Le chef du NPD Jagmeet Singh

Jagmeet Singh découvre la région

TROIS-RIVIÈRES — Jagmeet Singh est peu connu des Québécois. Alors qu’il est de passage à Trois-Rivières, Le Nouvelliste est allé à la rencontre du chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) du Canada pour connaître sa vision du Québec et des enjeux de la région. Voici ses réponses formulées en français.

Q: Il s’agit de votre première visite à Trois-Rivières. Quelle est votre impression?

R: «Depuis que j’ai 18 ans, je visite le Québec. Je visite le Québec chaque année. Je suis vraiment tombé en amour avec le Québec. Je viens pour faire de la planche à neige, visiter Montréal ou encore Québec. Mais je n’étais jamais venu à Trois-Rivières. C’est cool comme ville, j’aime beaucoup les festivals (le FestiVoix est en cours). C’est quelque chose d’unique. Et au Québec, il y a une sensibilité particulière pour la musique et la culture. J’adore ça. [...] Il y a une identité unique au Québec avec la langue. C’est très important pour nous au NPD de défendre la culture et langue française.»

Q: Les sondages et les derniers résultats électoraux dans Chicoutimi-Le Fjord ne sont vraiment pas favorables au NPD. Comment expliquez-vous ces résultats?

R: «Ça démontre que nous avons un défi. Et je suis prêt à le relever. C’est une occasion pour nous de parler de nos idées et des enjeux qui rassemblent les Québécois. Il y a des valeurs progressives au Québec. Je veux connecter avec ces valeurs avec des politiques concrètes pour aider les gens. [...] Il y a un lien très important entre les valeurs sociales-démocrates du NDP et les Québécois.»

Q: Le maire de Louiseville a relancé le débat sur la prière à l’hôtel de ville. Il récite maintenant des paroles de l’Ô Canada. Qu’est-ce que vous en pensez?

R: «Premièrement, il y a une grande préoccupation au Québec à l’égard de la séparation de l’Église et de l’État. Je suis totalement en accord avec cette idée d’avoir une séparation entre la religion, toutes les religions, et le politique. Ça démontre aux gens qu’on a un espace démocratique qui est vraiment libre pour prendre des décisions pour le bien des citoyens sans avoir cette idée que c’est influencé par les religions. Il y a une volonté de respecter les croyances personnelles des gens, mais aussi d’une séparation entre l’Église et l’État.»

Le chef du NPD Jagmeet Singh et le député de Trois-Rivières, Robert Aubin.

Q: Cette décision de réciter l’hymne national comme s’il s’agissait d’une prière démontre qu’une partie de la population est très attachée aux traditions chrétiennes. Alors que vous portez des signes de la religion sikhe, comment allez-vous les convaincre de vous faire confiance?

R: «Je suis quelqu’un qui croit au droit à l’avortement, en les droits de la femme et au mariage entre les gens de même sexe. C’est complètement en accord avec mes valeurs et je porte des signes religieux. Quelqu’un comme Andrew Scheer (chef du Parti conservateur) ne porte pas de signe religieux. Et il a des problèmes avec les droits à l’avortement et les mariages entre gens de même sexe. Ce ne sont pas les valeurs des Québécois. Ce n’a jamais été mon but de faire accepter aux gens mon turban et ma barbe. Mon but est de convaincre les gens que j’ai les mêmes valeurs progressistes qu’eux.»

Q: Quand on vous parle de l’économie de Trois-Rivières, qu’est-ce qui vous vient à l’esprit?

Jagmeet Singh a même discuté quelques instants avec le chanteur Vincent Vallière qui venait de donner un spectacle au FestiVoix.

R: «C’est très important d’aider les entreprises manufacturières, mais aussi si on veut aider une ville, il faut développer des attraits. À Trois-Rivières, il y a deux enjeux le train passager et le développement de l’aérogare. Ce sont deux enjeux majeurs si on veut développer la région. Ruth Ellen Brosseau et Robert Aubin m’informent bien de ces enjeux qui sont très importants. On doit procéder à l’accréditation pour les vols commerciaux. C’est un investissement fédéral et si on investit, on va vraiment aider l’économie de la région. Et on a besoin d’avoir accès au train. C’est complètement inacceptable que les citoyens d’ici n’aient pas accès à un train de passagers. Les gouvernements libéral et conservateur n’ont rien fait.»

Q: Le fédéral en fait-il assez pour les victimes de la pyrrhotite?

R: «Non, pas du tout. En moyenne, les dégâts sont de 150 000 $ par maisons. Le gouvernement a donné 30 millions $ sur trois ans. Ce n’est pas suffisant. De plus, c’est la responsabilité du gouvernement fédéral de revoir la norme de concentration de pyrrhotite. Et il faut reconnaître la réalité. Pour la grande majorité des gens, leur maison est le plus gros investissement d’une vie. Ils ont perdu tout ce qu’ils ont gagné dans leur vie. On a besoin d’un gouvernement qui aide les gens.»

Q: Une guerre commerciale prend de l’ampleur entre le Canada et l’administration Trump. Êtes-vous inquiet pour une région manufacturière comme la Mauricie?

R: «Oui je suis inquiet. J’ai visité une usine d’aluminium et d’acier. Je sais que c’est un secteur vraiment important au Canada et en particulier au Québec. Dans ce genre de situation, ce sont vraiment les travailleurs qui sont touchés. Je veux toujours souligner l’importance d’avoir des protections pour les travailleurs en créant un programme pour aider les gens touchés par les tarifs imposés par les États-Unis.»

Q: Que pensez-vous du travail du ministre régional et ministre du Commerce international François-Philippe Champagne?

R: «Je peux parler des libéraux en général. Ils ont dit beaucoup de choses par rapport à des enjeux comme l’environnement. Mais si on regarde leur bilan, ils n’ont rien fait. Ils ont même acheté un ancien oléoduc pour 4,5 milliards $. Ils ont aussi brisé la promesse de moderniser le mode de scrutin. Ils ont parlé beaucoup, mais qu’ont-ils vraiment mis en œuvre? »

Q: Est-ce qu’il y aurait un ministre dans la région sous un gouvernement Jagmeet Singh?

R: «Nous avons deux députés incroyables dans la région (Robert Aubin et Ruth Ellen Brosseau). Ils travaillent beaucoup pour la région, mais pas uniquement pour elle. Mme Brosseau travaille beaucoup sur les questions agricoles alors que M. Aubin travaille notamment sur les transports. Ce sont des députés ministrables dans un gouvernement NPD. Le député de Trois-Rivières est président du caucus québécois et la députée de Berthier-Maskinongé est leader du parti en chambre. Ce sont des fonctions importantes pour le parti.»

Le chef du NPD a pris quelques photos avec des festivaliers du FestiVoix.