Les citoyens ont manifesté une vive opposition au projet de décret visant l'établissement de nouvelles règles d'urbanisme dans les secteurs inondables.

Inondations: le décret mal reçu

Lors de l'assemblée publique de consultation qui avait lieu lundi soir à l'hôtel Rodeway Inn, les citoyens de la Mauricie ont manifesté une vive opposition au projet de décret visant l'établissement de nouvelles règles d'urbanisme dans les secteurs inondables. Ceux-ci ont notamment été déçus par la façon dont le gouvernement souhaite délimiter les zones à risque.
Une quarantaine de personnes ont fait face aux porte-paroles du gouvernement venus expliquer le décret. Si le nombre de citoyens présents semblait dérisoire dans la salle aménagée pour 350 personnes, leur présence s'est rapidement fait sentir. L'assemblée a commencé abruptement lorsqu'une dame a reproché aux organisateurs d'avoir mal géré les invitations. D'autres citoyens se sont joints à elle pour souligner la communication défaillante qui avait émané du gouvernement.
L'assemblée était également déçue par la quasi-absence de représentants du monde politique. Le maire de Yamachiche, Michel Isabelle, était en effet le seul élu présent à la consultation. Cette attitude des politiciens a par ailleurs irrité plusieurs citoyens. «Je suis un peu déçu, surtout au niveau municipal. Ils auraient pu venir défendre ce qu'ils font, car ce sont eux qui sont censés appliquer les lois qui sont dictées par le ministère», déplore Daniel Lacroix, un résident du secteur Pointe-du-Lac. «Je trouve ça immoral d'envoyer des messagers! On aurait voulu parler aux députés, car au fond, ce sont eux qui veulent faire cette loi, alors qu'ils se présentent», a ajouté Alexandre Neault, du secteur Trois-Rivières-Ouest. Notons que du côté de Nicolet, où il y avait également une consultation, le conseil municipal était absent, puisqu'il était en séance publique au même moment.
Les porte-paroles du gouvernement ont ensuite expliqué les modifications apportées par le décret. Dorénavant, et rétroactivement pour les victimes des inondations du printemps 2017, un propriétaire dont la résidence est située en zone inondable 0-20 ans devra suivre un nouveau processus en cas de dommages causés par la crue des eaux. La première étape à suivre sera de faire évaluer les dommages par le ministère de la Sécurité publique, ou par un expert en sinistre reconnu par la Chambre à l'assurance de dommages. Ensuite, le propriétaire pourra demander à la municipalité un permis pour réaliser les travaux. Toutefois, la réparation ou la reconstruction de la maison ne sera autorisée que si les dommages causés par l'inondation représentent moins de 50% de la valeur foncière du bâtiment. 
Cette nouvelle mesure a été mal accueillie par l'assemblée, composée majoritairement de citoyens vivant en zone inondable. Les représentants du gouvernement ont ensuite expliqué que le décret permettait des dérogations si les dommages causés à une propriété ne dépassaient pas 65 % de la valeur foncière. Une municipalité pourrait alors formuler une demande au ministère des Affaires municipales et de l'Occupation du territoire, qui serait ensuite étudiée par un comité consultatif du ministère du Développement durable et de l'Environnement. 
Les citoyens se sont montrés plutôt sceptiques face à la dérogation, et ont critiqué la manière dont le décret calculait le risque. Une zone inondable 0-20 ans est une zone où les résidents ont 5 % de chances de se faire inonder chaque année. Cependant, les résidents ont indiqué que la cartographie des zones inondables de Trois-Rivières date en grande partie des années 1970, et qu'elle serait à refaire. «Je pense que dans la question du décret, certaines des définitions, particulièrement la définition de la zone 0-20 ans, ont besoin de beaucoup plus de précision et de raffinement. La zone 0-20 ans semble être établie de façon un peu subjective, et il faut que ce soit plus scientifique que ça», soutient M. Lacroix. Les citoyens ont par ailleurs été nombreux à mentionner que des travaux d'élévation avaient été réalisés depuis les années 1970, ce qui rendait les données obsolètes. 
Enfin, une représentante du gouvernement a expliqué que si les dommages causés à la propriété dépassaient 50 % de la valeur foncière, le ministère donnait au propriétaire l'équivalent des coûts de remplacement du bâtiment pour le démolir, ainsi qu'une compensation pour le terrain. Il s'avérait cependant que le plafond de la compensation était de 200 000 dollars pour la maison, et de 50 000 dollars pour le terrain. Considérant la valeur des propriétés riveraines de la région, l'assemblée a manifesté un vif mécontentement. «Comment pouvez-vous oser dire que vous aidez les citoyens?», a même demandé une dame. 
Au final, la mesure du 50 % de la valeur foncière dans les zones inondables 0-20 ans semble avoir été le point chaud de l'ensemble des consultations qui avaient lieu dans les différentes régions du Québec. Bien que le gouvernement invoque la sécurité des citoyens pour justifier son décret, bien des citoyens sont d'avis que cette mesure est exagérée, étant donné le caractère exceptionnel des inondations du printemps.