Déconfinez vos jeunes plants avant de les mettre en terre.
Déconfinez vos jeunes plants avant de les mettre en terre.

Jardinage, chimie et déconfinement progressif des plantes

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — En ces temps de pandémie et de confinement, beaucoup de personnes se sont mises au jardinage, que ce soit dans leur cour arrière ou même dans des pots, sur leur balcon. Depuis le début du mois de mai, toutefois, les températures sont nettement en dessous des moyennes saisonnières. Résultat, la terre est froide et la germination très difficile pour l’instant.

Votre salon, votre cuisine, tous vos rebords de fenêtres sont peut-être envahis de jeunes plants que vous avez semés à l’intérieur, il y a des semaines et vous avez sans doute très hâte de les mettre en terre. Or, il faudra jouer de prudence, car les risques de gel sont encore bien présents, surtout cette année.

Selon les données publiées par Agriculture et Agroalimentaire Canada pour la période de 1979 à 2008, le dernier risque de gel était en moyenne le 4 mai pour Trois-Rivières. Il ne faut toutefois pas s’y fier. L’an dernier, une des stations météos d’Environnement Canada a en effet enregistré un gel à - 0,1°C, le 28 mai, à Trois-Rivières. Les températures moyennes de mai, toujours l’an dernier, ont été en moyenne de 16,4°C le jour et de 3,8°C la nuit.

Cette année, c’est pire encore. En date du 12 mai 2020, on était en effet bien loin du compte. Il a fait tout au plus 12,3°C le jour, en moyenne et 0,3°C la nuit. Un gel à -4,6°C a été enregistré durant la nuit du 8 mai dernier et un autre à -2,6°C dans la nuit du 12.

Rien, donc, pour plaire à vos petites pousses qui n’attendent qu’à être repiquées.

Avec des citrons, on peut toutefois faire de la limonade. À défaut de pouvoir mettre vos plants en terre tout de suite, préparez le meilleur terrain possible pour les accueillir au moment propice.

C’est donc le temps idéal pour faire un peu de chimie.

C’est que certaines plantes, comme la roquette et les radis, par exemple, vont préférer un sol neutre à légèrement acide alors que d’autres, comme les concombres, les carottes, le persil, les pois, les tomates préfèrent plus d’acidité. D’autres ne vont croître que dans un sol à tendance plus basique. C’est le cas des cantaloups et des oignons, par exemple.

Les centres jardins vendent de petites trousses qui permettent de vérifier le pH du sol. Trop acide, il vous faudra ajouter un peu de chaux. Trop basique, c’est de la tourbe de sphaigne, des aiguilles de pin ou un peu de soufre qu’il faudra ajouter avant de planter.

Les jardiniers débutants découvrent très vite, à leurs dépens, qu’il ne suffit pas de mettre des graines en terre pour espérer de belles récoltes en santé. S’il y a une chose à retenir du jardinage, c’est que c’est loin d’être si simple même si c’est très agréable. Le pH n’est en effet qu’un des paramètres qu’il vaut mieux analyser avant de commencer son jardin. Il est impératif de dépister aussi les principales carences en minéraux.

L’histoire du Canada raconte qu’un arbre, probablement le cèdre blanc, avait guéri l’équipage de Jacques Cartier décimé par le scorbut, maladie survenant lors de grosses carences en vitamine C. Or il n’y a pas que l’humain qui peut devenir malade de carences minérales. Les plantes du jardin aussi.

Le manque de potassium, par exemple, attire les ravageurs. L’azote en quantité suffisante donne un beau feuillage luxuriant. Le manque de magnésium induira une faible production. Tous les minéraux, en proportions justes, ont un rôle important à jouer dans la santé et la croissance des plantes.

La trousse de pH est facile à trouver. Votre quincaillerie locale pourra vous vendre aussi une trousse afin d’analyser vous même la terre de votre jardin pour en connaître les carences et les produits nécessaires à les corriger. Beaucoup mieux, certains centres horticoles feront faire l’analyse en laboratoire pour vous, car il est conseillé d’utiliser de l’eau distillée pour un résultat non biaisé par les minéraux de l’eau du robinet, ce qui peut être compliqué. Il est à noter que ce service est toutefois difficile à obtenir en cette période de COVID-19. L’azote, le phosphore et le potassium sont habituellement les principaux éléments qu’il faut analyser.

Petit truc: avant de mettre vos jeunes pousses en terre, vous devrez leur faire vivre — et oui elles aussi — un déconfinement progressif. Une semaine avant leur mise en terre, exposez-les graduellement chaque jour au soleil et aux éléments afin de les endurcir. Après tout, elles ont été des semaines, voire des mois à l’intérieur. Il leur faut maintenant s’habituer aux éléments extérieurs. Si un gel venait à être annoncé après leur mise en terre, un bon arrosage de même que l’utilisation d’une bâche légère pendant la nuit pourront prévenir le pire.