L’intrusion a été possible parce qu’un élève a donné volontairement son identifiant à un youtuber.
L’intrusion a été possible parce qu’un élève a donné volontairement son identifiant à un youtuber.

Invasion désagréable dans une classe en ligne

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Shawinigan — Yan Blouin n’en revient toujours pas. Alors qu’il s’affairait à donner un cours en ligne à une classe d’élèves du secondaire de l’école des Chutes, il y a quelques jours, un élève lui demande soudainement s’il reste du temps pour faire le travail qu’ils sont en train de faire. «Je ne reconnais pas la voix», raconte M. Blouin. Les caméras de ses élèves sont fermées, question de leur assurer leur intimité.

M. Blouin pense alors qu’il s’agit peut-être d’un parent ou d’un ami qui est avec un de ses élèves.

Puis, la caméra d’où provenait la question s’ouvre. À sa grande surprise, cet enseignant en éthique et culture religieuse se rend compte qu’il a sous les yeux un adulte qu’il ne connaît pas et qui se met aussitôt à faire marcher un mélangeur. Le bruit dérange évidemment toute la classe virtuelle.

Alors que le prof s’affaire à l’expulser, l’intrus a le temps de filmer ses réactions. Résultat, le visage de M. Blouin s’est retrouvé sur les réseaux sociaux dans une vidéo soi-disant humoristique au goût douteux qui a été visionnée quelque 30 000 fois.

Le directeur général du Centre de services scolaire, Denis Lemaire indique que les classes du secondaire se donnent sur la plate-forme Meet, «une plate-forme sécurisée», assure-t-il. L’incident ne vient donc pas d’un manque de sécurité, mais du fait qu’un élève a volontairement cédé son identifiant à un Youtuber qui s’est amusé aux dépens de sa classe. Bref, c’est un peu comme céder son NIP de la caisse et se plaindre après qu’on s’est fait voler, fait-il valoir. «L’élève s’est débranché et quand il s’est rebranché, ce n’était pas lui, mais un youtuber de la région de Québec», raconte M. Lemaire.

Non seulement l’enseignant a vu sa tête être «partagée» quelque 30 000 fois par les internautes par la suite, mais toute sa classe a perdu du temps.

Denis Lemaire indique que l’élève à l’origine de ce mauvais coup a été rencontré et des sanctions lui ont été administrées. «Pour un certain temps, il n’aura plus accès à l’enseignement à distance», dit-il.

Malgré les désagréments occasionnés, Denis Lemaire rappelle que chaque jour de semaine, entre 800 et 1000 élèves sont en mode virtuel pour suivre leurs cours au CSS de l’Énergie. Jusqu’à présent, il y a eu environ une demi-douzaine d’incidents de ce genre, celui vécu par M. Blouin étant le pire à ce jour.

Sans vouloir minimiser la situation, dit-il, le CSS mise sur une intervention de nature pédagogique face à ce genre de phénomène. «Autant un élève peut être perturbateur en classe, autant il peut l’être dans une classe virtuelle», fait-il valoir.

Si un cours de 75 minutes est perturbé pendant 15 minutes, alors «la qualité de l’enseignement se perd», fait valoir le directeur général.

«Notre travail, c’est de travailler avec ceux qui veulent. Un élève qui ne veut pas, on essaie de l’aider, mais il y en 30 autres dans la classe qui veulent et il faut s’organiser pour que ça fonctionne bien», fait-il valoir. «Le personnel et les élèves travaillent tellement fort donc, nous allons toujours prendre ça au sérieux», fait-il valoir.

Quant à M. Blouin, il ne s’est pas trouvé trop affecté de ce mauvais tour, au bout du compte, «mais j’ai quatre enfants et ma fille, ma troisième, était triste qu’on ait ri de son père», déplore-t-il.