Le 26 mai 2014, bébé Victoria avait été retrouvée quelques heures après son enlèvement. Le lieutenant Roland Brouillette avait ramené la petite à ses parents.

Il y a cinq ans... bébé Victoria

TROIS-RIVIÈRES — Dans l’histoire récente des enquêtes policières à Trois-Rivières, l’enlèvement de bébé Victoria aura certainement été parmi les histoires les plus marquantes, ayant heureusement connu une fin positive. Dimanche, il y aura cinq ans que ce poupon d’à peine un jour aura été enlevé des bras de ses parents dans leur chambre d’hôpital par une jeune femme se faisant passer pour une infirmière. Un récit qui, après coup, a fait réaliser aux autorités en place l’importance de l’alerte Amber, mais également l’extrême utilité des réseaux sociaux quand vient le temps de mobiliser une communauté pour faire avancer rapidement une enquête.

Le soir du 26 mai 2014, alors qu’elle est à peine âgée de 24 heures, bébé Victoria se trouve avec ses parents dans sa chambre de l’hôpital de Trois-Rivières. À un moment, une infirmière se présente dans la chambre et indique qu’elle doit partir quelques minutes avec le bébé pour aller le faire peser. Or, l’infirmière n’en était pas une, mais plutôt une jeune femme visiblement perturbée, Valérie Poulin-Collins, s’étant déguisée en infirmière dans le but d’aller enlever un bébé.

En à peine quelques minutes, des photos de bébé Victoria de même que de la suspecte sont diffusées dans les médias et sur les réseaux sociaux. L’alerte Amber est déclenchée, et elle sera relayée par des dizaines de milliers de personnes à travers la province. Un groupe de quatre jeunes étudiants ont ainsi pu reconnaître la suspecte et indiquer aux policiers où se trouvaient son logement et sa voiture. Bébé Victoria a été ramenée dans les bras de ses parents en quelques heures, et la suspecte a été arrêtée et traduite devant les tribunaux.

Pour le policier Roland Brouillette qui était chargé de relève ce soir-là à la Sécurité publique de Trois-Rivières, cette soirée aura certainement été un moment marquant dans sa carrière. C’est lui et son collègue qui ont pénétré chez la suspecte les premiers, et qui a pu reprendre la petite, qui avait été couchée dans un berceau installé dans la chambre de ce logement.

«Ce qui comptait le plus pour moi à ce moment, c’était de la ramener à ses parents. Il n’y avait rien de plus important. Je l’ai tenue dans mes bras jusqu’à ce que je puisse la leur rendre. Quand je suis entré dans la chambre d’hôpital, j’ai déposé la petite dans les bras de sa mère, puis je suis sorti. Je voulais m’effacer, je voulais qu’ils puissent vivre ce moment juste entre eux», se souvient-il.

Ce policier de carrière, qui est depuis passé à la direction des incendies de la Ville de Trois-Rivières, se souvient que chaque policier en poste ce soir-là a fait tout en son pouvoir pour connaître ce dénouement heureux, et que la collaboration du public a été essentielle. «L’alerte Amber a évidemment son utilité, mais ça a tellement évolué avec l’arrivée des réseaux sociaux. Les gens se sentent interpellés quand ils entendent qu’il y a une alerte Amber, et le partage sur les réseaux sociaux a complètement approfondi ce phénomène», mentionne M. Brouillette, qui reconnaît évidemment que les nombreux partages ont permis de retracer la suspecte, et donc la petite, dans un temps très court.

Un avis que partage Pina Arcamone, directrice générale de Réseau Enfant Retour. «Ce soir-là, chaque seconde comptait, chaque minute était importante, étant donné qu’il s’agissait d’un bébé naissant. La famille a partagé très rapidement des photos sur les réseaux sociaux, puis l’hôpital a aussi rapidement diffusé une image de la suspecte prise à l’entrée de l’hôpital. Ça a créé une véritable vague dans la communauté, ça a été partagé avec une intensité et une rapidité incroyable, et ça a fait vraiment la différence», croit Mme Arcamone.

Pour Réseau Enfant Retour, l’histoire de bébé Victoria est évidemment un exemple positif d’une enquête qui connaît un dénouement heureux. «Lorsque c’est survenu, ça nous a fait prendre conscience de l’importance de communiquer rapidement toutes les informations qui sont disponibles, de les mettre à jour en temps réel. Depuis, on a aussi vu apparaître des outils mieux adaptés, comme différentes plateformes qui nous permettent maintenant de recevoir les alertes Amber sur nos téléphones intelligents au moment où elles sont diffusées», se réjouit Pina Arcamone.

Quelques mois après les événements, Roland Brouillette s’est rendu à une cérémonie où des certificats de mérite ont été remis à Sharelle et Mélizanne Bergeron, Charlène Plante et Marc-André Côté, ces quatre jeunes personnes ayant contribué à identifier la suspecte, et du coup retrouver le bébé. C’est à ce moment qu’il a pu revoir bébé Victoria pour une première fois. «J’ai demandé à ses parents si je pouvais la prendre dans mes bras. Elle avait environ six mois. Quand je l’ai prise, elle s’est tout de suite collé la tête dans le creux de mon épaule. J’ai été tellement touché de ça», se souvient-il.

Rappelons que pour avoir enlevé bébé Victoria, Valérie Poulin-Collins avait été condamnée à 31 mois de prison. En soustrayant la détention préventive, il lui restait deux ans moins un jour à purger. Elle avait obtenu sa libération conditionnelle en février 2016 et devait respecter plusieurs conditions, dont celle de suivre une thérapie pour ses problèmes de consommation, de même que de consulter un psychologue. À l’été 2018, elle a de nouveau été arrêtée pour ne pas avoir respecté cette dernière condition. Elle devra subir un procès pour cette accusation de bris de condition le 22 août prochain.