François Venne

Il y a un an, Mélissa Blais disparaissait

YAMACHICHE — Sur les murs de la cuisine de la maison ancestrale de Yamachiche sont affichés de beaux dessins d’enfants. «Je suis quatre fois grand-père», mentionne fièrement François Venne. Des pointes de couleurs qui prouvent que la vie continue de tracer son chemin même si la noirceur s’abat à la suite d’une tragédie. Il y a un an, son amoureuse, Mélissa Blais, quittait leur demeure pour ne plus jamais y revenir. La femme de 34 ans s’est littéralement volatilisée dans la nuit du 1er au 2 novembre à Louiseville.

L’Halloween, les feuilles qui tombent lui rappellent les derniers moments passés avec elle. L’homme de 54 ans sait que Mélissa va revenir au coeur de l’actualité cette semaine. Il espère que ça fera parler quelqu’un pour que l’enquête progresse. Mais après? «J’ai peur qu’elle tombe dans l’oubli. C’est une peur depuis le tout début. Le pire scénario, c’est que ça reste sans réponse. Que ça reste comme ça. Que ce soit pour moi, les enfants, la famille, c’est important de le savoir.»

Quel espoir lui reste-t-il? Il hésite avant de répondre. «Avec le temps, l’espoir a beaucoup diminué. J’ai de la misère à répondre à cette question-là. Il y a eu tellement de déceptions. C’est arrivé souvent que quelqu’un pensait avoir vu quelque chose, avoir trouvé quelque chose. Des fois j’allais à la Sûreté [du Québec] ou ils m’envoyaient une photo. Une fois, quelqu’un de Louiseville a trouvé un manteau, il m’a appelé. Chaque fois, c’était une déception. C’est sûr que ça diminue les espoirs. Mais un moment donné, il va arriver quelque chose. On va savoir quelque chose. J’espère en tout cas.»

Mélissa Blais

Au cours de la dernière année, différentes hypothèses ont assailli ses pensées. Maintenant, il n’ose plus se prononcer. «Honnêtement, je ne sais plus quoi penser. C’est sûr que c’est impensable qu’elle soit partie volontairement. J’avais des suspects en tête. J’en ai encore en tête. Mais ils n’ont rien pour les arrêter ces personnes-là. S’ils n’ont rien, c’est peut-être parce qu’il n’y a rien aussi. Je ne le sais plus. Je ne le sais vraiment plus.»

Le matin du 2 novembre 2017, il se réveillait dans un lit vide. Sa conjointe des quatre dernières années était partie la veille passer une soirée dans des bars de Louiseville. N’ayant aucune nouvelle, il a signalé sa disparition aux autorités en après-midi. Pendant des semaines, il s’est lancé dans des recherches. «Chaque fin de semaine, j’ai des amis qui revenaient m’aider, avec la famille aussi, on faisait des recherches. On est allé dans le bois. On a fait tous les petits chemins dans le coin, et quand je parle du coin, c’est assez loin. Les boisés, les sentiers, des fois c’était des petits chemins qui menaient à une cabane à sucre, des petits chemins où personne ne va. On les a pas mal tous faits.»

M. Venne a cherché Mélissa, il a espéré, il s’est raccroché au moindre indice. Maintenant, il tente d’apprendre à vivre avec cette nouvelle réalité qu’il peine à décrire. Une réalité qui n’entre dans aucune case. «Ce n’est pas une séparation, ce n’est pas un divorce, ce n’est pas un décès. On ne sait pas ce que c’est. Alors réagir à ça, ce n’est pas évident», laisse-t-il tomber.

Il ne faut pas chercher bien longtemps pour trouver une trace de la présence de Mélissa Blais dans la maison qu’elle partageait avec François Venne. Par exemple, ce tableau qu’elle a peint.

Il a dû apprendre à vivre seul dans leur maison où ils s’étaient installés depuis à peine deux mois quand Mélissa a disparu. Les deux enfants de la jeune femme, âgés maintenant de 10 et 16 ans , y vivaient avec eux la majorité du temps. Ils sont retournés chez leur père. «J’ai été dix jours à ne pas être capable de dormir dans la maison tout seul. J’ai des amis qui sont venus dormir ici. Parce que la maison était devenue tellement vide. Du jour au lendemain, je suis tombé de quatre à un. La maison est tombée très grande.»

Depuis, il fait des travaux dans la demeure, située au coeur de Yamachiche. Il est en train de décaper l’escalier qui se dresse à l’entrée. «J’essaie d’en faire ma maison, mais tranquillement. Je continue quand même de rénover. Je ne sais même pas si je vais rester ici. Je n’en ai aucune idée. De toute façon, je ne peux pas vendre, je ne peux rien faire.»

En effet, Mélissa est propriétaire de la maison avec lui. Il ne peut donc pas la vendre. Son cas tombe dans une zone grise. Et les problèmes administratifs sont nombreux. «La paperasse, j’ai laissé tomber. Avec le temps, pour mon moral il y a des choses que j’ai mises de côté. Personne ne sait quoi faire. Personne. Ce n’est écrit nulle part.»

Par exemple, tant Mélissa que lui ont une assurance-vie et invalidité sur leur prêt hypothécaire chez Desjardins. «À la caisse, ils m’ont dit qu’elle n’est pas invalide. J’ai dit qu’elle ne peut pas être plus invalide que ça, elle n’est pas là. On m’a dit que ça prenait un billet de médecin pour être invalide», raconte-t-il.

Mais ces problèmes sont bien secondaires comparativement à l’absence de Mélissa. Pour passer à travers cette épreuve, il reçoit de l’aide psychologique. On lui conseille de commencer à faire son deuil. Mais comment? «Je consulte pour m’aider, et on me dit justement que oui, c’est un deuil que je dois faire. Mais un deuil à l’envers. Habituellement, quelqu’un décède et tu fais ton deuil après. Mais là, c’est différent.»

Il a mis de côté certains des effets de Mélissa, certaines photos, parce que c’est trop douloureux pour lui. Mais il ne faut pas chercher bien longtemps pour trouver une trace de sa présence dans cette maison. Par exemple, un tableau qu’elle a peint. «Mélissa c’était ça aussi. Ce n’était pas juste une fille de bars», mentionne-t-il, faisant allusion au fait qu’elle sortait d’un bar lorsqu’elle a disparu.

Le plus difficile pendant ces douze longs mois? «L’idée qu’elle ait pu souffrir. Ça, ç’a été très fort.» L’incertitude également. «Il y a aussi le vide, soupire François Venne. Ne pas savoir.»