Le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay, expose une liste de dates correspondant à des interruptions de service à Parent.

«J’ai coupé le courant avec Hydro-Québec»

La Tuque — Des élus municipaux de la Haute-Maurice ont décrié des pannes de courant, trop longues pour certains, trop nombreuses pour d’autres. Le maire de La Tuque, Pierre-David Tremblay, en a ras le bol «de la bullshit d’Hydro-Québec», il demande des réponses transparentes de la société d’État et il exige des mesures provisoires à Parent pour l’interruption de service de 14 heures prévue le 6 août.

«Le courant est coupé depuis vendredi avec Hydro-Québec. C’est mon directeur général qui va s’en occuper maintenant. À l’heure actuelle, je demande à Hydro-Québec d’avoir des mesures provisoires pendant les 14 heures d’interruption. Ils en ont de l’équipement, ils ont juste à l’amener. C’est à eux de brancher les citoyens. Ils se doivent d’assurer un service continuel», a lancé le maire.

Ce dernier s’est rendu lui-même, pas plus tard que la fin de semaine dernière, du côté de Parent, en Haute-Mauricie. Il a rendu visite à certains commerçants.

«Ça arrive tellement souvent qu’il y a des gens qui banalisent la situation. Quand j’ai fait le tour des dépanneurs, je me suis rendu compte réellement de la gravité. S’il manque d’électricité, les stations-service ne fonctionnent pas. […] On n’est pas en Haïti ou dans une zone de guerre. C’est un service essentiel».

Le maire de La Tuque aimerait que les structures de bois sur la ligne qui alimente Parent soient remplacées par des tours en aluminium. «C’est une structure de bois mangée par les insectes, et là, les pics-bois mangent les bibittes, ça crée des problèmes. On veut des tours en aluminium. Les citoyens de Parent ne sont pas des citoyens de deuxième ordre, ils payent le même prix que tout le monde et ils ont droit au même service», note-t-il.

Pierre-David Tremblay est exaspéré de la situation. Il soutient qu’Hydro-Québec n’est pas transparente et il réclame l’heure juste.

«On n’est rien capable de savoir. […] Bullshit, c’est ça qu’on reçoit d’eux. Ils paient des gens en communication pour nous étourdir comme il faut pour ne pas qu’on soit au courant au lieu de l’être», lance-t-il.

Le conseiller municipal du même avis
Le conseiller municipal du secteur de Parent n’est pas tendre non plus envers la société d’État qui va effectuer des travaux sur la ligne de 58 km qui alimente son village situé à quelques centaines de kilomètres du chemin forestier au nord du centre-ville de La Tuque.

«Ça n’en finit plus de finir, ça fait des années que ça dure. C’est 350 personnes, et ils ne sont pas foutus de nous fournir des génératrices. Ils font ça en ville et ils ont déjà tous les équipements. Il n’y a aucune volonté de vouloir faire bouger les choses. La ligne d’une cinquantaine de kilomètres est désuète. On nous avait dit cet hiver qu’il y aurait quelques semaines de travaux sur cette ligne-là sans interruption. Entre ce qu’ils disent et ce qu’ils font, il y a une marge… et là, je reste poli», a-t-il lancé.

Le conseiller municipal de Parent, Éric Chagnon, veut un meilleur service à Parent.

Éric Chagnon n’est pas sans rappeler la panne de courant de juillet 2017 qui avait privé les résidents de Parent d’électricité pendant 36 heures. D’ailleurs, lors de cette panne, une série de vaccins et de médicaments ont dû être jetés par le CIUSSS au dispensaire de Parent, en raison d’une génératrice défectueuse.

«Quand on va faire l’épicerie à La Tuque, on fait des provisions. Si tu rapportes 10 livres de viande, quand ça dégèle tu manges du steak pendant deux jours et tu dois donner le reste au chien. Ça n’a aucun sens. Les citoyens sont écœurés. Ça part, ça arrête, ça part, ça arrête. On se croirait au Mexique», déplore-t-il.

Éric Chagnon assure qu’il va faire pression auprès des dirigeants d’Hydro-Québec pour que les améliorations se fassent sans impacts pour la population. Le maire de La Tuque n’entend pas non plus lâcher le morceau.

Du côté d’Hydro-Québec, on confirme avoir eu des échanges avec la municipalité concernant des mesures provisoires pour éviter l’interruption de service durant les travaux de maintenance du 6 août.

«Exceptionnellement, il arrive que nous fournissions une génératrice pour un bâtiment stratégique, comme un hôpital. Il est impossible pour nous d’alimenter toute la ville. Nous évaluons actuellement la possibilité de fournir une génératrice, par exemple, pour le centre communautaire ou un autre bâtiment suggéré stratégique que la ville pourrait identifier», indique Lucie Roy, conseillère en relation avec le milieu pour Hydro-Québec.

«Nous évaluons aussi la possibilité de fournir un camion réfrigéré afin que les citoyens puissent y déposer des sacs de nourriture identifiés pour la conservation des aliments. Ce sont des mesures que nous mettons en place à l’occasion lorsque les interruptions planifiées ont une durée plus longue», a-t-elle ajouté.

Hydro-Québec affirme toutefois qu’aucune plainte n’a été faite par les clients, mais qu’elle est sensible aux préoccupations de la population et qu’elle souhaite offrir toute sa collaboration.

«Ces travaux sont prioritaires afin de procéder au remplacement d’un portique de bois et de traverses sur la ligne de transport qui alimente le secteur. Par la même occasion, nous ferons un entretien préventif sur les équipements dans le poste de transport. Pour des raisons de sécurité, nous devons faire les travaux hors tension. Si cette interruption planifiée n’avait pas lieu, nos clients de Parent seraient exposés, notamment l’hiver prochain, à des pannes plus fréquentes et de plus longue durée», a ajouté Mme Roy.

Hydro-Québec réfute toutefois les affirmations reliant les travaux aux dommages causés par des pics-bois.

«Je vous confirme que l’interruption planifiée du 6 août n’est pas justifiée par cela. […] Certaines lignes d’Hydro-Québec sont effectivement exposées aux pics-bois, c’est le cas de celle-ci. Il peut arriver qu’il y ait que des pics-bois fassent des trous dans certains poteaux. Nous les remplaçons alors selon le besoin», a conclu Mme Roy.