«Quand j’ai commencé ma carrière politique en 1998, Yves était à côté de moi. C’est un gros choc de savoir que je ne pourrai plus travailler avec lui.» - Ginette Bellemare

«Il y aura de grands souliers à chausser»

Trois-Rivières — Il régnait un silence presque déstabilisant lorsque les portes de la salle où se tenait la rencontre à huis clos du conseil municipal se sont ouvertes, jeudi matin. Tour à tour et bien que visiblement secoués d’apprendre ce qui avait été révélé par quelques médias mercredi soir, les conseillers municipaux ont accepté de prendre la parole pour saluer le travail d’Yves Lévesque. Et si certains sont peinés de voir partir celui qui fut à la tête de la Ville depuis la fusion municipale, d’autres croient qu’il s’agit d’une opportunité qu’il faut saisir pour rebâtir un esprit d’équipe sur de nouvelles bases.

«C’est une nouvelle triste pour la ville de Trois-Rivières. C’est un homme qui a fait beaucoup, qui a travaillé avec cœur, avec acharnement pour faire avancer notre ville. C’est lui qui a fait de la fusion un succès, il faut lui donner ça. Il y aura de grands souliers à chausser», croit la conseillère du district des Carrefours, Valérie Renaud-Martin.

«Je suis un petit peu ébranlée en ce moment. Je pense d’abord à l’humain qu’est Yves Lévesque et à ce que ça a dû lui prendre pour prendre une telle décision.» - SABRINA ROY

Ces grands souliers, le maire n’avait pas caché, il y a quelques mois, qu’il aimerait les voir être chaussés par Mme Renaud-Martin, qu’il n’hésitait pas à qualifier de sa «dauphine». La principale intéressée a toutefois repoussé cette question pour l’instant.

«En ce moment, je ne suis pas là. La poussière va retomber. Mais aujourd’hui, par respect pour l’homme qui est derrière le maire, pour l’instant je ne suis pas du tout là», a-t-elle simplement commenté.

«On va lui souhaiter une bonne santé et j’aimerais le voir rebondir ailleurs en politique.» - FRANÇOIS BÉLISLE

De son côté, le conseiller de Pointe-du-Lac François Bélisle avait affiché publiquement qu’il était en réflexion pour une éventuelle candidature à la mairie. Cette démission du maire Lévesque devrait accélérer sa réflexion, confie-t-il. Il a du même coup souhaité un prompt rétablissement à Yves Lévesque. «Il a des raisons qui lui appartiennent. On va respecter son silence sur les raisons médicales. On va lui souhaiter une bonne santé et j’aimerais le voir rebondir ailleurs en politique», signale M. Bélisle.

Le maire Lévesque n’avait effectivement pas caché son intérêt pour une éventuelle candidature au fédéral pour le Parti conservateur. Peu ont cependant évoqué cette possibilité, jeudi matin, souhaitant d’abord à Yves Lévesque qu’il retrouve la santé.

«C’est un homme fier, avec une vision pour la ville. On peut dire qu’il a fait de magnifiques réalisations pour Trois-Rivières.» - LUC TREMBLAY

«C’est une décision de santé, alors notre priorité c’est de lui offrir de la retrouver autant pour lui que pour sa famille. Pour moi, la famille c’est important. La Ville pour M. Lévesque, c’était son cinquième enfant», a déclaré la conseillère de Chavigny Maryse Bellemare, non sans émotion.

La dynamique au conseil municipal n’était pas étrangère au désintérêt et à l’épuisement d’Yves Lévesque quelques semaines avant de partir en congé de maladie, lui qui s’était d’ailleurs dit désabusé de cette dynamique et qu’il regrettait même d’avoir sollicité un cinquième mandat. Sa démission, ce jeudi, devient pour certains l’occasion de repartir sur de nouvelles bases, et ce, même si chacun sait reconnaître le travail réalisé par le maire depuis la fusion municipale.

«Quand la santé d’un politicien est en jeu, je suis heureux de voir qu’une personne choisisse sa santé et sa famille avant la politique.» - PIERRE MONTREUIL

«L’heure est au travail d’équipe, pour arriver à bâtir une nouvelle synergie. Il faut, dans toute situation grave, trouver le moyen de faire au meilleur. On a l’occasion de peser sur le bouton reset et de repartir sur de nouvelles bases. Il y a des opportunités derrière toutes les situations graves, il faut savoir les saisir», croit le conseiller de Marie-de-l’Incarnation, Denis Roy.

«Quand la santé d’un politicien est en jeu, je suis heureux de voir qu’une personne choisisse sa santé et sa famille avant la politique. Les cimetières sont remplis de gens indispensables, particulièrement chez les politiciens. Il y a une équipe qui existe, 14 personnes qui vont assumer la relève dans les prochains mois. Une synergie est en train de se créer, on l’a vue dans les trois derniers mois. Notre ville mérite d’aller plus loin, il y a des gens capables de se projeter dans le futur autour de la table. Des gens capables de rejoindre des générations plus jeunes. Les quatre prochains mois vont nous permettre de voir de belles choses», ajoute le conseiller du district du Carmel, Pierre Montreuil.

«Le conseil a démontré qu’il était capable de travailler en équipe. La preuve, on a livré un budget avec les défis que ça pouvait apporter.» - CLAUDE FERRON

À noter que deux conseillers municipaux n’ont pas assisté à cette rencontre jeudi matin. Le conseiller de Sainte-Marthe Daniel Cournoyer était à l’extérieur en vacances. Quant à la conseillère du district des Forges, Mariannick Mercure, elle a préféré ne pas y assister, indiquant que la nouvelle avait de toute façon été coulée dans les médias la veille. «Même si nous n’avons pas toujours été sur la même longueur d’onde politique, je respecte le travail qu’il a accompli et son dévouement pour la ville de Trois-Rivières», a-t-elle indiqué plus tard dans la journée.

«Il y a des opportunités derrière toutes les situations graves, il faut savoir les saisir.» - DENIS ROY
«Il aura marqué la ville d’une façon très importante. On s’engage à poursuivre avec cet engagement et cette passion.» - DANY CARPENTIER
«C’est un homme qui a fait beaucoup, qui a travaillé avec cœur, avec acharnement pour faire avancer notre ville. C’est lui qui a fait de la fusion un succès.» - VALÉRIE RENAUD-MARTIN
«C’est une journée triste pour la ville. C’est une décision de santé, alors notre priorité c’est de lui offrir de la retrouver autant pour lui que pour sa famille.» - MARYSE BELLEMARE
«Il ne mérite pas d’être en bas de la pente, avec les 25 années qu’il a données à la Ville de Trois-Rivières.» - MICHEL CORMIER
«Ça doit être extrêmement difficile pour un homme aussi passionné de renoncer à sa principale passion pour laquelle il a fait beaucoup de sacrifices personnels.» - PIERRE-LUC FORTIN
L’ambiance était loin d’être à la fête jeudi matin, à la sortie de la réunion du conseil municipal où les élus ont eu la confirmation de la démission du maire Yves Lévesque.