Les policiers Barbara Provencher, Dominic Pronovost, Kaven Deslauriers et Marc-André Saint-Amant.

Il y a cinq ans, une arrestation...

Trois-Rivières — Il y a cinq ans, une arrestation venait causer un véritable tremblement de terre à la Sécurité publique de Trois-Rivières. Le 2 février 2013, Alexis Vadeboncoeur, qui venait de commettre un vol à main armée dans une pharmacie du boulevard des Récollets, se faisait arrêter par quatre policiers, une arrestation passablement musclée et captée sur des caméras de surveillance qui aura fait grand bruit. Un événement qui aura aussi soulevé son lot de questionnements sur l’emploi de la force chez les policiers, des questionnements qui auront été analysés en profondeur au cours du long procès des quatre policiers.

Quelques jours après les événements, Dominic Pronovost, Barbara Provencher, Kaven Deslauriers et Marc-André Saint-Amant ont été suspendus de la police de Trois-Rivières, puis accusés quelque temps plus tard au criminel de voies de fait armées, voies de fait causant des lésions corporelles, usage négligent d’une arme à feu, fabrication de faux rapports, contrefaçon de ces documents et entrave à la justice.

Au terme d’un très long procès, trois des quatre policiers auront été acquittés de toutes les accusations qui pesaient contre eux. Seul Kaven Deslauriers a été déclaré coupable de voie de fait simple tout en étant acquitté sur les autres chefs. Un verdict pour lequel il a obtenu une absolution conditionnelle.

L’actuel directeur de la Sécurité publique, René Martin, reconnaît que cet incident aura laissé des traces, mais assure qu’il n’aura pas changé les méthodes d’intervention des policiers en emploi de la force.

«Un événement comme celui-là, ça force l’ensemble des gens du service à se requestionner de manière individuelle sur leur façon d’intervenir. Mais de façon organisationnelle, c’est introduit dans un programme qui est répété dans les formations en emploi de la force. En 2013, on avait déjà adopté le modèle national d’emploi de la force, qui est enseigné à l’École nationale de police du Québec. On n’a pas eu à adapter nos méthodes de travail, et c’est ce qui a été démontré lors du procès. En aucun temps, la notion de formation n’a été remise en cause», constate M. Martin.

La photo d’Alexis Vadeboncoeur à la suite de son arrestation avait été déposée en preuve lors du procès.

Le directeur de police se souvient qu’au lendemain de la diffusion des images de l’arrestation musclée, la réaction avait été vive dans l’opinion publique. Toutefois, autant une partie de la population se disait outrée par ce qu’elle venait de voir, autant une autre partie avait démontré de la solidarité à l’égard des policiers.

«On a vu de tout. C’était des opinions qui étaient parfois partagées. Les gens n’ont pas tous les éléments en main et basent leur opinion sur des images. Ces images-là ont fait l’objet de 31 jours d’auditions devant la cour. Le tribunal a fait le tour de la question pas mal», croit René Martin, qui rappelle qu’au terme de l’exercice, trois des quatre policiers ont été blanchis des accusations portées contre eux.

Mais en attendant que le tribunal rende son verdict, le travail devait se poursuivre en faisant parfois face à des commentaires liés aux images véhiculées. «Comme corps policier, on travaille le sentiment de sécurité et l’image qu’on projette joue beaucoup sur le sentiment de sécurité. Dans un événement comme celui-là, on a à composer avec ça tant et aussi longtemps que la finalité n’est pas arrivée et que les interprétations n’ont pas été données. Dans les circonstances, je pense que la réaction de l’ensemble des policiers a été très convenable. Les gens s’en sont tenus à ce qu’il y avait sur le plan judiciaire», soutient René Martin.

Bien qu’un trait ne soit pas encore complètement tiré sur cette histoire et que la Sécurité publique soit toujours en attente de la décision rendue par le commissaire en déontologie policière, le directeur de police de Trois-Rivières estime qu’aucun corps policier ne souhaiterait revivre ce qu’ils ont traversé depuis cinq ans. «C’était un seul événement. Annuellement, on couvre 35 000 à 40 000 appels où il y a déplacement policier. C’est malheureux, autant du côté syndical que patronal, on ne souhaite jamais qu’un événement comme celui-là se produise», croit René Martin.

Réintégration
Au lendemain du jugement rendu par le juge Steve Magnan, le syndicat des policiers de Trois-Rivières émettait le souhait de voir leurs collègues être réintégrés au sein du corps policier. Cette décision ne pourra être prise tant et aussi longtemps que le comité de déontologie policière n’aura pas rendu son verdict scellant leur sort.

