Le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel, était le seul élu présent à ce rassemblement syndical. Absent, le ministre Jean Boulet a tout de même fait le point en ce premier anniversaire de lock-out à l’ABI.

Jean Boulet: «Je suis sensible aux impacts»

Bécancour — Même s’il ne participait pas au rassemblement syndical de vendredi, qui marquait le premier anniversaire du lock-out à l’Aluminerie de Bécancour, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Jean Boulet, s’est dit sensible aux impacts de ce conflit.

«Je suis grandement préoccupé par les répercussions de ce conflit de travail. ABI est un employeur important des régions du Centre-du-Québec et de la Mauricie et contribue à leur essor économique et social. Je suis malheureusement témoin des conséquences non négligeables pour de nombreuses familles et des difficultés vécues par plusieurs commerces en raison de ce conflit. J’invite les parties à poursuivre leurs échanges et à agir de manière diligente afin de convenir d’un règlement dans les meilleurs délais. Mon gouvernement sera toujours prêt à les soutenir. Nous en faisons une priorité», a-t-il déclaré.

Un an après le début du lock-out, le député de Trois-Rivières espère toujours un règlement négocié entre les parties. Malgré le fait que le conflit soit de nature privée, le ministre entend offrir toute l’aide gouvernementale possible afin que les parties puissent arriver à un rapprochement et, ultimement, au règlement de ce conflit.

«Je fais tout pour créer le meilleur environnement possible pour leur permettre de faire une entente négociée, c’est ce que souhaitent les deux parties. Maintenant, qu’ils livrent la marchandise», a-t-il confié au Nouvelliste, alors qu’il était appelé à commenter l’accueil plutôt tiède que son idée de groupe de travail a reçu.

D’ailleurs, quand on lui demande s’il est optimiste ou pessimiste pour un règlement éventuel, le ministre responsable de la Mauricie se dit plutôt prudent. «Plus que jamais, la balle est maintenant dans le camp des parties», a-t-il fait savoir.

Par ailleurs, celui-ci écarte un scénario où son gouvernement accorderait un rabais sur les tarifs d’hydroélectricité payés par l’aluminerie. Il en va de même pour une modification de la clause permettant à ABI de ne pas acheter la totalité du volume d’électricité figurant dans son contrat avec Hydro-Québec en cas de force majeure.

En vertu de l’entente qui remonte à 2014, un lock-out est considéré comme un cas de force majeure. L’aluminerie fonctionne actuellement au sixième de sa capacité en raison du conflit de travail.

«Moi, j’ai constaté l’état des contrats quand je suis arrivé comme ministre. Évidemment, l’entente a été négociée il y a longtemps. Notre gouvernement n’était pas au pouvoir», a-t-il expliqué.

Selon le Syndicat des Métallos, le lock-out déclenché il y a un an a privé Hydro-Québec d’environ 220 millions $ en revenus. Les Métallos sont particulièrement irrités par la clause entourant la définition de force majeure du contrat avec Hydro-Québec.

Même si les deux parties demeurent campées sur leurs positions depuis la fin du processus de médiation le 21 décembre, M. Boulet préfère tenter, pour le moment, de jouer un rôle de «facilitateur». «À ce stade-ci, il ne serait pas utile de se tourner vers une hypothèse de règlement», a-t-il répété.

Pour l’instant, M. Boulet espère que le groupe de travail de trois personnes qu’il s’apprête à compléter sera en mesure de rapprocher les Métallos et la direction d’ABI.

«Nous avons identifié cinq objectifs, soit la flexibilité opérationnelle, l’augmentation de la productivité, la stabilité des emplois, le climat des relations de travail et la pérennité de l’usine, a-t-il dit. Nous espérons aider les parties à cheminer vers l’atteinte de ces cibles.»

M. Boulet, qui s’est gardé de critiquer qui que ce soit dans le conflit, a affirmé que pour le moment, il n’avait pas l’intention d’accroître la pression sur les parties impliquées dans le but de favoriser un arbitrage.

«Je n’imposerai pas de solution, a-t-il affirmé. J’ai haussé le ton et j’ai exprimé mon immense déception devant la façon dont les parties se comportaient lors de la médiation. Je ne peux pas faire la job seul», a-t-il réitéré.

Et quand on lui parle de la fragilité de l’usine de Bécancour dans le contexte mondial, le ministre souligne qu’Alcoa n’est pas une entreprise qui vit en vase clos.

«Ce n’est pas la seule usine qu’on a ici dans le parc industriel de Bécancour. Ils vivent dans un marché global où il y a une compétition qui provient de plusieurs pays. Alcoa doit tenir compte de facteurs comme le prix, les compétiteurs, les conditions de travail dans les pays avec lesquels on doit faire la concurrence. Plusieurs indicateurs sont certainement pris en compte par n’importe quelle compagnie, qu’elle soit petite, moyenne ou grande. On vit dans une économie de marché. Et les syndicats sont soucieux de ces facteurs-là. Comme ministre, je représente l’ensemble de la population et je tiens compte des intérêts de l’employeur, du syndicat, des salariés. Vendredi, ce qui me préoccupait beaucoup, c’est l’espèce de sensibilité que j’ai au sort de tous ceux qui sont affectés par ce conflit-là», a-t-il conclu.