Les administrateurs de l’organisme «J’ai mon appart» viennent de franchir une étape importante, avec l’appui de la Ville de Shawinigan. Il s’agit, de gauche à droite, de Josée St-Pierre, Jean-François Morand, Michèle Lafontaine et Yves Lapointe.

«J’ai mon appart»: importante contribution de la Ville

SHAWINIGAN — En préparation depuis le début de l’année, le projet d’appartements supervisés «J’ai mon appart» pour les personnes vivant avec une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme vient d’obtenir un appui significatif de la Ville de Shawinigan. Lors de l’assemblée publique régulière du 16 octobre, les élus ont adopté une résolution confirmant diverses mesures pour favoriser la création de ce service.

L’aide se décrit en quatre points. Le conseil municipal s’engage à verser à l’organisme la somme de 130 000 $, à même le Fonds de développement du logement social, dès l’engagement définitif de la Société d’habitation du Québec envers le projet. Il adoptera aussi un règlement établissant un programme municipal complémentaire à celui de la SHQ afin d’accorder un crédit de taxes foncières de 100 % pour une période de deux ans et de 75 % pour les huit années suivantes.

La Ville cédera également, à titre de contribution du milieu, une partie du lot visé par ce projet, dès son acquisition de la commission scolaire de l’Énergie. Selon le plan prévu, l’immeuble serait construit sur une partie du terrain de l’ancienne école Saint-Jean-Bosco, sur la 10e Avenue. Enfin, la Ville assumera l’équivalent de 10 % du supplément au loyer (en fait, d’un éventuel déficit) pour 12 logements pour une période de cinq ans.

Ce généreux soutien a rappelé l’aide exceptionnelle consentie en 2010 par la Ville de Shawinigan au projet de la Coopérative de solidarité en habitation de Saint-Jean-des-Piles pour sa résidence pour personnes âgées. Outre une aide financière de 150 000 $ et l’équivalent de 10 % du supplément de loyer, le conseil municipal avait accordé un crédit de taxes de... 35 ans.

À ce moment, la résolution avait été adoptée sur division, les conseillers Alain Lord, Josette Allard-Gignac et Jean-Yves Tremblay s’étant prononcés contre en raison de la durée du congé de taxes. Cette fois, pour le projet «J’ai mon appart», les élus ont voté à l’unanimité en faveur des mesures d’aide.

«Ces parents sont motivés», constate le maire, Michel Angers. «On se met à leur place. Ils élèvent de jeunes adultes et on leur donne l’opportunité de leur procurer une autonomie, avec un peu de surveillance. C’est un beau geste social.»

Longue haleine

Le projet «J’ai mon appart» a été lancé par deux couples qui vivent au quotidien la tâche de superviser un proche déficient intellectuel, en raison du manque de ressources pour cette clientèle spécifique arrivée à l’âge adulte. Avec sa conjointe Josée St-Pierre, Jean-François Morand héberge ainsi sa sœur Marie-Christine, tandis que Michèle Lafontaine et Yves Lapointe doivent garder un œil sur leur fils, Félix.

Les quatre responsables ont ainsi créé l’organisme sans but lucratif en mai et l’assemblée générale de fondation est prévue le 21 novembre. L’objectif consiste à amasser des fonds pour construire cet immeuble de douze logements. Ces appartements, tous des 3 pièces et demi avec aires communes, seraient supervisés 24 heures sur 24 par du personnel qualifié. Selon les promoteurs, il n’existe qu’une autre ressource comparable dans la région, Premier envol à Louiseville. Ils veulent un environnement plus stimulant qu’une famille d’accueil.

Mme Lafontaine précise qu’alors que le projet ne produit que ses premiers balbutiements, elle possède déjà une liste de 26 locataires intéressés par ce plongeon vers une plus grande autonomie. Les bénéficiaires paieront leur loyer à la hauteur de 25 % de leurs revenus annuels, grâce à AccèsLogis, volet III. Le 28 septembre, la Société d’habitation du Québec a confirmé la qualification des douze unités du projet à ce programme.

Ces parents doivent trouver une façon de recueillir un peu plus de 1,2 million $ dans le milieu sur un projet évalué à près de 2,7 millions $, d’où l’importance de la contribution municipale. Idéalement, ils souhaitent l’ouverture de ce service quelque part en 2021.

Les quatre promoteurs ont décidé de ne pas laisser à l’Association pour la déficience intellectuelle du Centre-Mauricie le fardeau d’effectuer toutes les démarches. La pression doit venir de la base, constatent-ils.

«Nous sommes allés visiter un endroit qui a ouvert ses portes il y a deux ans, à Joliette», raconte Mme Lafontaine. «À Longueuil, ça a ouvert en juin. Ce sont des projets où les parents se sont mobilisés pour leurs enfants devenus adultes.»

La résolution de la Ville permet au groupe de poursuivre ses démarches, particulièrement auprès du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

«Ça envoie un message clair au ministère de la Santé», souligne M. Lapointe. «La Ville veut que ces personnes soient dans un milieu sécuritaire. On peut maintenant demander au CIUSSS ce qu’il a l’intention de faire...»

Le comité prévoit rencontrer la nouvelle députée de Laviolette - Saint-Maurice, Marie-Louise Tardif, d’ici la fin novembre. Les promoteurs souhaitent une écoute aussi attentive que celle de son prédécesseur, Pierre Giguère, dont le soutien ne sera pas oublié, assurent-ils.