Myriam Pagé-Poisson et son conjoint, Christopher en compagnie de leurs quatre enfants, de gauche à droite: Charles, Sarah. Leah et Joseph.
Myriam Pagé-Poisson et son conjoint, Christopher en compagnie de leurs quatre enfants, de gauche à droite: Charles, Sarah. Leah et Joseph.

Intérêt marqué pour l’enseignement à la maison en temps de COVID

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
Shawinigan-Sud — Au début de la pandémie de COVID-19, alors que le milieu scolaire était grandement perturbé par les mesures sanitaires, Myriam Pagé-Poisson a reçu des demandes d’une vingtaine de familles pour savoir comment faire l’école à la maison.

Cette citoyenne de Shawinigan-Sud et son mari, Christopher Poisson, le font depuis sept ans pour leurs quatre enfants, le plus âgé étant en 6e année et le plus jeune, à la maternelle. M. Poisson étant d’origine américaine, leurs enfants suivent les programmes scolaires du Québec et des États-Unis simultanément.

Forte de cette expérience et devant les nombreuses demandes qui lui parvenaient, Mme Poisson a décidé d’écrire un petit guide à l’attention des parents qui voudraient se lancer dans l’aventure, car elle est loin d’être simple et facile, assure-t-elle.

Malgré tout, en Mauricie et au Centre-du-Québec, le nombre de familles qui ont décidé de scolariser leur enfant à la maison a connu une hausse significative, cette année, par rapport à l’an dernier.

Au Centre de services scolaire du Chemin-du-Roy, 133 élèves sont scolarisés à la maison, cette année, comparativement à 63 l’an dernier. Au CSS de l’Énergie, on est passé de 79 élèves à 164 tandis qu’au CSS de la Riveraine, ils étaient 23 l’an dernier et cette année, 36.

«Il y a beaucoup de gens qui ont commencé et qui ont fini par abandonner», raconte Mme Pagé-Poisson. Les CSS confirment d’ailleurs que les chiffres fluctuent d’une année à l’autre. Ce n’est pas juste la maîtrise de la matière qui rend les choses difficiles pour ces parents.

«Le ministre Sébastien Proulx (ancien ministre de l’Éducation sous les libéraux) avait mis en place une loi sur l’école à la maison pour encadrer les enfants. J’étais entièrement d’accord. De un, j’ai travaillé avec M. Proulx; je le connaissais. Je savais que ses intentions étaient bonnes. C’était vraiment tourné vers l’enfant. Depuis que M. (Jean-François) Roberge est arrivé à l’Éducation, c’est un fardeau. Il ne fait qu’en rajouter et en rajouter pour essayer de convertir l’école à la maison selon sa vision à lui. La bureaucratie nous alourdit tellement que beaucoup de familles ont décidé de ne pas faire l’école à la maison», explique-t-elle.

Rollande Deslandes, professeure émérite de l’UQTR spécialisée en éducation et membre du Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire, n’est pas en faveur de l’enseignement à la maison. «J’ai eu cinq enfants et je ne l’ai pas fait», dit-elle en ajoutant que ses enfants lui disent qu’ils lui en auraient voulu si tel avait été le cas.

Selon elle, c’est «toute la question des amis», explique-t-elle. «C’est important de développer des habiletés sociales et d’interagir avec les autres et d’interagir avec d’autres figures d’autorité que représentent les enseignants. Mais je sais qu’il y a des gens qui y croient vraiment, qui sont prêts à se mettre la responsabilité de l’enseignement sur les épaules. Toutefois, il faut se familiariser avec tous les programmes et je ne parle pas du contexte de la pandémie», dit-elle.

Chez les Poisson, toutefois, l’enseignement à la maison relève presque de la tradition familiale. La mère de M. Poisson a enseigné à sept enfants et M. Poisson a lui-même fait l’enseignement à la maison pendant quelques années, raconte Myriam Pagé-Poisson qui a quitté une carrière à l’Assemblée nationale pour enseigner à ses propres enfants.

Elle y voit toujours de grands avantages, notamment le fait qu’elle peut adapter sur mesure son enseignement selon les particularités de chacun.

Certes, c’est beaucoup de travail et «avec le ministre Roberge qui change les lois constamment, je fais plus de bureaucratie que j’enseigne à mes enfants», confie-t-elle. «C’est très difficile de rencontrer toutes les exigences», dit-elle.

Côté socialisation, «nous voulions que nos enfants ne soient pas juste confrontés à des enfants de leur âge. Nous croyons que la socialisation, c’est d’être capable de s’adapter à la personne à qui tu parles.» Quand sa grand-mère était encore vivante, Mme Pagé-Poisson emmenait souvent ses enfants à la résidence pour personnes âgées où elle habitait alors. «Il y avait des cas très lourds de personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer», raconte-t-elle. Les enfants ont donc appris à interagir avec d’autres personnes, dont celles-là, explique-t-elle.

D’autre part, les enfants du couple sont inscrits dans beaucoup de formations parascolaires où ils ont aussi l’occasion de rencontrer beaucoup d’autres jeunes. «En plus, mes enfants ont 20 cousins et cousines au premier degré», dit-elle. Dans leur cas, la socialisation n’est donc pas un problème.

Avant de se lancer dans l’école à la maison, «il faut y penser et y repenser, conseille cette mère-enseignante. «Ce n’est pas donné à tous. L’enfant est une page blanche et si on ne la remplit pas comme il le faut, si on se néglige un peu, il va y avoir des conséquences sur sa vie, plus tard. Si je ne prends pas ça à cœur, si je ne suis pas passionnée, si tous les jours je ne me donne pas des objectifs, c’est le futur de mes enfants que je néglige. C’est un engagement. Si tu as passé une mauvaise nuit ou qu’il y a des jours où tu ne te sens pas bien, il faut te lever quand même pour le bien de l’enfant et se donner à 100%», plaide-t-elle.