Claude Deschesne était le conjoint de Ginette Leblanc

Il y a un an s'éteignait Ginette Leblanc

Si la Trifluvienne Ginette Leblanc était toujours en vie, elle suivrait sans aucun doute avec intérêt le dénouement du projet de loi 51 sur l'aide médicale à mourir qui entre présentement dans son dernier droit et fera l'objet d'un vote à l'Assemblée nationale vers le 11 février.
Atteinte de sclérose latérale amyotrophique depuis 2007, une maladie jugée incurable, Ginette Leblanc avait commencé à se battre pour le droit au suicide assisté peu après son diagnostic, en 2011.
Consciente de ce qui l'attendait, Ginette Leblanc avait entrepris des démarches afin de trouver comment on pourrait abréger ses jours au moment où sa maladie deviendrait trop difficile à supporter. Aussitôt, à sa très grande déception, elle découvre que le suicide assisté est formellement interdit au Canada.
Un avocat de Trois-Rivières, Me René Duval, décide alors de prendre sa cause pro bono et tente de la faire cheminer jusqu'en Cour suprême.
Les médias du Québec s'emparent de l'histoire et les appuis, de même que les embûches en provenance de diverses organisations militant en faveur ou contre le suicide assisté, commencent à se manifester de toutes parts.
Même si beaucoup d'efforts sont mis en oeuvre pour accélérer le lourd processus judiciaire, Mme Leblanc n'aura finalement pas survécu assez longtemps pour plaider sa cause devant le plus haut tribunal du pays.
Au cours des dernières semaines de sa vie, Ginette Leblanc fut donc obligée de traverser les épreuves qu'elle voulait éviter à tout prix. Son corps s'est enlisé de plus en plus dans un état de paralysie et de faiblesse au point où elle perdit toute forme d'autonomie. Le simple geste d'avaler une pilule devenait un risque important d'étouffement. Elle n'arrivait presque plus à parler et devait compter sur les autres pour les moindres besoins naturels qu'elle éprouvait. Peu avant son décès, elle fit un accident vasculaire cérébral qui la plongea dans une détresse encore plus profonde. Elle rendit l'âme le 2 février 2013.
Ses proches étaient consternés. Toute cette souffrance était en effet prévisible et surtout, inutile.
En juin 2013, l'espoir fut ravivé pour les patients qui, comme Ginette Leblanc, sont condamnés à une fin de vie aussi difficile.
L'Assemblée nationale du Québec déposait en effet le projet de loi 52 qui pourrait accorder aux Québécois le droit de choisir le moment de leur mort en pareille situation, le tout évidemment très fortement encadré par des normes médicales strictes.
Ce projet de loi est le fruit de la commission spéciale Mourir dans la dignité visant à encadrer la sédation palliative terminale de même que l'aide médicale à mourir.
Cette dernière serait apportée aux personnes atteintes d'une maladie grave incurable éprouvant des souffrances physiques et psychiques constantes telles que vécues par Ginette Leblanc au cours des derniers mois de sa vie.
Si le projet de loi est adopté, les Québécois devraient pouvoir en bénéficier dès 2015 puisque la loi entrerait en vigueur 18 mois après son adoption.
Claude Deschesnes, qui était le conjoint de Ginette Leblanc, met toutefois un bémol sur cet espoir pour les patients. Selon lui, il est dommage qu'il faille «être presque dans les derniers moments de sa phase terminale pour y avoir droit».
«Quand la maladie est irréversible», dit-il et qu'une personne souhaite cette aide, «je ne vois pas pourquoi ils la traîneraient jusqu'à ses dernières souffrances», plaide-t-il.
Quand Ginette Leblanc a dû se résigner à être logée dans un CHSLD, elle prenait neuf comprimés de médicaments et se battait encore dans les médias pour avoir droit au suicide assisté. «Trois semaines plus tard, elle avait 19 comprimés à prendre par jour», raconte M. Deschesnes, pour enlever ses souffrances. «Elle est bien heureuse où elle est maintenant», estime-t-il, encore bouleversé par leur épreuve commune.