L’incendie au groupe Somavrac est éteint depuis la nuit dernière, ce qui a permis de lever la mise à l’abri.
L’incendie au groupe Somavrac est éteint depuis la nuit dernière, ce qui a permis de lever la mise à l’abri.

Incendie chez Somavrac: la population suffisamment informée?

Gabriel Delisle
Gabriel Delisle
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — Le confinement préventif d’une partie de la population de Trois-Rivières en raison d’un risque d’émanation de gaz toxique créé par un incendie à l’usine du groupe Somavrac a été levé jeudi matin. Au lendemain de ces événements, l’Organisation municipale de la sécurité civile, qui regroupe plusieurs services de la Ville de Trois-Rivières mobilisés lors de situations d’urgence, entreprend un bilan de l’intervention, alors que des voix s’élèvent pour questionner les moyens de communication utilisés mercredi soir pour informer la population. 

Pour l’ancien conseiller municipal et candidat à la mairie de Trois-Rivières, Jean-François Aubin, le système d’alerte de la Ville n’a tout simplement «pas fonctionné» alors que les circonstances imposaient, dit-il, une communication efficace et rapide avec les citoyens. 

«À partir du moment où on envoie un avis dans les médias qui recommande que toute personne considérée comme vulnérable retourne à la maison, de se confiner, de fermer ses fenêtres, ou bien c’est quelque chose qui n’était pas sérieux ou bien c’est très sérieux. On avise les gens. Ça donne quoi de faire une semi-alerte?», demande Jean-François Aubin qui signe également une lettre d’opinion dans l’édition du Nouvelliste de vendredi.

«On n’est pas à l’abri d’accidents. On a plusieurs endroits où il y a des produits toxiques à Trois-Rivières. Et on a le train qui traverse la ville. On se doit d’avoir un bon système de communication pour rejoindre vite tout le monde. La Ville doit se donner ces moyens. C’est une question de vie ou de mort.»

Des interventions ciblées, explique la Ville

L’agent de communication à la Ville de Trois-Rivières, Guillaume Cholette-Janson, explique que les appels ciblés ont été envoyés à la population concernée mercredi, alors que l’incendie était en cours. C’est d’ailleurs la stratégie qu’a utilisée la Ville toute la soirée, en réalisant des appels automatisés et des interventions ciblées selon les secteurs touchés. L’annonce de la levée du confinement préventif a toutefois été envoyée jeudi matin à l’ensemble des abonnées, ce qui laissait croire à plusieurs qu’ils n’avaient pas eu des informations très importantes, précise Guillaume Cholette-Janson. De plus, l’inscription à ce service par les citoyens est toutefois nécessaire, rappelle la Ville. 

«C’est sûr qu’il va y avoir un bilan au niveau des communications», avoue l’agent de communication à la Ville de Trois-Rivières. 

«Mais assurément, les communications qui ont été faites, mercredi à la Ville ont été approuvées par l’ensemble des intervenants et communiquées le plus vite possible. Le périmètre de dangerosité a été évacué rapidement. Ces opérations ont été très rapides.»

À l’extérieur de la ville pour ses vacances, le maire de Trois-Rivières participait à distance à l’intervention d’urgence. Questionné sur l’intervention majeure de mercredi à l’usine du groupe Somavrac, il affirme qu’elle a été «efficace».

«Nous avons rapidement mis en place les outils pour pouvoir intervenir», soutient le maire de Trois-Rivières, Jean Lamarche. 

«Grâce aux outils que nous avons mis en place dernièrement, nous avons réussi à joindre des gens que nous n’aurions pas pu auparavant. Avant l’arrivée du service 311 et la téléphonie ciblée, les médias sociaux, on n’aurait pas pu communiquer aussi rapidement avec la population. »

L’ampleur du déploiement des mesures de communication était proportionnelle au danger que l’incendie représentait pour la population, mentionne le maire. «Il s’agissait vraiment d’un avis préventif», précise Jean Lamarche. 

