorientations de programmes et non des dépenses supplémentaires. La question qui aura le plus d’impact, c’est la question du déneigement et du déglaçage des trottoirs», mentionne celui qui aimerait voir passer de 50% à 75% le nombre de trottoirs déneigés et déglacés l’hiver. «Il va falloir le faire de façon intelligente et probablement graduelle. La Ville ne peut pas absorber une dépense comme ça d’un coup. 75% c’est réaliste, mais pas d’un seul coup», indique-t-il rappelant que chaque kilomètre supplémentaire de trottoirs déneigés ajoute 9000$ de dépenses au budget.

Mais s’il souhaite améliorer les services aux citoyens, par des mesures sur les infrastructures dans les secteurs Saint-Louis-de-France et Pointe-du-Lac ou encore le pavage des rues qui recevra désormais un minimum de 10 M$ de budget par année, la question du développement durable continue d’alimenter une grande partie de son discours.

C’est d’abord par différentes mesures visant l’amélioration du transport en commun et du transport actif que ça passe, selon le candidat. «Quand prendre un autobus pour te déplacer dans une relative petite ville comme Trois-Rivières, d’un endroit à l’autre ça te prend une heure et demi pour l’aller, ça ne fonctionne pas. Il va y avoir des améliorations importantes cet été, mais il faut aller nettement plus loin. Il faut qu’on aille chercher notre part du gâteau à Québec. Je sais bien que tout le monde n’abandonnera pas sa voiture demain matin, et ce n’est absolument pas l’objectif, mais si on augmentait ne serait-ce que de 5%, 6%, 10% la fréquentation du transport en commun, on serait énormément gagnant à Trois-Rivières», relate M. Aubin, proposant, en plus des circuits habituels, des lignes express sur sept à huit grands axes principaux avec des autobus aux 15 minutes. Une mesure qui devrait augmenter le budget de la STTR de 3 à 5 M$ par année et qui s’accompagnera d’aménagement de stationnements incitatifs, en plus de système d’auto-partage, propose-t-il.

Sur le même thème, il souhaite travailler non seulement sur les dossiers de la Ville, mais aussi sensibiliser les corporations et événements que finance la Ville à l’implantation d’une politique d’achat local, avec l’implantation de nouveaux critères relatifs aux appels d’offre favorisant l’achat local, lorsque c’est légalement possible. «Si tout ce monde-là n’augmentait ne serait-ce que de 2% leur niveau d’achat local, on injecterait des millions de dollars dans l’économie locale, et on diminuerait notre empreinte écologique. Si ça, c’est d’opposer le développement économique et environnemental...», mentionne le candidat.

Mais difficile de parler de développement économique et de création d’emplois lorsque la région, tout comme le Québec, traverse une importante crise de la main-d’œuvre. Jean-François Aubin constate que c’est en travaillant avec les institutions d’enseignement pour aller séduire les étudiants avant la fin de leurs études qu’on pourra retenir un bon bassin de main-d’œuvre chez nous, mais également en mettant en place son idée de «Destination Trois-Rivières». Ce bureau implanté à Montréal et visant à vendre la ville et recruter des candidats, recevrait d’ailleurs déjà l’appui de nombreuses entreprises.

«Ce n’est pas le seul outil, mais c’est un outil parmi d’autres. J’en suis convaincu et les entreprises que j’ai rencontrées m’ont confirmé ça aussi. Elles m’ont d’ailleurs dit de venir les voir après l’élection, car elles seraient intéressées à investir là-dedans. Moi je pense qu’il faut innover, et pas juste continuer de dire qu’on va faire comme avant. Il faut faire des choses différentes», souligne Jean-François Aubin. En outre, il ajoute que malgré la crise de la main-d’œuvre, il ne faut pas passer à côté des fenêtres d’opportunités de développement de bons emplois avec l’attraction de nouvelles entreprises, spécialement dans le domaine des technologies de l’information et des technologies vertes.

Jean-François Aubin

C’est d’ailleurs dans cette volonté de poursuivre le développement économique que Jean-François Aubin souhaite davantage se tourner vers la région pour développer les opportunités. «On n’est pas à l’époque du vase clos. On est à l’époque de l’ouverture et on doit avoir une certaine taille minimum, et cette taille-là c’est la région, en plus de la rive sud. En bas de ça, chacun se tirera dans les pattes. Il est temps qu’on se coordonne et qu’on monte des dossiers ensemble. Tout le monde va être gagnant là dedans», croit-il.

Dans cette optique, le prochain maire de Trois-Rivières doit-il devenir aussi le prochain leader régional? «Je pense que le maire a un rôle à y jouer, mais est-ce que c’est SON rôle? Je mettrais une nuance. Je ne suis pas sûr que ce serait bien perçu par nos voisins si le maire de Trois-Rivières prenait une place trop grande là-dedans. Chacun veut jouer ses cartes et c’est normal», indique-t-il, croyant qu’à ce niveau, la Table des préfets peut devenir un outil intéressant pour asseoir les bases d’une nouvelle concertation régionale, qui manque actuellement selon lui.

Mais avant de jouer les leaders en Mauricie, le prochain maire aura tout un travail de leadership à exercer autour de la table du conseil municipal. Jean-François Aubin en est conscient, et ne se considère pas forcément, comme certains discours le véhiculent, comme simplement le 15e membre du conseil municipal.

«D’un sens, je comprends cette nuance. C’est terminé, l’époque où les choses se décidaient toutes dans le bureau du maire! Par contre, pour moi le maire a quand même un rôle différent d’un conseiller. Il représente les citoyens de toute la ville et ça, ça fait une différence. Comme maire, tu dois porter la vision de l’ensemble des citoyens et être préoccupé par cet équilibre. Le maire a aussi un rôle à exercer de leadership rassembleur», signale celui qui veut travailler à dégager les consensus et faire en sorte que le conseil puisse aussi trouver cet équilibre.

Jean-François Aubin

Et comment considère-t-il le fait d’avoir été le seul candidat à recevoir l’appui de membres du conseil municipal, une notion qui a fait grincer des dents plusieurs personnes? «Ça fait partie de leur droit. Mais je sais que peu importe ce qui arrivera le 5 mai, ils vont travailler avec les gens qui vont être élus. Une fois le 5 mai passé, on nettoie la table et on travaille avec la réalité. Mais ce sont des personnes qui ont des grandes capacités, qui ont une expérience, qui tiennent la route et qui sont capables de défendre leur point de vue. C’est un honneur pour moi que d’avoir leur appui», lance-t-il.

Entrevues éditoriales des candidats à la mairie

Mardi 23 avril
Jean-François Aubin

Mercredi 24 avril
Pierre-Benoît Fortin

Jeudi 25 avril
Jean Lamarche

Vendredi 26 avril
Éric Lord