Le maire de Shawinigan, Michel Angers.

«Je n’accepte pas cette façon de faire»

SHAWINIGAN — Même s’il considère que des améliorations demeurent toujours possibles dans son Service de sécurité incendie, le maire de Shawinigan, Michel Angers, est convaincu que les préoccupations avancées par le syndicat sur la place publique sont directement liées au contexte de renouvellement de la convention collective. Dans cet esprit, il qualifie cette stratégie de «dérapage» et il espère que l’exécutif se ressaisira afin d’éviter une dégradation des relations.

«Je n’accepte absolument pas cette façon de faire», dénonce le maire. «Avec les cols bleus et les cols blancs, on s’est toujours assis ensemble pour discuter. Ça a pris des mois, parfois des années. Je peux accepter qu’ils viennent à une séance publique pour nous dire qu’il faudrait que ça avance. Mais aucune organisation syndicale n’avait auparavant manqué de respect à la direction d’un service, à la direction générale ou aux élus. Ça s’est toujours fait de la bonne façon.»

L’Association des pompiers et pompières de Shawinigan a effectué une première sortie remarquée le 19 mars, en demandant publiquement à la direction du Service de sécurité incendie quelle mesure prendrait-elle pour éviter les embouteillages sur le pont Marc-Trudel en cas d’urgence. Lundi, le syndicat est revenu à la charge en dévoilant les grandes lignes d’un rapport de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail, qui réagissait à deux plaintes déposées en décembre. Il déplorait que les actions concrètes tardaient pour donner suite aux recommandations, il remettait en doute le respect du schéma de couverture de risques et il réitérait ses inquiétudes pour la gestion, l’attitude et le leadership de la direction du service de Sécurité incendie.

Le président de l’APPS, Benoit Ferland, assure que ces préoccupations n’ont rien à voir avec les négociations entourant le nouveau contrat de travail. La convention collective est échue depuis le 1er janvier 2017. Le syndicat souhaite également récupérer l’augmentation de salaire de 2 % consentie en 2015 aux cols bleus et aux cols blancs. Au départ, tous les employés municipaux devaient encaisser un gel. «J’ai déjà vu neiger», s’exclame le maire. «J’ai pas mal d’expérience là-dedans. Nous avons déjà fait affaire avec un syndicat de pompier, avec qui nous avions des relations tout à fait cordiales. Nous avions partagé notre cadre financier pour 2015, qui prévoyait 0 % sur les salaires. À ce moment, le syndicat et son assemblée générale avaient accepté ça. Depuis ce temps, il y a eu des ententes de principe en 2017 et en 2018 puis, plus rien. Une nouvelle accréditation syndicale s’est formée, avec les sorties publiques et tout le reste.»

M. Angers considère que l’APPS a changé le ton de la négociation. «Ils ont tout effacé et recommencé au complet, avec des demandes exorbitantes. J’ai rencontré le nouvel exécutif et je lui ai rappelé que nous avions un cadre financier à la Ville, que l’argent ne nous sort pas par les oreilles. Ce sont les citoyens qui payent les taxes! Ils nous demandent de faire attention aux dépenses.»

«Le syndicat nous fait une présentation, on discute et il nous assure de sa collaboration», ajoute le maire. «Quelques jours plus tard, il nous dépose un cahier de demandes exorbitantes, il dépose des griefs et fait des sorties publiques pour mettre en doute la compétence de notre état-major... Il y a toujours bien des limites!»

Bien en selle

M. Angers réitère que son directeur du Service de sécurité incendie, François Lelièvre, demeure bien en selle malgré les allégations soulevées sur la place publique. «Nous avons des rapports annuels et le service, bien qu’il ne soit pas parfait, améliore toujours ses statistiques», commente le maire. «Nous avons l’un des services les plus étoffés au Québec, pour une ville comme la nôtre. Je suis président de la commission de la sécurité publique (à l’Union des municipalités du Québec) et je sais comment ça fonctionne ailleurs. Nous n’avons rien à envier aux autres.» «Est-ce que des ajustements peuvent être faits? Très certainement. Mais ça se passe en comité de relation de travail ou en comité sur la santé et la sécurité. Il y a une stratégie derrière tout ça et c’est ce que je condamne. C’est du dérapage syndical. Je n’ai jamais vu ça! Je suis très perplexe devant cette façon de faire.»

M. Angers n’a pas voulu dire si des sanctions disciplinaires étaient prévues à la suite de cette dernière sortie. Il souhaite le retour à un dialogue plus constructif. «Ce sont des gens intelligents», souligne-t-il. «Ils comprennent très bien les choses, mais à leur façon. Ce n’est pas comme ça qu’on va régler les problèmes.»