Un ciel jaune et une odeur de fumée: voilà ce que voit et sent depuis quelques jours Nicolas Demers-Jutras, en voyage en Australie.
Un ciel jaune et une odeur de fumée: voilà ce que voit et sent depuis quelques jours Nicolas Demers-Jutras, en voyage en Australie.

Incendies en Australie: «c’est vraiment intense», selon le Trifluvien Nicolas Demers-Jutras

Matthieu Max-Gessler,  Initiative de journalisme local
Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Un ciel jaune et une odeur de fumée: voilà ce que voit et sent depuis quelques jours Nicolas Demers-Jutras, en voyage en Australie. Arrivé il y a trois mois, le Trifluvien est témoin des impacts des feux de forêt qui ravagent ce pays en ce moment.

M. Demers-Jutras est arrivé en Australie le 6 octobre, avec un groupe d’amis venus pour visiter le pays tout en travaillant. Après avoir séjourné pendant près d’un mois à Sydney, il a pris la route vers Melbourne, mais a finalement accepté une offre d’emploi dans la région du Gippsland, à l’est de cette ville.

«En ce moment, on est dans la fumée, le ciel est jaune. Au cours des deux derniers mois, c’est arrivé deux fois qu’on se lève le matin et que ça sente la fumée, mais dans l’après-midi, c’était terminé. Mais avant-hier (vendredi), le ciel était jaune. Hier (samedi), le vent soufflait dans la direction opposée alors ça ne se voyait plus, mais aujourd’hui (dimanche), c’est revenu», raconte-t-il.

Le jeune homme ajoute ne pas avoir été incommodé jusqu’à présent dans son travail par la fumée, contrairement à certains de ses amis.

«On travaille sur une ferme de salade. Je travaille à l’intérieur, alors ça va. Mais j’ai des amis qui n’ont pas pu travailler certains jours parce qu’ils risquaient d’avoir des maux de tête et d’avoir de la misère à respirer», relate-t-il.

Préparés et optimistes

Bien qu’il soit à une distance sécuritaire des feux – le Gippsland est situé au sud-ouest de la Nouvelle-Galles-du-Sud, la région la plus durement touchée par les incendies –, M. Demers-Jutras affirme avoir rencontré plusieurs Australiens qui ont fui les zones où les brasiers font rage.

«On a vu un camping se remplir de gens qui fuyaient. On a rencontré un couple de personnes âgées dont la maison a brûlé. Mais ils ont pu se sauver avec leur roulotte et ils ont dit qu’avec l’argent des assurances, ils vont en profiter pour voyager. Il y a quand même de l’optimisme», souligne-t-il.

«Chaque année, il y a des feux de forêt, alors les gens sont prêts, ils ont des plans d’urgence s’il se produit quelque chose de grave. Mais contrairement aux autres années, il n’y a pas eu assez de pluie pour gorger le sol d’eau, ce qui permet de faire une barrière contre le feu. Les gens sont entre deux : ils sont prêts, mais ils sont conscients que cette année, c’est vraiment intense», ajoute M. Demers-Jutras.

Sentiment d’inaction

Le jeune homme affirme cependant qu’il sent de l’indignation de nombreux Australiens envers leur premier ministre, Scott Morrison. Celui-ci est la cible de critiques depuis quelques jours pour sa gestion des communications en cette période de crise.

«On voit beaucoup de gens indignés envers le premier ministre. Ils ont un sentiment qu’il y a de l’inaction de sa part, qu’ils sont laissés à eux-mêmes. Ce n’est pas sans me rappeler les inondations à Sainte-Marthe-du-Lac. Ça me touche, ça me rappelle ce que mon père, qui habite là, a vécu le printemps dernier», témoigne-t-il.

Le Trifluvien quittera sous peu le Gippsland pour la Tasmanie, une région de l’Australie située sur une île, au sud de Melbourne. La région est la moins touchée par les incendies: en date du 3 janvier, 9550 hectares avaient brûlé, contre 4 millions pour la région de la Nouvelle-Galles-du-Sud, selon le journal La Croix.

Malgré le drame qui se déroule en ce moment, M. Demers-Jutras assure que son voyage n’en sera pas gâché pour autant.

«Je vis avec ce que je traîne sur mon dos, j’avais prévu que je me déplacerais pendant mon voyage. Alors non, les feux ne gâchent pas mes projets», assure-t-il.

Un cinquième contingent canadien en renfort

Depuis le 3 décembre dernier, le Centre interservices des feux de forêt du Canada (CIFFC) a envoyé 95 spécialistes en lutte contre les incendies de forêt, dont des Québécois, pour prêter main-forte aux pompiers australiens. 

La Société de protection des forêts contre le feu (SOPFEU) a indiqué dimanche que le CIFFC s’apprêtait à envoyer un cinquième contingent outre-mer. La SOPFEU précise qu’aucun des Canadiens déployés par le CIFFC n’est un pompier de première ligne. Ils doivent plutôt jouer divers rôles au sein des équipes de gestion des incidents, dont des rôles de commandement, d’aviation, de planification, de logistique et d’opérations.

Parmi les Québécois qui se sont rendus sur place, on compte un ancien Mauricien, Frédéric André, qui a été chef de base de la
SOPFEU à La Tuque, avant d’occuper le même poste à Roberval, au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Il fait partie du deuxième contingent déployé par le CIFFC. 

Champagne renouvelle son offre d’aide

Dans un communiqué, dimanche, le ministre des Affaires étrangères et député de Saint-Maurice-Champlain, François-Philippe Champagne, a réitéré l’offre d’aide canadienne aux autorités australiennes.

«J’ai communiqué avec mon homologue australien pour réaffirmer que nous sommes prêts à offrir une assistance supplémentaire si nécessaire. Lorsque les feux de forêt se sont propagés dans les collectivités canadiennes, l’Australie a répondu à notre appel à l’aide. Nous sommes fiers de faire de même», a-t-il indiqué.

Le ministre Champagne a également invité les citoyens canadiens qui se trouvent en Australie et qui auraient besoin d’une aide consulaire d’urgence à communiquer avec le Haut-commissariat du Canada en Australie au (61) 6270 4000, le Consulat général du Canada à Sydney au 61 (2) 9364-3000, ou le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence d’Affaires mondiales Canada au 0011-800-2326-6831, un numéro sans frais de l’Australie, ou par courriel à sos@international.gc.ca.

Il invite également les Canadiens qui souhaitent contribuer à l’aide internationale à faire un don au Fonds de secours en cas de catastrophe à l’étranger de la Croix-Rouge.