Sébastien Forgues s’est buté à un laborieux processus administratif quand est venu le temps de trouver une place en résidence pour son père atteint de la maladie d’Alzheimer.
Sébastien Forgues s’est buté à un laborieux processus administratif quand est venu le temps de trouver une place en résidence pour son père atteint de la maladie d’Alzheimer.

Imbroglio administratif pour un octogénaire au stade avancé de la maladie d’Alzheimer

Sébastien Houle
Sébastien Houle
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Comme si l’épreuve de se résigner à placer son père en résidence n’était pas suffisante, Sébastien Forgues, un homme de Trois-Rivières dont le père est à un stade avancé de la maladie d’Alzheimer, a dû se débattre dans un dédale administratif et bureaucratique pour arriver à lui trouver une place dans le réseau.

Tandis que le fils souhaitait déménager son père à Québec, pour le rapprocher des siens, on refusait de reconnaître là-bas la «cote Iso-SMAF» émise en Mauricie. Cette cote, qui mesure l’autonomie fonctionnelle d’une personne, est celle qui donne droit à l’aîné à une compensation financière du gouvernement pour une place en résidence semi-autonome. Plongé dans l’incertitude, M. Forgues a dû trouver une solution pour héberger son père pour une période dont il ignorait l’issue et la durée. L’octogénaire venait d’obtenir son congé de l’hôpital, après un séjour qui devait pourtant marquer le début d’une nouvelle étape.

Un parcours du combattant

C’est à la fin de l’été 2019 que l’état de santé du père de M. Forgues commence à se détériorer. Le fils rend quatre visites par jour à ses parents. Il prête main-forte à sa mère, tandis que son père, de plus en plus désorienté, devient parfois agressif. En compagnie des services sociaux, la famille entame une réflexion sur la suite des choses.

Les moyens du couple sont modestes. Or, à 82 ans, la mère de M. Forgues demeure en forme et désire garder son autonomie. On évalue que lorsque le temps viendra de placer le paternel en résidence supervisée, il sera préférable de retourner à Québec, d’où le couple est originaire.

Après la période des Fêtes, la santé du père se détériore encore. Il a perdu beaucoup de poids. On l’hospitalise par mesure de précaution. La famille décide que le moment est venu de passer à l’étape suivante. La mère de M. Forgues déménage à Québec, et lui se met à chercher une résidence pour son père.

D’après l’évaluation que le père a reçue – sa cote Iso-SMAF –, Sébastien Forgues estime qu’il disposera d’une compensation d’environ 1500 $ par mois pour obtenir les soins dont il a besoin. Tenant compte d’un apport personnel de 1000 $ supplémentaires, c’est avec un budget mensuel de plus ou moins 2500 $ qu’il mène ses recherches.

Pendant que son père prend du mieux et que sa mère emménage dans un nouveau logis, Sébastien Forgues trouve une résidence. Au moment de signer le bail, il découvre que la cote Iso-SMAF de son père n’est pas reconnue à Québec. Les cotes émises dans une région ne sont pas transférables dans une autre, se fait-il expliquer. Son père devra se soumettre à une nouvelle évaluation.

Le processus prendra vraisemblablement plusieurs semaines. Entre-temps, l’octogénaire ne disposera d’aucun soutien gouvernemental et devra assumer seul ses frais de subsistance et les soins qu’il doit recevoir. M. Forgues craint par ailleurs que l’évaluation, qu’il estime subjective, n’arrive pas à la même conclusion si son père est dans une «bonne journée». Enfin, il apprend que même si la cote demeure inchangée, le supplément auquel il aura droit dépendra des budgets disponibles. «On est dans un trou administratif», image-t-il.

Pendant ce temps, l’hôpital lui signifie que son père doit libérer sa chambre. M. Forgues doit décider s’il signe un bail dont il ne sait s’il pourra être honoré. Son père pourrait devoir à nouveau déménager. Coincé, M. Forgues doit gérer une situation de crise. Il se demande comment des gens qui ne disposeraient pas de ses ressources pourraient s’en sortir en pareilles circonstances.

Père d’un fils trisomique, M. Forgues relate que quand lui et sa conjointe avaient déménagé de l’Abitibi vers la Mauricie, il y a 11 ans, le volumineux dossier scolaire de leur enfant avait été transféré sans anicroche. Il ne s’explique pas que ce qui peut sembler si aisé dans le monde de l’éducation, s’avère si complexe dans celui de la santé. Il se désole par ailleurs qu’à travers tout le processus, on ne l’ait jamais informé du nœud administratif qu’il rencontrerait. La famille avait toujours été claire sur ses intentions face aux services sociaux, soutient-il.

Énigme du côté des autorités

C’est samedi que M. Forgues nous livre son histoire. Dès lundi matin, nous contactons le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie-et-du-Centre-du-Québec (CIUSSS-MCQ) pour tenter de comprendre la situation et les mécanismes de transfert d’usagers d’une région à une autre.

On nous répondra éventuellement que la situation rapportée ne coïncide pas avec les manières de faire habituelles. «En général, on collabore d’une région à une autre», nous dit-on, avant de nous diriger directement au ministère de la Santé et des Services sociaux.

Nos démarches au ministère nous mèneront vers le CIUSSS de la Capitale-Nationale. «Il s’agit vraiment de sujets sur lesquels ils ont juridiction directement», nous indique-t-on.

Nous arrivons finalement à parler à quelqu’un à Québec pour tenter de tirer l’affaire au clair. En fin d’après-midi, on nous explique que l’usager n’a peut-être pas suivi la voie prescrite puisqu’il s’agirait d’un «processus de régionalisation», prévu dans les procédures. On nous promet des explications une fois la lumière faite sur les événements.

Dans la journée de mardi, on n’est toujours pas en mesure de nous éclairer sur l’écueil auquel se heurte M. Forgues. Entre-temps, celui-ci a sorti son père de l’hôpital. Il est chez sa sœur, à Québec. On joue le scénario de la «visite» pour ne pas troubler l’aîné et tenter de gagner du temps pour dénouer l’impasse.

En fin de journée, le CIUSSS de la Capitale-Nationale n’a toujours pas d’explications à fournir sur la situation. Si on maintient qu’il s’agit normalement d’une procédure routinière, M. Forgues nous a donné la copie d’un courriel qui stipule pourtant qu’«aucune allocation n’est possible si l’usager n’est pas connu [d’un travailleur social] du CIUSSSCN. Il doit demeurer sur notre territoire».

Coup de théâtre

De manière aussi inattendue que subite, M. Forgues apprend mercredi matin que non seulement son père a été pris en charge par le réseau, mais qu’on a de plus reconnu l’aspect agressif de son comportement. On lui a trouvé une place dans un CHSLD. Bien que soulagé, M. Forgue ne s’explique pas cet abrupt revirement de situation.

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale a répondu à nos demandes d’information par un laconique message relatant qu’«à la suite de notre demande, nous avons reçu le dossier de l’usager du mécanisme d’accès à l’hébergement de Trois-Rivières hier en fin de journée. À la suite de l’analyse du dossier, nous avons orienté cet usager vers un milieu d’hébergement public qui correspond à ses besoins».

Au CIUSSS MCQ, on ne veut pas trop commenter l’affaire, pour des raisons de confidentialité liées au dossier de l’usager. On soutient toutefois que malgré la compréhension qu’en a eue la famille, le processus d’évaluation auquel l’usager devait se prêter était lié à son changement de situation, plutôt qu’à son déménagement. On précise cependant que comme à l’habitude, l’événement sera évalué en profondeur, et que si des améliorations peuvent être apportées au service à l’usager, des mesures correctrices seront prises.