Les propriétaires de la résidence pour personnes âgées le Manoir du 3e âge du secteur Sainte-Gertrude à Bécancour, Nancy Filteau et son mari Yvan Deshaies, fermeront leur établissement au mois juillet.

«Ils veulent nous étouffer!»

BÉCANCOUR — «J’ai pleuré comme un veau toute la semaine passée.»

Lorsqu’elle a ouvert officiellement sa résidence pour personnes âgées en janvier 2011, Nancy Filteau n’envisageait aucunement d’être contrainte de la fermer huit ans plus tard. Mais c’est ce qu’elle s’apprête à faire en juillet prochain, en raison des nombreux travaux de conformité exigés par le gouvernement. Mme Filteau et son mari, Yvan Deshaies, n’ont tout simplement pas les moyens de payer la facture des travaux, qui pourrait s’élever entre 50 000 $ et 100 000 $, afin que leur bâtiment respecte les normes, notamment en matière de sécurité incendie, afin de continuer à accueillir plus de neuf résidents. À pleine capacité, le Manoir du 3e âge du secteur Sainte-Gertrude à Bécancour est habité par 11 personnes.

«À neuf et moins, je n’arrive pas», lance-t-elle, attristée par la situation.

Comme la majeure partie des propriétaires de petites résidences privées, Mme Filteau et son conjoint se donnent corps et âme pour le bien-être de leurs résidents. Devoir fermer, et donc forcer les membres de sa deuxième famille à se trouver un nouveau milieu de vie, ne constitue rien de moins qu’un échec pour elle. «Ça me fait mal au cœur, car je sais qu’il y en a qui vont être malheureux ailleurs. Ce n’est pas ça que je voulais», poursuit-elle sur le même ton.

Afin que ses résidents, pour qui un déracinement pourrait être difficile en raison de leur âge avancé, continuent de vivre dans un endroit où ils sont heureux, la dame a tenté de vendre son établissement. Mais en raison des conditions du marché, notamment en ce qui a trait aux garanties demandées par les institutions financières afin d’accorder le financement nécessaire à l’acquisition d’un tel milieu de vie, ce scénario a été vite écarté.

Sujets à une amende

Et comme si fermer son établissement et continuer à rembourser l’hypothèque contractée pour l’acheter n’était pas assez, Nancy Filteau pourrait en plus devoir payer une amende s’élevant à près de 5000 $ car elle n’a pas respecté le processus prévu dans la loi dans les cas de fermeture d’une résidence privée. Elle devait entre autres donner un délai de six mois aux résidents afin de leur permettre de trouver un nouvel endroit. Comme elle a elle-même aidé ses résidents à se relocaliser et que tout le monde sait déjà où ils déménageront en juillet, la principale intéressée ne comprend donc pas pourquoi elle fait face à cette menace.

«Ils nous demandent trop d’affaires et nous sommes ‘‘pognés’’ à la gorge. Ils veulent nous étouffer! [La ministre] Marguerite Blais fait bien sa job. Elle veut fermer les petites résidences et elle s’en vient bien», déplore-t-elle.

Du côté du Centre intégré université de santé et services sociaux (CIUSSS) de la Mauricie et du Centre-du-Québec, on confirme que les résidences privées doivent donner un préavis de six mois, sous peine d’une amende.

«Au moment où nous sommes avisés, l’équipe de soutien à domicile est souvent présente lors de l’annonce de fermeture. Ce sont des intervenants et des gestionnaires qui rencontrent les familles pour s’assurer de bien les accompagner vers de nouvelles ressources répondant aux besoins des résidents», explique Geneviève Jauron, du service des communications CIUSSS Mauricie – Centre-du-Québec.

Invitée à commenter ce dossier, la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, a simplement envoyé une déclaration écrite par l’entremise de son attachée de presse.

«Je suis consciente des difficultés auxquelles font face les résidences privées pour aînés et je suis très engagée dans ce dossier. Nous révisons actuellement la certification des RPA de 2018 et le programme de financement des gicleurs afin de réduire les irritants des exploitants des résidences. Nous travaillons aussi en collaboration avec la ministre des Affaires municipales et de l’Habitation pour que les petites municipalités soient en mesure de soutenir financièrement les propriétaires de RPA. Aucun effort n’est ménagé dans ce dossier. Il est important de mentionner que nous avons la responsabilité d’agir au bénéfice des personnes âgées, et c’est pourquoi dans tous les cas de fermeture de RPA, il y a une évaluation du respect du préavis de six mois de fermeture qui est réalisée», peut-on lire dans le courriel envoyé au Nouvelliste.