Le président de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, Claude Lessard.
Le président de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy, Claude Lessard.

Imposition du bâillon: la région en colère

Brigitte Trahan
Brigitte Trahan
Le Nouvelliste
TROIS-RIVIÈRES — «C’est une triste journée pour le Québec», estime Claude Lessard le président de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy alors que le gouvernement du Québec imposera le bâillon, vendredi, pour adopter le projet de loi 40. «Je suis bouleversée», dit Marjolaine Arsenault, présidente de la Commission scolaire la Riveraine.

Le projet de loi 40, rappelons-le, vise entre autres à abolir les élections scolaires et à remplacer les commissions scolaires par des centres de services, mais aura également d’importantes répercussions sur les enseignants.

M. Lessard rappelle que de très nombreux intervenants ont demandé au ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, de mettre son projet sur pause. «Ça touche à 80 autres lois existantes et il y a eu 82 amendements», dit-il. «Y a-t-il quelqu’un, en ce moment, qui est en mesure de dire ce qu’est, finalement, le projet de loi 40?», se questionne-t-il en soulignant sa vive inquiétude pour la démocratie au Québec.

Le ministère de l’Éducation est le plus important au Québec, plaide-t-il, à cause de l’impact de l’éducation sur les citoyens de demain. Or, malgré les rencontres auxquelles il a assisté et les argumentaires des opposants au projet de loi, le ministre Roberge «n’a aucun sens de l’écoute», déplore-t-il.

«Ce ministre n’écoute personne», renchérit Marjolaine Arsenault qui se dit très inquiète pour la suite des choses. «Il y aura des conséquences, c’est sûr», prévoit-elle, «mais je ne serai plus là. C’est une centralisation des pouvoirs et c’est triste pour l’éducation au Québec. Il y a des élèves qui vont écoper», prévoit-elle. «C’est un ministre qui n’a pas beaucoup de classe», déplore la présidente sans hésitation.

Claude Lessard ne peut faire autrement que de comparer ce qui se passe en ce moment dans l’éducation avec le projet de consigne des bouteilles dont l’analyse, elle, prendra rien de moins que deux ans, rappelle le président. «Et l’on ne veut pas prendre le temps pour l’éducation?», s’offusque-t-il.

La CSN qui représente 30 000 enseignants et 16 000 écoles, a tenu une manifestation à Montréal, jeudi midi, afin d’exiger du gouvernement qu’il n’ait pas recours au bâillon dans ce dossier et qu’il laisse le processus démocratique suivre son cours.

La présidente de la Commission scolaire la Riveraine, Marjolaine Arsenault.

De son côté, la Centrale des syndicats du Québec a également manifesté, le 5 février, à Montréal devant les bureaux du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

La présidente du Syndicat de l’enseignement des Vieilles-Forges (FSE-CSQ), Claudia Cousin, indique que vendredi, les enseignants, professionnels et employés de soutien seront invités à porter un chandail noir et à se faire prendre en photos de groupes avec un bâillon sur la bouche en guise de protestation contre le bâillon que veut imposer le gouvernement vendredi.

Comme l’explique Mme Cousin, le projet de loi 40, c’est bien plus que l’abolition des élections scolaires.

Le gouvernement, rappelle-t-elle, veut en effet imposer aux enseignantes et enseignants des formations, leur enlever leur parité au conseil d’établissement et les orienter vers des pratiques pédagogiques.

«C’est une atteinte à notre autonomie professionnelle», déplore Mme Cousin. «En cette fin de la Semaine des enseignants, ce n’est pas un cadeau qu’il nous fait», fulmine-t-elle.

La présidente de la Commission scolaire la Riveraine indique que depuis le 1er octobre, lorsque le projet de loi a été déposé, beaucoup a été fait pour persuader le ministre de prendre le temps de bien analyser les choses, mais en vain.

De son côté, le comité de parents de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy s’est rallié, jeudi, avec celui de la Commission scolaire de Montréal pour s’opposer au bâillon.

Claudia Cousin, présidente du syndicat de l’enseignement des Vieilles-Forges.

«Depuis le tout début, le comité de parents de la Commission scolaire du Chemin-du-Roy souhaite le maintien d’une démocratie scolaire directe, régionale et populaire ainsi que des consultations élargies sur l’éducation, plaide le président, Denis Boudreault.

Ce comité de parents se dit aussi «très déçu de la position de la Fédération des comités de parents du Québec et est en désaccord avec son président lorsqu’il affirme se prononcer ni pour ni contre la loi et du même souffle, prétendre à un consensus puisqu’il n’y a pas eu de débat sur le sujet», plaide le comité