L’itinérance est peut-être un problème moins visible en Mauricie et au Centre-du-Québec, mais elle n’en est pas moins présente.

Itinérance en région: un problème caché, mais bien réel

DRUMMONDVILLE — «L’itinérance en région, on a l’impression que c’est un problème qui est peu présent parce que c’est quelque chose qui est caché, qu’on voit moins». C’est en ces mots que Francis Lacharité décrit la difficulté à chiffrer le phénomène de l’itinérance en Mauricie et au Centre-du-Québec. Le coordonnateur terrain pour l’organisme de travail de rue Refuge la Piaule de Drummondville prenait part, mardi, au tout premier Forum régional en itinérance.

L’activité, qui a réuni plus de 175 intervenants de tous les milieux à Drummondville, visait tant les ressources communautaires qu’institutionnelles qui sont interpellées de près ou de loin pour l’intervention auprès des personnes itinérantes ou en rupture sociale. Du Haut-Saint-Maurice jusqu’aux extrémités régionales de l’autoroute 20, il a été possible de constater que les efforts déployés pour parvenir à une meilleure concertation de tous les services n’ont d’égal que les besoins des clientèles vulnérables qui sont toujours plus grandissantes.

«Pour avoir des statistiques, il faut être en lien, et nous ne sommes pas forcément en lien avec beaucoup de ces personnes-là. Pour une personne qui consulte dans nos services, assurément, il y aura une dizaine de personnes qui n’auront pas accès aux services», constate le docteur Samuel Blain, médecin-conseil en santé publique et chef de service du volet médecine de proximité pour le CIUSSS-MCQ.

Pourtant, le besoin est réellement là. L’an dernier, Le Havre de Trois-Rivières recevait plus de 1000 demandes d’aide. La Piaule de Drummondville enregistrait 450 demandes, alors que le Hamac de Shawinigan comptait plus de 270 admissions.

Ainsi, toute la journée mardi, les participants ont profité de cette occasion privilégiée de se retrouver tous sous un même toit afin de discuter des différentes actions à poser pour une meilleure concertation, une meilleure prise en charge, en plus de découvrir les dernières initiatives régionales en matière de santé mentale, d’itinérance et de situation de rupture sociale pour améliorer davantage les interventions.

La réalité, toutefois, de cette planification, est bien différente dans une région comme la Mauricie et le Centre-du-Québec que, par exemple, sur l’île de Montréal, constate Samuel Blain. «La particularité, c’est le territoire. Dans le CISSS du Centre-sud de Montréal, qui est un tout petit territoire, il y a autant d’intervenants que pour le territoire de la Mauricie et du Centre-du-Québec. Si on veut mieux rejoindre cette population, il y a l’enjeu d’étalement du territoire, l’enjeu de proximité. Si on veut créer des espaces interprofessionnels, il faut développer des nouvelles stratégies, comme le numérique, des plates-formes virtuelles», cite-t-il en exemple.

Jean-Marie Lapointe

Les participants à ce premier forum ont par ailleurs eu la chance de recevoir une tape dans le dos de l’animateur et conférencier Jean-Marie Lapointe, qui a récemment animé la série documentaire Face à la rue sur les ondes de Canal Vie, une série qui a mis en lumière la réalité de l’itinérance en donnant la parole aux personnes dans la rue tout comme à celles qui travaillent et interviennent quotidiennement auprès de ces personnes.

«J’ai voulu qu’on s’intéresse à ces gens-là, leur rendre hommage. Si on ne le fait pas, qui va le faire», s’est demandé l’animateur, rappelant que trop souvent, le réflexe commun est de détourner le regard, espérant mettre rapidement fin à ce sentiment de malaise.

«Face à la rue m’amène beaucoup de guérison. Je suis persuadé que vous aussi, vous vous faites du bien en étant là. Il y a des choses qu’on soigne en silence à l’intérieur de nous. On vit souvent de l’impuissance car on voit le potentiel des gens en face de nous, mais parfois les gens ne sont pas prêts à avancer», a fait remarquer Jean-Marie Lapointe, qui a invité l’audience à aller trouver les personnes en situation d’itinérance «là où elles sont, et de commencer à les aimer là où elles sont».