Le député de Bécancour–Nicolet–Saurel, Louis Plamondon, se dit attristé de devoir quitter le caucus du Bloc québécois en raison des différends avec sa chef Martine Ouellet.

«Je quitte mon chef, pas mon parti»

Ottawa — Sept députés du Bloc québécois, avec le doyen de la Chambre des communes Louis Plamondon en tête, ont quitté le caucus du parti indépendantiste afin de contester les façons de faire et la vision de la chef Martine Ouellet.

Le député de Bécancour–Nicolet–Saurel n’a d’ailleurs pas été en mesure de retenir ses larmes lorsqu’il s’est adressé aux journalistes, en matinée mercredi à Ottawa, flanqué de ses collègues démissionnaires. Il était encore très émotif lorsque Le Nouvelliste s’est entretenu avec lui au téléphone quelques heures plus tard. Malgré qu’il soit extrêmement triste de quitter le caucus de la formation qu’il a fondée en 1990 à la suite de l’échec des négociations sur l’accord du lac Meech — il avait alors quitté le Parti progressiste-conservateur —, cette décision était nécessaire selon lui. Il précise néanmoins que ses collègues et lui resteront membres de leur parti et qu’ils espèrent que le Bloc québécois pourra se sortir de cette crise, aussi grave soit-elle.

«Je quitte mon chef, pas mon parti. J’ai le Bloc tatoué sur le cœur. [...] Mais je nous voyais aller depuis quelque temps et on s’en allait à l’abattoir. Il fallait faire quelque chose. Mes collègues et moi avons donc décidé de donner un grand coup pour créer une onde de choc afin que le Bloc québécois retrouve son orientation des 25 dernières années et puisse faire une lutte électorale solide», mentionne le vétéran politicien.

Celle dont M. Plamondon et les six autres députés contestaient le style de gestion a affirmé qu’elle comptait rester à la barre du parti.

La chef Ouellet a affirmé que la porte serait «toujours ouverte» pour les sept démissionnaires, plaidant au passage que son côté «orienté tâche» avait peut-être pris le dessus sur le «côté orienté personne» et que cela avait pu être un irritant.

Le caucus du Bloc québécois s’était réuni quelques heures auparavant pour tenter de dénouer la crise.

Elle dit avoir soumis aux sept députés dissidents une proposition de travail plus souple et avoir ouvert la porte à une médiation, sans succès. Ceux-ci ont quitté la salle de réunion peu de temps après le début de la rencontre.

Malgré l’ouverture dont la chef soutient faire preuve, M. Plamondon croit que cette dernière devrait tout de même tirer sa révérence, et ce, pour le bien de la cause souverainiste.

Toujours habité par le désir de servir ses concitoyens, le député indique qu’il continuera de les représenter avec la même passion jusqu’à la fin de son présent mandat et qu’il compte bien en solliciter un nouveau lors des prochaines élections.

Cette récente décision n’est cependant pas motivée par les mêmes raisons que lorsque M. Plamondon avait quitté le Parti progressiste-conservateur en 1990 avant de fonder le Bloc québécois. À l’époque, il avait quitté le parti dirigé par Brian Mulroney pour une question idéologique et non en raison d’un conflit de personnalités.

Ouellet doit quitter, selon Duceppe
Attristé par la situation, l’ex-chef du Bloc québécois Gilles Duceppe invite également Martine Ouellet à quitter ses fonctions.

Martine Ouellet

«Je pense qu’il y a un message à Mme Ouellet, 70 % du caucus dit que ça ne fonctionne pas avec elle, a-t-il souligné en entrevue. Elle devrait comprendre le message, me semble-t-il.»

L’opposition entre la souveraineté et la défense des intérêts du Québec est un faux débat, à son avis.

«Ça masque qu’il y a un problème de leadership très clairement et ça masque que préparer la souveraineté, ce n’est pas seulement le dire. Il faut le faire concrètement et éviter des erreurs comme siéger dans un autre parlement que celui où est le parti dont on est le chef.»

