Émilie Gendron tient la petite Rozaly dans ses bras. Elles sont accompagnées sur la photo de la grand-maman Lyne.
Émilie Gendron tient la petite Rozaly dans ses bras. Elles sont accompagnées sur la photo de la grand-maman Lyne.

Impossible de quitter l’hôpital après son accouchement?

TROIS-RIVIÈRES — Il y a quelques jours à peine, Émilie Gendron donnait naissance à la petite Rozaly au centre hospitalier affilié universitaire régional de Trois-Rivières. Cette jeune mère de Trois-Rivières déplore qu’un membre du personnel soignant ait proféré des menaces à son endroit lorsqu’elle souhaitait retourner à la maison avec son enfant.

«Ils ont dit que si on partait par nous-mêmes, ils allaient alerter la DPJ», dénonce Émilie Gendron qui ne garde pas un bon souvenir de son séjour à l’hôpital.

«On avait le droit de quitter sans leur approbation. J’étais vraiment très insultée. C’est sûr que je vais faire une plainte officielle.»

Émilie Gendron s’est présentée au centre hospitalier de Trois-Rivières le 18 juillet dernier avec sa mère qui était son accompagnatrice pour son accouchement. Dès leur arrivée, les deux femmes ont manifesté leur souhait de retourner rapidement à la maison quelques heures après l’accouchement si le bébé était en santé.

À la suite de l’accouchement, le bébé a toutefois dû être transporté quelque temps à l’unité néonatale pour des soins ou tests plus approfondis, car il avait bu trop de liquide amniotique. 

«Tout le monde savait qu’on voulait partir. Une fille nous a dit que partir, ça ne se fait pas. Ç’a été l’enfer partir de là. Ils nous ont menacées de faire venir la DPJ, ils nous ont tout fait. Ils nous ont niaisées au plus haut point», dénonce la mère d’Émilie Gendron.

«Dans les droits de la femme, on peut partir tout de suite après l’accouchement. […] Mais on s’est fait menacer par la pédiatre.»

Mesures sanitaires mal appliquées?

L’application des mesures sanitaires afin de limiter la propagation de la COVID-19 n’était pas adéquate, jugent les deux femmes. Elles devaient notamment partager la salle de bain avec une autre patiente.

«On nous avait expliqué avant de venir qu’on devait avoir une toilette par chambre et qu’elle devait être nettoyée après l’utilisation. On nous a répondu qu’il n’y en avait plus de disponible», déplore la mère d’Émilie Gendron.

«On n’avait rien pour nettoyer les toilettes», ajoute Émilie Gendron.

Les températures chaudes ont aussi rendu l’accouchement plus difficile. La climatisation était tout bonnement en panne.

«Il faisait extrêmement chaud», précise-t-elle en ajoutant que le confinement à la chambre en raison de la pandémie est lourd pour les mères et leurs accompagnateurs.

«On ne peut pas sortir de la chambre pour aller se chercher de la nourriture ou dehors. On est pris dans une petite chambre sans air conditionné.»

Le CIUSSS assure respecter les droits des usagers

Interpellé à propos du témoignage d’Émilie Gendron, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) affirme ne pas commenter des cas précis d’usagers afin de respecter la confidentialité des renseignements personnels.

«Chaque usager a le droit de participer aux décisions qui le concernent», mentionne toutefois Julie Michaud, agente d’information au CIUSSS MCQ.

«L’usager peut donner ou non son consentement aux soins et services qui lui sont offerts. Notre rôle est d’informer l’usager pour qu’il prenne une décision libre et éclairée.»

La porte-parole du CIUSSS MCQ affirme toutefois que le personnel du réseau de la santé doit respecter les droits des usagers, dont celui de refuser des soins. Cela dit, des mesures particulières peuvent être prises par le centre hospitalier lorsque la vie d’une personne est en danger.

Par ailleurs, Julie Michaud assure que toutes les équipes des centres hospitaliers s’assurent de bien appliquer les protocoles de contrôle des infections. Après quatre mois de pandémie, c’est «un souci constant chez le personnel», dit-elle.

Le droit de refuser des soins

Le droit de refuser des soins médicaux est en effet protégé par nos lois, confirme Me Patrick Martin-Ménard de chez Ménard et Martin avocats, un cabinet montréalais qui se spécialise dans les questions de la santé et de la défense des droits des usagers.

«Toute personne est libre de consentir ou non à des soins médicaux, pour autant que la personne est apte à consentir», affirme Me Martin-Ménard.

«Une personne apte à prendre une décision est totalement libre de prendre une décision qui va à l’encontre de ce qui pourrait être considéré du point de vue médical comme étant dans son propre intérêt. Elle peut donc demander son congé de l’hôpital contre avis médical.»

Généralement, le personnel soignant va faire signer à la personne un formulaire de refus de soins.

Concernant un accouchement, le cadre légal se complexifie quelque peu, car cela implique deux individus ayant des droits. Avant l’âge de 14 ans, les parents prennent les décisions en matière médicale pour leur enfant. Pour passer outre la volonté des parents qui refusent des soins pour l’enfant, le centre hospitalier doit s’adresser aux tribunaux pour démontrer que la décision des parents n’est pas dans l’intérêt de l’enfant.

Lorsque la vie de l’enfant est en danger, le personnel soignant peut par contre administrer certains soins sans le consentement des parents.

«Une personne peut très bien refuser une transfusion sanguine, mais les parents d’enfant de moins de 14 ans ne peuvent pas refuser une transfusion qui pourrait sauver sa vie même au nom de croyances religieuses», note Me Martin-Ménard.