La cardiologue Anne Fournier de Sainte-Justine et la pédiatre Marie-Claude Nadeau du CHAUR de Trois-Rivières s’inquiètent des impacts de la fusion de Sainte-Justine et du CHUM sur les services dispensés par la clinique itinérante de cardiologie pédiatrique à Trois-Rivières.

Inquiétude en cardiologie pédiatrique

Trois-Rivières — La récente fusion forcée des administrations du Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine et du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) fait craindre le pire aux spécialistes en cardiologie pédiatrique dans la région. D’une seule voix, les pédiatres et cardiologues de la clinique itinérante de cardiologie qui se déplace deux fois par mois à Trois-Rivières dénoncent cette nouvelle mégastructure qui pourrait maintenant menacer les services rendus à des centaines d’enfants et de familles de la Mauricie et du Centre-du-Québec.

Depuis 20 ans, la cardiologue de Sainte-Justine Anne Fournier et son équipe se déplacent à Trois-Rivières deux fois par mois pour voir des enfants ayant besoin de tous les niveaux de services en cardiologie. Un peu plus de 700 visites par année, des services dispensés à proximité du lieu de résidence des petits patients, évitant du même coup aux parents des voyages à Montréal, des frais de déplacement, d’hébergement, de gardiennage, etc.

Or, en 2015, les administrations de Sainte-Justine et du CHUM ont fusionné, dans la foulée de la réforme du système de santé, une fusion imposée par le ministre Gaétan Barrette. Une fusion qui ne fait aucun sens aux yeux de la Dre Fournier.

«C’est une nouvelle réalité qui peut toucher tous les services de Sainte-Justine. Dans un hôpital, chacun se bat pour avoir sa pointe de tarte, si je peux me permettre. Notre crainte, aujourd’hui, c’est de constater que cette nouvelle grosse structure nous force à nous battre encore plus fort pour dispenser des services, et que les besoins des enfants soient noyés par l’immense demande de la clientèle adulte. Ce n’est pas logique d’avoir procédé à cette fusion, et nous avons peur que l’entité pédiatrique par excellence au Québec qu’est Sainte-Justine soit maintenant perdue. Les enfants devraient être la priorité, ils sont notre avenir. Pour ça, nous avons besoin d’un centre hospitalier fort mais surtout indépendant», croit Anne Fournier.

Les spécialistes de Sainte-Justine, appuyés des médecins d’un peu partout au Québec qui bénéficient de partenariat avec l’établissement, clament depuis plusieurs mois déjà leur inquiétude quant à la suite des choses depuis cette fusion. Cette voix s’ajoute d’ailleurs à celles de dizaines d’associations et de centaines de parents ayant déjà dénoncé cette fusion forcée.

«Ce qu’on demande, c’est tout simplement la défusion», résume Anne Fournier. Une position appuyée par la Dre Marie-Claude Nadeau, pédiatre au CHAUR et adjointe au chef du département de pédiatrie à Trois-Rivières.

«La clinique itinérante, ça fait une énorme différence pour nous, mais également pour des centaines de personnes dans la région qui en bénéficient. On a une collaboration extraordinaire avec les spécialistes de Sainte-Justine, et de pouvoir avoir un contact direct avec les patients est un plus. C’est une collaboration quotidienne entre eux et nous», résume Mme Nadeau.

La possibilité de voir un service comme la clinique itinérante se terminer serait tout simplement un non-sens pour le personnel de Trois-Rivières.

«On le voit même ici, dans notre hôpital. Dès qu’on a besoin d’un nouvel équipement, d’un service, de ressources, il faut chacun tirer la couverture sur notre bord. De voir que cette nou- velle grosse structure pourrait avoir un impact sur les services rendus aux enfants, ce n’est juste pas possible», déclare Mme Nadeau.

La clinique itinérante de cardiologie pédiatrique se déplace non seulement à Trois-Rivières, mais également Gatineau, Laval, Le Gardeur, Joliette, Saint-Hyacinthe de même que la couronne nord et rive sud de Montréal et même jusqu’en Abitibi.

«Pour le moment, on n’a pas eu d’indication comme quoi la clinique était menacée. Mais on ne veut rien tenir pour acquis, nous sommes très craintifs», évoque la Dre Fournier, qui rappelle qu’il y a vingt ans, la naissance de cette clinique itinérante est venue d’une demande des parents de Trois-Rivières, qui souhaitaient pouvoir avoir un suivi en cardiologie pour leurs enfants dans la région.