La Sûreté du Québec assure avoir multiplié les démarches pour trouver Mélissa Blais.

«Il y a eu beaucoup d’improvisation»

YAMACHICHE — Comme plusieurs proches de personnes disparues, François Venne, conjoint de Mélissa Blais, plaide pour la formation d’une brigade policière consacrée aux personnes disparues. Il croit que des policiers spécialisés en la matière permettraient d’améliorer le déroulement des enquêtes et de mieux soutenir les familles qui se retrouvent démunies lorsqu’elles sont frappées par un tel drame.

Lui-même a été pris dans un véritable tourbillon à la suite de la disparition de sa conjointe. «Les recherches, c’est moi qui les ai organisées du matin au soir. J’avais dix, douze personnes qui arrivaient chez nous le matin. Je venais de perdre ma blonde, je ne savais pas où elle était. J’achetais des cartes au dépanneur. C’est moi qui disais aux gens: ‘‘Toi tu vas faire tel coin, vous autres vous faites tel coin.’’ Pensez-vous que je n’aurais pas aimé que quelqu’un le fasse pour moi? Eh bien, il y a un organisme qui fait ça, qui peut t’aider dans des recherches. Mais personne ne me l’a dit. La SQ devrait tout de suite nous mettre en contact avec ces organismes-là.»

Il a trouvé difficile le début de l’enquête. «Quand Mélissa est disparue, je me suis adressé à la SQ de Louiseville. Pratiquement pendant une semaine, c’était eux autres. Après, la SQ de Trois-Rivières a embarqué. Quand Trois-Rivières a embarqué, on a recommencé du début. Après ça, sont arrivés les crimes contre la personne de Québec. On recommence encore. Ça ne finit plus.»

Il se questionne aussi sur le niveau de communication entre les policiers. «Parfois, il y en a un qui venait me poser une question, mais j’avais répondu à la même question deux semaines avant. Il y a une personne que Mélissa avait côtoyée pendant la soirée, et ç’a pris un mois avant qu’ils parlent à cette personne-là. Et c’est moi qui leur ai rappelé. Ils disent qu’ils sont organisés et qu’ils savent où ils s’en vont, mais il y a beaucoup d’improvisation», affirme-t-il.

Il dit toutefois comprendre la réalité à laquelle les policiers doivent faire face dans ce dossier. «À leur défense, ils ont zéro indice. Ils partent de rien. Je sais que ce n’est pas évident, mais en même temps, les premiers jours d’une disparition sont tellement importants...»

Une telle brigade permettrait aussi d’améliorer les communications avec les familles, estime M. Venne. «Il y a un policier là-dedans qui pourrait s’occuper de parler à la personne qui reste chaque jour. Au début surtout. Je sais qu’ils ne peuvent pas tout dire, mais au moins nous dire ce qu’ils ont fait. Quand ça fait deux, trois semaines, un mois sans nouvelles, on se demande s’ils ont encore quelque chose. Là, ça fait un mois et demi facile que je n’ai pas eu de nouvelles.»

Malgré tout, M. Venne ne va pas jusqu’à dire qu’il est insatisfait du travail des policiers. «Oui, ils ont fait des bonnes affaires. Oui, j’ai eu des bonnes communications avec eux. Mais pour les prochains, prochaines, il faudrait qu’ils se demandent: ‘‘Est-ce que c’est la bonne façon?’’ Moi, je suis convaincu que non. Pas à 100 %.»

La sergente Éloïse Cossette, porte-parole de la Sûreté du Québec, en novembre 2017.

De son côté, la Sûreté du Québec affirme que le Module de coordination enlèvements et disparitions fait exactement le travail d’une brigade spécialisée. Mis en place en 2009, il a pour but d’uniformiser et augmenter l’efficacité des interventions en cas de disparition et d’enlèvement.

La Sûreté du Québec assure aussi que l’enquête se poursuit et que tout est mis en œuvre pour retrouver Mélissa Blais. «Il y a des démarches d’enquête à notre niveau. On a un registre avec tout ce qu’on fait dans ce dossier-là. Que ce soit des rencontres de témoin, des recherches sur le terrain, il y a des centaines d’items là-dedans. Ça nous permet de retourner voir s’il y a des choses qu’on a faites et qu’on veut refaire, comme des secteurs à revérifier, des gens qu’on veut rencontrer à nouveau», explique la sergente Éloïse Cossette, porte-parole de la Sûreté du Québec.

Même après un an, le public continue à communiquer avec les policiers à ce sujet. «On reçoit des informations chaque semaine. On vérifie et valide chaque information», assure la sergente Cossette. «Depuis le début, il y a des dizaines de témoins ou de gens au dossier qui ont été rencontrés», ajoute-t-elle.

La sergente Cossette affirme que de nombreuses recherches ont été menées sur le terrain. Elle mentionne notamment que l’hélicoptère de la Sûreté du Québec a survolé le secteur dès le 3 novembre. «On a déployé à plusieurs reprises VTT, policiers à pied, hélicoptère, plongeurs, spécialistes en recherche, bateau. Beaucoup de ratissage a été fait. C’est sûr que si on avait retrouvé par exemple sa sacoche ou sa voiture dans un certain secteur, ça donnerait un autre tournant au dossier. On pourrait alors se déployer en recherche à cet endroit, et ça ferait avancer l’enquête sur une nouvelle avenue, mais malheureusement, ce n’est pas le cas», explique la sergente Cossette.

En plus des recherches, de nombreuses démarches ont été faites. Par exemple, selon la sergente Cossette, les caméras de surveillance du centre-ville de Louiseville et de toutes les routes autour ont été vérifiées que ce soit celles des résidences ou des commerces. De plus, les données provenant de son cellulaire, qui n’a toujours pas été retrouvé, sont encore sous analyse. «On continue en poussant au niveau technologique.»

Pour ce qui est des comptes bancaires de Mélissa Blais et sa carte de crédit, rien n’a bougé depuis sa disparition. Toutes les hypothèses demeurent envisagées par le Service des enquêtes sur les crimes majeurs de la SQ à Trois-Rivières, qui mène l’enquête. Rien n’est négligé pour la retrouver, assure la Sûreté du Québec.

«C’est sûr qu’on a des centaines de disparitions dans la région chaque année, des milliers au Québec. Dans la région, il y a une ou deux personnes qu’on ne retrouve pas par année. Malheureusement, Mélissa Blais en fait partie. (...) Notre but est clair. On veut solutionner ce dossier-là. Que ça avance, c’est notre objectif. Évidemment, on pense à ses proches.»

Rappelons qu’une récompense de 5000 $ est toujours offerte à quiconque ayant de l’information qui permettrait de faire avancer l’enquête. Elle est en vigueur jusqu’en février 2019.