Les images de l’arrestation musclée avaient été diffusées en boucle et relayées via les réseaux sociaux.

Selon le président du syndicat, Louis Lesage, l’enquête en déontologie policière entourant cette arrestation s’est conclue en décembre dernier. Toutefois, on attend encore le verdict du commissaire, qui pourrait tout aussi bien citer les quatre policiers à procès, imposer une sanction ou encore les blanchir de tout blâme.

Ce n’est qu’au terme de cet exercice que les discussions pourront reprendre pour la réintégration ou non des policiers au sein du corps municipal. Une recommandation serait alors émise par le directeur de police au conseil municipal, qui aura le dernier mot dans cette affaire.

LE FIL DES ÉVÉNEMENTS


2 février 2013

Alexis Vadeboncoeur est arrêté dans la cour du Cégep de Trois-Rivières après avoir commis un vol qualifié dans une pharmacie Jean Coutu du boulevard des Récollets.

8 février 2013

Un individu se rend au quartier général de la Sécurité publique de Trois-Rivières avec des preuves de l’arrestation qui ne correspondent pas à la version du rapport de police.

11 février 2013

Les quatre policiers de la SPTR sont suspendus avec solde et une enquête est ouverte par la SQ.

21 février 2013

La vidéo des caméras de surveillance du Cégep ayant capté l’arrestation est diffusée pendant l’enquête sur détention d’Alexis Vadeboncoeur.

28 février 2013

Vadeboncoeur est libéré et doit se rendre dans un centre de désintoxication pour y suivre une thérapie de six mois.

9 mai 2013

Les quatre policiers sont formellement accusés. Sept chefs d’accusation sont déposés contre Marc-André Saint-Amant, Barbara Provencher, Dominic Pronovost et Kaven Deslauriers, dont voies de fait armées et entrave à la justice.

3 juin 2013

La Ville de Trois-Rivières suspend sans solde les quatre policiers visés par les accusations.

20 juin 2013

Vadeboncoeur intente une poursuite civile de 2,3 millions $ contre la Ville de Trois-Rivières et les quatre policiers l’ayant arrêté.

25 juin 2013

Le syndicat dépose un grief pour contester la suspension sans solde des policiers.

2 juillet 2013

Marc-André Saint-Amant et Kaven Deslauriers, deux des quatre policiers impliqués, sont congédiés par la Ville de Trois-Rivières au terme d’une enquête disciplinaire interne.

28 août 2013

Vadeboncoeur recouvre sa liberté au terme de sa thérapie.

9 novembre 2013

Vadeboncoeur est arrêté par les policiers à son domicile de Trois-Rivières alors qu’il est en possession de marijuana. Il est accusé de possession simple et bris d’engagement.

7 janvier 2014

Vadeboncoeur est recherché par la SPTR après s’être enfui de la maison de thérapie où il devait séjourner en vertu d’un ordre du tribunal.

14 mars 2014

Vadeboncoeur est une fois de plus arrêté après avoir tenté de commettre un vol dans la même pharmacie du boulevard des Récollets qu’en février 2013.

3 avril 2014

Vadeboncoeur plaide coupable à toutes les accusations pesant contre lui et reçoit une peine de 54 mois de prison.

19 août 2014

Après avoir vu la poursuite civile de son client être invalidée par la Cour supérieure, Me René Duval porte la cause en appel.

29 septembre 2014

Une entente hors cour intervient entre la Ville de Trois-Rivières et Alexis Vadeboncoeur dans le cadre de la poursuite civile. Le jeune homme obtient 25 000 $.

10 octobre 2014

L’enquête préliminaire des quatre policiers se termine et le juge Pierre-L. Rousseau prend la cause en délibéré.

19 novembre 2014

Les quatre policiers sont formellement cités à procès pour l’arrestation musclée de Vadeboncoeur.

19 septembre 2016

Le procès s’ouvre au palais de justice de Trois-Rivières. Il aura nécessité pas moins de 31 jours d’audiences.

12 juin 2017

Trois des quatre policiers sont acquittés des accusations qui pesaient contre eux. Seul Kaven Deslauriers est reconnu coupable de voies de fait simples.

25 juillet 2017

Kaven Deslauriers obtient une absolution conditionnelle. Il se voit imposer une probation d’un an mais n’aura pas de casier judiciaire.

17 août 2017

Alexis Vadeboncoeur est de nouveau arrêté pour possession de stupéfiants et bris de condition.

10 janvier 2018

Condamné à 30 jours supplémentaires de prison, Alexis Vadeboncoeur voit sa liberté conditionnelle être révoquée par la Commission des libérations conditionnelles.