Deux combattants s'affrontent lors d'un tournoi à Beaumont-sur-Oise, au nord de Paris, le 10 février dernier.

La Fédération française d’escrime adopte le sabre laser à la Star Wars [VIDÉOS]

BEAUMONT-SUR-OISE, France - Maître Yoda, dépoussiérer son français, il le doit.

Il est maintenant plus facile que jamais en France de concrétiser ses fantasmes de «La guerre des étoiles»: la Fédération française d’escrime (FFE) a emprunté à une galaxie très lointaine et officiellement reconnu comme sport de compétition le duel au sabre laser, accordant à l’arme de la saga de George Lucas le même statut que le fleuret, l’épée et le sabre - les lames traditionnelles utilisées aux Jeux olympiques.

Bien entendu, les répliques de sabre laser en polycarbonate rigide et éclairées par DEL ne peuvent pas sectionner un seigneur Sith en deux. Mais elles ressemblent étroitement aux armes maniées au grand écran par Yoda et d’autres personnages de ces films à succès, d’autant plus que les modèles les plus sophistiqués sont équipés d’une puce qui leur permet d’émettre le grondement électronique bien connu.

Amplement réaliste pour que les adversaires soient couverts de sueur après des combats de trois minutes pendant lesquels ils tranchent, feignent et poignardent. Le caractère physique des combats au sabre laser explique en partie pourquoi la FFE a apporté son soutien à ce sport et équipe désormais les clubs d’escrime de sabres laser et entraîne leurs futurs instructeurs. À l’instar des vertueux chevaliers Jedi, la fédération française croit combattre le côté obscur: les habitudes sédentaires de la vie du XXIe siècle qui rendent de plus en plus d’adultes et d’enfants malades.

«Avec les jeunes d’aujourd’hui, c’est un réel problème de santé publique. Ils ne pratiquent aucun sport et ne font que de l’exercice avec les pouces, a déploré Serge Aubailly, le secrétaire général de la fédération. Il est devenu difficile de (les persuader de) faire un sport qui n’a aucun lien avec sortir du canapé et jouer avec ses pouces. C’est pourquoi nous essayons de créer un lien entre notre discipline et les technologies modernes, pour que faire du sport puisse sembler naturel.»

Par le passé, Zorro, Robin des bois et Les trois mousquetaires, par exemple, ont contribué à attirer de nouveaux pratiquants à l’escrime. Maintenant, Luke Skywalker, Obi-Wan Kenobi et Darth Vador se joignent à eux, et même les supplantent.

«Les films d’épée ont toujours eu un impact important sur notre fédération et sa croissance, a expliqué M. Aubailly. Les films au sabre laser ont le même impact. Les jeunes veulent l’essayer.»

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Les jeunes, mais aussi les jeunes de coeur.

L’agent de police Philippe Bondi, 49 ans, a pratiqué l’escrime pendant 20 ans avant de passer au sabre laser. Quand un club a commencé à offrir des cours à Metz, une ville de l’est de la France où il est affecté à la gendarmerie, M. Bondi a expliqué avoir été immédiatement attiré par la perspective de vivre l’amour qu’il a pour l’univers de la «guerre des étoiles», depuis qu’il a vu le premier film à 7 ans, à sa sortie en 1977.

Il combat en portant le même masque que celui utilisé pour l’escrime. Il a dépensé environ 350 euros (525 $ CAN) pour son armure de protection (gants robustes, plastrons, protège-épaules et protège-tibias) et pour son sabre laser approuvé par la fédération, optant pour le vert lumineux «parce que ce sont les couleurs Jedi et Yoda est mon maître».

«Je devais être du bon côté, étant donné que mon travail consiste à faire respecter la loi», a-t-il précisé.

M. Bondi s’est réveillé bien avant l’aube pour faire le trajet de quatre heures de Metz jusqu’à un tournoi national de sabre laser près de Paris, qui a attiré 34 combattants. Cela montrait à quel point le sport avait progressé en quelques années, mais aussi qu’il était encore à des années-lumière de la généralisation.

La foule était modeste et un problème technique empêchait l’affichage des photos des participants et des scores, rendant les combats difficiles à suivre. Mais les traînées lumineuses des lames étaient spectaculaires dans la pénombre. Des spectateurs déguisés en personnages de «La guerre des étoiles» contribuaient à l’ambiance, surtout la scène incongrue de Darth Vador en train d’acheter un sandwich au jambon et un sac de croustilles à la cafétéria pendant une pause.

En construisant leur sport à partir de la base, les organisateurs français ont élaboré des règles de compétition destinées à rendre le duel au sabre laser compétitif et agréable à regarder.

«Nous voulions que ce soit sécuritaire, nous voulions que ce soit arbitré et, surtout, nous voulions que ça produise quelque chose de visuel qui ressemble à un film, car c’est ce à quoi les gens s’attendent», a expliqué Michel Ortiz, l’organisateur du tournoi.

Les combattants s’affrontent à l’intérieur d’un cercle délimité par une bande sur le sol. Les coups à la tête ou au corps valent cinq points; aux bras ou aux jambes, trois points; sur les mains, un point. La victoire va à celui qui atteint 15 points le premier ou qui a le meilleur score après trois minutes. Si les deux combattants atteignent dix points, celui qui est le premier à porter un coup à la tête ou au corps gagne - une règle qui vise à encourager les adversaires à se porter à l’attaque.

Les coups ne comptent que si les combattants pointent d’abord le bout de leur sabre derrière eux. Cette règle empêche les frappes rapides de type «vipère» qui caractérisent souvent l’escrime. Au lieu de cela, la règle encourage les coups plus amples, plus faciles à voir et à apprécier pour le public, et surtout plus évocateurs des duels de «La guerre des étoiles». Parmi ceux-ci, le duel entre Obi-Wan et Darth Maul dans «La menace fantôme» (The Phantom Menace) (qui se termine mal pour le Sith, malgré son sabre laser à double lame) est particulièrement apprécié des aficionados pour son jeu d’épée.

Encore naissant, ne comptant que quelques centaines d’adeptes en France, le duel au sabre laser n’a aucun espoir de figurer aux Jeux olympiques de Paris en 2024.

Mais entendre le bruit des lames et les voir découper des formes dans les airs, c’est vouloir essayer le sport.

Yoda est formel: «N’essaie pas! Fais-le, ou ne le fais pas! Il n’y a pas d’essai».

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Deux combattants s'affrontent lors d'un tournoi à Beaumont-sur-Oise, au nord de Paris, le 10 février dernier.