Hanyu Liang (à droite) et son équpe, reçoivent le Ig Nobel décerné annuellement par le magazine scientifique humoristique Annals of Improbable Research pour la découverte scientifique comique, mais pratique.

Les prix Ig Nobel 2018 aux poupées vaudou et au cannibalisme

BOSTON — Quiconque a déjà été si furieux contre son patron qu’il a eu envie de se venger aurait vraiment intérêt à écouter Lindie Liang.

Mme Liang et ses collègues ont constaté que le fait de maltraiter une poupée vaudou virtuelle au lieu de votre patron vous fera sentir mieux, tout en vous évitant d’être renvoyé ou jeté en prison — une étude qui leur a valu un prix Ig Nobel 2018, les honneurs décernés annuellement par le magazine scientifique humoristique Annals of Improbable Research pour la découverte scientifique comique, mais pratique.

Parmi les autres lauréats: un médecin japonais qui a mis au point une nouvelle méthode révolutionnaire pour auto-effectuer une coloscopie; un professeur d’archéologie britannique qui a déterminé que la chair humaine n’est pas très nutritive; une équipe australienne qui a constaté que les personnes qui achètent des produits de haute technologie n’ont vraiment aucun intérêt pour le manuel d’instructions; et des chercheurs universitaires espagnols qui ont mesuré les effets des cris et des injures au volant.

Les prix décernés lors de la 28e cérémonie annuelle à l’Université de Harvard ont été remis par de vrais lauréats du prix Nobel. L’événement comprenait le traditionnel raid aérien des avions de papier et la première de The Broken Heart Opera, présenté avec l’aide des cardiologues de la faculté de médecine de Harvard.

Les gagnants, qui comme à leur habitude se sont rendus au Massachusetts à leurs frais, ont également reçu un prix en espèces de 10 000 milliards de dollars zimbabwéens, ce qui n’a pratiquement aucune valeur. Chacun a eu 60 secondes pour prononcer un discours d’acceptation avant qu’une fillette de huit ans ne monte sur scène pour les interrompre: «S’il vous plaît, arrêtez. Vous m’ennuyez».

Mme Liang, une professeure adjointe d’affaires à l’Université Wilfrid Laurier de Waterloo, en Ontario, est une spécialiste de l’agressivité en milieu de travail.

«Nous voulions comprendre pourquoi les subalternes ripostent quand c’est mauvais pour eux, a-t-elle déclaré. Nous savons tous que crier à notre patron est mauvais pour votre carrière. Alors, quelle est la fonction des représailles? Pourquoi les gens continuent-ils à le faire?»

De toute évidence, Mme Liang ne pouvait pas demander aux gens de donner une raclée à leurs patrons. Au lieu de cela, on leur a montré une poupée vaudou en ligne avec les initiales de leur superviseur. Ils ont alors eu la possibilité de maltraiter la poupée virtuelle avec des épingles, des pinces ou du feu.

Le plus important: les gens se sentaient mieux après avoir tabassé la poupée ou, comme Mme Liang l’a dit, «leurs perceptions d’injustice sont désactivées».

Pourtant, elle n’approuverait pas d’un milieu de travail encombré de poupées vaudou pour permettre aux gens de se défouler. Commençons plutôt par créer des milieux de travail plus polis et plus respectueux, dit-elle.

Étude sur le cannibalisme récompensée

James Cole, un professeur d’archéologie à l’université britannique de Brighton, a mérité son prix Ig Nobel pour une étude sur le cannibalisme qui a révélé que manger de la chair humaine n’est probablement pas la solution si l’on veut un repas riche en calories.

Le cannibalisme est assez courant dans l’histoire de l’humanité, a-t-il expliqué, et le consensus parmi les chercheurs est que les humains mangent d’autres humains principalement pour des raisons nutritionnelles. M. Cole a constaté que la valeur calorique des humains n’est pas très élevée comparée à celle des autres animaux que nous savons que nos ancêtres ont chassés et mangés.

«Nous ne sommes pas super nutritifs», a-t-il déclaré.

Comment M. Cole a-t-il déterminé la valeur calorique d’un humain? Ne vous inquiétez pas. Aucun humain n’a été dévoré pour son étude — il a utilisé une formule préalablement déterminée qui fonde le nombre de calories des parties du corps sur le poids et la composition chimique.

Le docteur Akira Horiuchi, un pédiatre à l’Hôpital général Showa Inan de Komagane, au Japon, a été récompensé pour son étude d’autocoloscopie au cours de laquelle il utilisait un coloscope conçu pour les enfants, assis en position allongée.

Le docteur Horiuchi ne recommande pas que vous vous donniez une coloscopie dans le confort de votre foyer. Il a expliqué par courriel que de nombreuses personnes avaient peur de la coloscopie et il voulait simplement démontrer à quel point cela pouvait être facile.

«Si les gens regardent une vidéo de mon autocoloscopie, ils pensent que la coloscopie est simple et facile», a-t-il dit.

Les gens peuvent rire des gagnants, mais le docteur Horiuchi a indiqué que gagner un prix Ig Nobel attire l’attention sur des études comme la sienne qui pourraient autrement être passées sous silence.

L’incidence et le taux de mortalité du cancer colorectal au Japon augmentent, a-t-il ajouté. Si son travail rend quelqu’un plus ouvert à subir une coloscopie, raisonne-t-il, peut-être qu’il sauvera des vies.