Plus d’une centaine de citoyens se sont rendus à l’hôtel de ville pour réclamer la sauvegarde du boisé des Estacades.

Inquiétude et mobilisation

TROIS-RIVIÈRES — Plus d’une centaine de citoyens se sont déplacés mardi soir à l’hôtel de ville de Trois-Rivières afin de faire connaître leur inquiétude face à un potentiel développement domiciliaire dans le boisé des Estacades. Alors que l’ensemble des citoyens réclamait que la Ville fasse l’acquisition pure et simple du boisé pour le préserver entièrement, le conseil municipal s’est engagé à tenir une réflexion sur les orientations qu’il souhaite prendre vis-à-vis ce terrain de 3,2 millions de pieds carrés.

C’est que dans l’état actuel des choses, un développement domiciliaire ne serait tout simplement pas permis sur ce terrain sans qu’il passe d’abord par un processus référendaire de changement de zonage, ce qui voudrait automatiquement dire de passer par une consultation publique, mentionne le maire Yves Lévesque.

En effet, le zonage actuel ne permet la construction que d’un seul bâtiment résidentiel sur le terrain. Un éventuel promoteur qui achèterait ce terrain privé, présentement à vendre au coût de 2,5 M$, devrait passer par un changement de zonage, ce qui amène forcément l’ouverture d’un registre et, advenant le nombre minimal de signatures atteintes, la tenue d’un référendum dans le secteur.

Qui plus est, le maire a fait savoir aux citoyens que la Ville était déjà propriétaire de la bande riveraine du terrain, la portion riveraine ayant été acquise tant par expropriation que de gré à gré il y a environ une dizaine d’années. Cette portion du boisé est, et demeurera, publique.

De plus, une étude réalisée il y a deux ans dévoile que 40 % du terrain ne pourrait être développé en lien avec les milieux humides, les aires écologiques, les zones de conservation naturelles et zones à risque de glissement de terrain. Un éventuel promoteur devrait également céder 10 % du terrain à la Ville pour des fins de parc public. «Autrement dit, il y a pas moins de 50 % de ce terrain qui ne pourrait pas être développé», insiste Yves Lévesque.

Charles Fontaine et Valérie Deschamps (à gauche) étaient des spectateurs intéressés mardi à la séance du conseil de Trois-Rivières.

Une réponse qui n’a pas entièrement rassuré les citoyens présents, dont Mario Fontaine, qui a fait remarquer au conseil municipal qu’étant donné que le terrain en était un privé, rien n’empêchait l’actuel propriétaire ou son futur acheteur d’empêcher toute personne de venir s’y promener à l’avenir. «On doit très rapidement acheter ce terrain-là», a lancé M. Fontaine. Le maire a cependant souligné l’importance pour la Ville de mener une réflexion plus profonde sur le sujet, pour éviter de créer des précédents qui obligeraient l’achat d’autres terrains boisés un peu partout sur le territoire.

D’autres citoyens ont tenu à prendre la parole, pour réclamer la préservation dans son ensemble de ce territoire, qualifié de véritable poumon de la ville. «J’attends que mon conseil municipal ait une vision d’ensemble dans cette ère de réchauffement climatique», a notamment clamé Marie-Josée Champagne. Une intervention qui a fait dire au maire Lévesque qu’on pourrait aussi ne plus faire de développement et «arrêter de faire des enfants», ce qui lui a valu quelques huées.

Une autre citoyenne, Annie Defoy, a réclamé que des citoyens soient impliqués dans le processus de réflexion dans lequel la Ville souhaite actuellement s’engager.

Charles Fontaine, l’instigateur d’une pétition lancée sur le site www.change.org, et qui a à ce jour amassé plus de 13 600 signatures, a déposé la pétition au conseil municipal. Un geste qu’il a posé devant une salle pleine à craquer, au point où certains citoyens ont dû demeurer à l’extérieur de la salle, faute de places.

Pas rassurés à 100 %

À la sortie du conseil municipal, les deux porte-paroles du groupe de citoyens, Charles Fontaine et Valérie Deschamps, ne se sont pas montrés rassurés à 100 %. «Nous sommes rassurés, oui et non. On nous indique que 40% du terrain est actuellement protégé, mais nous on veut 100 % du terrain», indique Mme Deschamps.

«On aimerait savoir où on se dirige avec ce dossier, mais on est content de voir l’ouverture à une consultation publique. On espère que les citoyens seront consultés. On est seulement en partie rassuré. C’est le troisième projet qui est annoncé. Il y a toujours eu des inquiétudes. Les choses vont peut-être se placer, mais on n’a aucune certitude», soutient Charles Fontaine.

«Là, on est nombreux. C’est la première fois en 30 ans qu’on réunit autant de personnes sur un même projet. On a la force du nombre pour être écouté. On va suivre ça de près», ajoute-t-il.

En marge du conseil municipal, lors de la séance de travail en après-midi, les élus ont longuement discuté de ce sujet, afin de savoir de quelle façon le conseil pourrait se doter d’une vision plus large pour décider non seulement du sort de ce boisé, mais de la position de la Ville concernant la préservation des espaces verts.

En séance publique, le conseiller municipal du district des Estacades, Pierre-Luc Fortin, a signifié aux citoyens qu’il comprenait que la mobilisation citoyenne était plus large que seulement la préservation d’un milieu écologique, mais que ce boisé avait aussi une valeur sociale pour les Trifluviens. Il indique que le conseil s’engage donc dans un processus de réflexion, dont la conclusion devra être acceptable pour lui et la majorité. «Je veux aussi que cette réflexion mène à clore la discussion sur cette question, pour ne pas que mes enfants aient à revenir ici dans douze ans pour se battre pour les mêmes raisons. Je veux qu’on cesse de pelleter en avant, qu’on ait une réflexion, une vision et qu’on agisse», a-t-il lancé.