Des messages de soutien ont été déposés au centre des chandelles allumées lors de la vigile à La Tuque.
Des messages de soutien ont été déposés au centre des chandelles allumées lors de la vigile à La Tuque.

Indignation dans la région: «Elle n’a pas filmé pour rien»

Audrey Tremblay
Audrey Tremblay
Le Nouvelliste
LA TUQUE — La vidéo choquante tournée par l’Atikamekw Joyce Echaquan juste avant sa mort suscite de nombreuses réactions aux quatre coins de la province. Les propos dégradants lancés par des membres du personnel de l’hôpital de Joliette ont été vivement dénoncés. Les différents intervenants de la région sont unanimes, la situation doit changer.

Le Conseil des Atikamekw de Manawan a dénoncé, par voie de communiqué, les actes «qui ont mené au décès d’une femme de la communauté». Le conseil aussi dénonce les propos tenus par le personnel et captés sur la vidéo qui «démontrent clairement du racisme envers les premières nations».

«Nous en avons assez de vivre du racisme auprès des services publics. Personne ne devrait être traité ainsi. Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour que ces gestes ne soient plus jamais commis. J’offre mes condoléances aux familles et aux proches de notre consœur partie trop tôt», a déclaré le chef Paul-Émile Ottawa.

Les messages de sympathies, de dégoût et d’inquiétudes se multiplient sur les réseaux sociaux depuis la publication de la vidéo.

Les dirigeants du Centre d’amitié autochtone de La Tuque (CAALT) ont aussi été choqués par les événements. Ce qu’ils souhaitent, c’est que les autorités passent à l’action afin que les autochtones puissent recevoir des services adéquats.

Laurianne Petiquay est directrice générale du CAALT.

«Ce sont des professionnels de la santé qu’on entend parler dans cette vidéo-là. C’est inacceptable. C’est certain que ça nous a choqués. Le monde atikamekw c’est petit, les gens se connaissent. Il y a des membres de sa famille ici à La Tuque. Les gens veulent que ça change et que cela n’arrive plus jamais. On parle d’une mort très tragique. Ce n’est pas sécurisant. On ne comprend pas pourquoi elle a été traitée de cette façon-là. Personne ne devrait être traité ainsi. Normalement, l’hôpital doit être un environnement sécuritaire que tu sois autochtone ou non», a souligné Laurianne Petiquay, directrice générale du CAALT.

«Je suis certain d’une chose, elle n’a pas filmé pour rien. Elle a voulu dénoncer quelque chose. […] On se pose des questions sur la qualité des services que cette personne-là a pu recevoir. Quand on écoute nos membres parler, ils sont choqués. Ils se demandent si leurs enfants vont subir ça, si leur famille va être traitée comme ça. C’est vraiment malheureux», a-t-elle ajouté.

Une vigile en mémoire de Joyce Echaquan a d’ailleurs eu lieu au lac Saint-Louis à La Tuque, mardi soir. Une centaine de personnes, autochtones et allochtones, ont répondu à l’appel.

Le Regroupement des centres d’amitié autochtones du Québec (RCAAQ) a également réagi. On insiste pour que les évènements entourant la mort de cette femme autochtone à Joliette fassent l’objet d’une enquête poussée, «en plus d’initier un réel engagement venant directement des dirigeants d’institutions publiques au Québec».

«Il est maintenant temps de se poser de sérieuses questions sur l’imputabilité de l’État en matière de bienveillance et de sécurité dans ses propres services», a souligné Tanya Sirois, directrice générale du RCAAQ.

Des rubans ont été distribués pour démontrer le soutien envers la victime et sa famille.

«Un changement radical est réclamé. Les Autochtones ne sont pas en sécurité dans le système public québécois. En espérant que les autorités concernées lèvent le voile sur ce drame et qu’on ne tentera pas de protéger les personnes responsables comme cela a été vu dans le passé dans des dossiers impliquant des victimes autochtones», a ajouté le président du RCAAQ, Philippe Meilleur.

Le RCAAQ espère que le décès tragique de Joyce Echaquan ne tombe pas dans l’oubli.

Le Centre d’amitié autochtone de Trois-Rivières a également exprimé ses inquiétudes vis-à-vis le racisme et a souligné l’importance de mettre immédiatement fin aux discriminations envers les Autochtones.

Le Conseil de la nation Atikamekw (CNA) a réagi également. Le CNA interpelle le gouvernement du Québec afin que cessent les discriminations envers les autochtones. Le CNA réclame que la lumière soit faite sur les événements.

Pour l’organisme, les discriminations envers les autochtones dans les services publics sont malheureusement encore beaucoup trop présentes.

Joyce Echaquan

«Alors que la vidéo publiée par la défunte, en souffrance et appelant à l’aide, révèle une condescendance troublante et des propos racistes de la part du personnel soignant, le CNA demande qu’une enquête indépendante soit menée et que l’application des recommandations du rapport Viens soit accélérée», peut-on lire dans le communiqué.

Le CNA rappelle également que le rapport Viens faisait état, il y a un an déjà, d’une situation accablante sur la considération des autochtones dans les services publics.

«Il est malheureux de constater qu’en 2020 de tels comportements puissent encore se produire. Il est de la responsabilité de tous de les dénoncer, surtout dans le contexte des services de santé et dont la déontologie devrait nous protéger de l’inconfort du racisme», a mentionné Constant Awashish, grand chef de la Nation Atikamekw.