Le professeur de droit à l’Université de Montréal, Alain Roy.

Illégal au sens de la loi

TROIS-RIVIÈRES — Pour le professeur de droit à l’origine de la formation du comité d’observateurs, Alain Roy, les images captées lors des rodéos de Montréal et Saint-Tite l’été dernier parlent d’elles-mêmes et ne pourront justifier que le gouvernement reste sur ses positions sans davantage agir en ce qui concerne la tenue de rodéos, que les observateurs considèrent désormais comme illégaux et contrevenant à la Loi sur le bien-être animal.

Rappelons qu’à l’intérieur de ce rapport de plus de 600 pages, le professeur de l’Université de Montréal dévoile également des images vidéo et des photos captées lors des rodéos de l’été dernier. On peut y voir notamment un taureau qui trébuche et tombe en voulant quitter l’arène, des veaux se faire attacher par le cou et les pattes et se faire tirer par un cheval, un bouvillon se faire tordre le cou à 180 degrés pour qu’il se couche au sol ou encore un cheval tomber en trébuchant sur sa corde et subir possiblement une commotion.

«La loi a été dotée d’un préambule qui définit l’animal non plus comme un objet, mais comme un être doué de sensibilité dont le bien-être et la sécurité doivent être assurés. Je mets au défi quiconque de regarder ces images et de me dire que ce sont là des animaux que l’on considère comme des êtres doués de sensibilité. Ça traduit plutôt une conception d’un animal objet», indique le professeur de droit.

Ce dernier se défend bien de faire, comme l’avance le Festival western, une interprétation abusive de la loi. «Je constate que la loi interdit tout abus ou mauvais traitement qui peuvent exposer les animaux à des souffrances inutiles. Les mots sont très importants. Ça dit que la loi nous dicte d’agir en amont, et non pas juste de mettre des vétérinaires à la disposition des animaux pour les examiner une fois que l’exercice a été fait. En agissant ainsi en aval, c’est là qu’on contrevient à la loi», constate Alain Roy.

Ce dernier nie également être biaisé dans ses conclusions, tout comme le vétérinaire Jean-Jacques Kona-Boun. «C’est un vétérinaire qui a choisi d’agir pour le bien-être et la sécurité des animaux, qui s’intéresse à ces questions. Et tout comme moi, il n’a pas été rémunéré pour faire ce travail. Nous avons agi bénévolement pour une question qui nous intéresse. Ce n’est pas être biaisé», croit Alain Roy.

Par ailleurs, le professeur ne croit pas que l’on puisse mettre dans le même panier les questions entourant les rodéos et les autres activités liées aux animaux, comme les balades en traîneau à chiens ou l’équitation. «Je n’ai pas étudié ces questions et je ne peux donc pas me prononcer en toute connaissance de cause, mais ce qui est certain c’est que ce ne sont pas des activités qui exploitent la peur chez l’animal. D’ailleurs, j’entends beaucoup l’organisation du festival nous parler des chevaux et des taureaux comme étant des athlètes, mais on ne parle pas beaucoup des veaux et des bouvillons qui eux, clairement, ne sont pas des athlètes et n’ont pas demandé d’y être», constate-t-il.

Le professeur se défend d’avoir eu un agenda caché, comme le laisse entendre la direction du festival. «Nous avions l’obligation de déposer le rapport au comité consultatif, qui comprend aussi les représentants du festival. Nous avions ensuite 30 jours pour les laisser préparer leur réplique et au bout de 30 jours, nous avions le droit de le rendre public. Nous avons attendu au-delà des 30 jours. J’essaie de voir en quoi c’est une surprise aujourd’hui que ce rapport soit rendu public», signale Alain Roy.

Le professeur espère aujourd’hui que le MAPAQ s’inspire de son analyse pour poser des balises claires à l’intérieur de la Loi sur le bien-être animal en ce qui concerne les rodéos, et de faire déclarer cette pratique comme étant illégale. «Si le MAPAQ ne s’inspire pas d’un travail aussi exhaustif, des observations et de toutes ces heures d’images que l’on fournit gratuitement, on a un méchant problème. Le signal que l’on envoie, c’est que ce n’est pas la fin de l’histoire. Si le gouvernement ne fait rien ou impose des demi-mesures, il devra répondre de ses décisions devant les tribunaux», mentionne Alain Roy.