Le conseiller du district de La-Vérendrye, Dany Carpentier, représente la plupart des résidents vivant près des installations de Somavrac. Il assure que le conseil municipal va aborder l’intervention de la Ville lors de sa prochaine rencontre «dans un processus d’amélioration». «Je comprends vraiment les inquiétudes face à cette situation», mentionne-t-il. 

Confinement et risques pour la population

Alors que l’incendie faisait rage dans les installations du Groupe Somavrac mercredi, la Ville a demandé le confinement de toutes les personnes vulnérables des secteurs de Trois-Rivières et de Cap-de-la-Madeleine. Ce confinement était aussi demandé pour les personnes habitant dans un périmètre de 800 mètres de l’usine. 

Les risques pour la population à la suite de diffusion d’émanations toxiques dans l’air étaient bien réels. Plus de 3000 kilos d’hydrosulfite de sodium étaient touchés par l’incendie. La combustion de ce produit chimique utilisé dans la fabrication des pâtes et papiers produit du dioxyde de soufre. L’odeur de ce gaz toxique s’apparente à des œufs pourris.

Les analyses de la qualité de l’air étaient réalisées par le Centre d’Expertise en analyse environnementale du Québec. À quelques moments seulement en début de soirée, le niveau de dioxyde de souffre présent dans l’air à proximité de l’usine dépassait légèrement les seuils de dangerosité, mentionne Sophie Gauthier porte-parole du ministère de l’Environnement. Les lectures prises ailleurs ne démontraient pas de danger imminent pour la population.

Les pompiers ont réussi à éteindre l’incendie vers 3 h 45 dans la nuit de mercredi à jeudi. L’intervention qui a nécessité près de 80 pompiers, dont quelques-uns de Saint-Étienne-des-Grès et de Bécancour, était très technique. Chaque contenant d’hydrosulfite de sodium a dû être submergé entièrement dans une bonne quantité d’eau pour arrêter la combustion. Le confinement a été levé jeudi matin alors que les tests de qualité de l’air démontraient que la population ne courait aucun risque. 

Les fortes pluies responsables?

Le groupe Somavrac a publié un communiqué de presse jeudi en milieu de journée dans lequel il confirme participer à l’enquête du Service de sécurité incendie de Trois-Rivières. Les fortes précipitations de mardi et mercredi seraient à l’origine de l’incendie, estime le groupe Somavrac. L’humidité ainsi créée par les fortes pluies aurait entraîné la combustion de l’hydrosulfite de sodium, un produit qui devient instable lorsqu’on y ajoute une faible quantité d’eau. En tout, 15 contenants d’hydrosulfite de sodium se seraient enflammés, confirme l’entreprise. 

«Notre équipe a mis en place rapidement le plan de mesure d’urgence de l’entreprise, accompagnée des gens de la Ville de Trois-Rivières, d’Urgences Environnement et du Centre d’Expertise en analyse environnementale du Québec qui ont été d’une grande efficacité pour contenir le brasier et assurer la sécurité de la population environnante», soutient par voie de communiqué Marc Paquin, président de l’entreprise, en ajoutant que Somavrac «fait face à une pareille situation pour la première fois depuis 1976». 

«Nous continuons à suivre la situation de près et travaillons en ce moment au retour des activités de façons sécuritaires et normales.»

De son côté, la Ville a procédé à des opérations de rinçage, jeudi, dans les puisards du parc industriel Gilles-Beaudoin. Il est d'ailleurs possible que ces travaux aient laissé s'échapper des odeurs dans les environs. Les autorités municipales ont cependant assuré que celles-ci étaient sans danger et qu'elles ont pu se dissiper en seulement quelques heures.

En terminant, l'Ordre des chimistes du Québec a aussi ouvert une enquête pour faire la lumière sur l'incident de groupe Somavrac.