Bienvenus chez les conservateurs
Le Bloc québécois est présentement dans sa «phase finale», selon le député conservateur Maxime Bernier qui a tendu une perche aux sept dissidents.

«S’ils croient au Canada, à un Québec fort dans un Canada uni, ils sont les bienvenus», a-t-il affirmé.

«De voir un parti déchiré comme ça, il y a quelque chose de triste parce qu’il y a des milliers qui ont cru, croient en eux et on verra ce qui se passe de leur côté», a pour sa part constaté le député libéral Pablo Rodriguez.

En début de journée, l’aile jeunesse du Bloc québécois avait lancé contre les élus mécontents (Louis Plamondon, Luc Thériault, Rhéal Fortin, Gabriel Ste-Marie, Monique Pauzé, Michel Boudrias et Simon Marcil) une véritable attaque en règle.

Le Forum jeunesse du Bloc québécois (FJBQ) présidé par l’ancienne attachée de presse de Mme Ouellet, Camille Goyette-Gingras, leur avait servi une mise en garde.

«Vous, chers députés, avez un choix à faire. Vous avez une responsabilité, une recevabilité envers le mouvement indépendantiste, le parti, les militants qui vous ont fait élire et les membres qui travaillent chaque jour à promouvoir le Bloc», disait le communiqué.

«Il serait fort dommage qu’une fois de plus, vous vous placiez en porte à faux avec tous ces gens qui soutiennent le parti et qui soutiennent la cause. Vos actions susciteront véritablement des réactions et des conséquences qu’il faut à tout prix éviter», ajoutait-on.

Cette nouvelle crise, la deuxième depuis juin, a été déclenchée par la démission du député Gabriel Ste-Marie de son poste de leader parlementaire en Chambre, une semaine après le conseil général du parti où Martine Ouellet a prononcé un discours controversé.

Elle disait alors sentir de la résistance au sein de son parti et vouloir changer les «mêmes recettes qui sont là depuis 25 ans» pour remettre l’indépendance au centre des actions bloquistes. Avec la Presse canadienne

Martine Ouellet contestée également dans la région

Il n’y a pas qu’au sein de son caucus que la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, ne fait pas l’unanimité. Tout comme
les sept députés démissionnaires, les deux anciens représentants bloquistes de la circonscription de Trois-Rivières, Yves Rocheleau et Paule Brunelle, ne croient pas qu’elle soit la bonne personne afin de mener la formation indépendantiste.


Yves Rocheleau

Les anciens députés à la Chambre des communes se disent attristés que leur famille politique doive traverser une telle crise et considèrent que Mme Ouellet devrait quitter ses fonctions, et ce, pour le bien du Bloc québécois et de la cause qu’elle dit défendre. Yves Rocheleau mentionne également que cette tempête arrive à un bien mauvais moment. Selon lui, le Bloc devrait plutôt capitaliser sur le fait que les deux partis de l’opposition et le Parti libéral traversent une période qu’il qualifie de «creuse» pour convaincre l’électorat québécois.

«La patinoire est libre pour le Bloc et au même moment, on a cette crise-là. On aurait pu s’en passer. Mais à l’interne, il y a des tiraillements», mentionne-t-il.

De plus, M. Rocheleau et Mme Brunelle ne sont pas très tendres à l’endroit de la controversée politicienne.

«Je crois qu’elle fait plus partie du problème que de la solution. On voit qu’au niveau de la communication et des
relations interpersonnelles, ça n’a vraiment pas l’air facile. Je pense que c’est une personne qui a de la difficulté à écouter. Et ça, quand tu es chef...», laisse tomber M. Rocheleau.


Paule Brunelle

«Elle n’était pas mon choix! [...] On doit avoir des habiletés interpersonnelles quand on est chef. C’est ce que je lui reproche. Ce n’est pas son manque de talent», poursuit Mme Brunelle.