Denis Vaugeois, ancien député du Parti québécois dans Trois-Rivières.
Denis Vaugeois, ancien député du Parti québécois dans Trois-Rivières.

Il y a 40 ans, le référendum de René Lévesque

Le 20 mai 1980, le gouvernement péquiste de René Lévesque invitait la population québécoise à se prononcer sur le mandat de négocier, d’égal à égal, un nouvel accord constitutionnel avec le Canada. Lors de ce référendum, les gens ont rejeté le projet de souveraineté-association dans une proportion de près de 60 %. À l’aube du 40e anniversaire de cet événement qui aura suscité bien des passions dans les deux camps, des députés de l’époque livrent leurs impressions sur ce moment fort de l’histoire du Québec.

Même s’il n’a pas de souvenirs précis sur ses états d’âme le soir du 20 mai 1980, l’ancien député du Parti québécois dans Trois-Rivières, Denis Vaugeois, se rappelle bien à quel point la défaite aura fait mal aux membres de son équipe et ce, même si des sondages internes laissaient présager la victoire du Non.

«Mon problème, c’était de remonter le moral des gens et de mes collaborateurs, plusieurs étaient vraiment abattus. Dans un moment comme ça, les gens travaillent très fort, ils ne comptent pas leur temps, c’était ventre à terre. Il y en a qui ne l’avait pas vu venir, ils ont vu ça comme une claque en pleine face. C’est resté une plaie vive cette défaite-là», confie-t-il.

Surtout que «tout le monde n’avait pas respecté les règles du jeu». «On avait été inondé de publicités par les gens du Non. Mon directeur des communications, un ancien du Nouvelliste, Jean Laurin, était découragé pendant la campagne référendaire parce qu’il n’y avait plus de place pour mettre de la publicité à la radio ou dans les journaux», raconte celui qui était alors ministre des Communications et ministre des Affaires culturelles.

Après avoir laissé la poussière retomber, Denis Vaugeois s’est rendu à Ottawa avec Gérald Godin, «un autre gars de Trois-Rivières» afin d’avoir accès aux archives de la campagne référendaire, pour alors apprendre qu’elles avaient été détruites.

«La question référendaire en 1980, ce n’était pas vraiment pour faire l’indépendance, c’était pour négocier, c’était la souveraineté-association. M. Lévesque ne voulait pas la séparation point. Trudeau a pris des engagements absolument farfelus, tellement qu’il les a virés de bord pour finalement nous imposer une nouvelle Constitution», tient-il à rappeler.

Croit-il à un autre référendum? «On est dans un contexte tellement particulier. Les Québécois sont en train de réaliser plein de choses. On a besoin d’être plus autonome, plus responsable», affirme M. Vaugeois.

Yves Duhaime, ancien député du Parti québécois dans Saint-Maurice.

«J’ai été vraiment déçu le 20 mai, mais ce ne fut pas une surprise parce que les sondages se sont détériorés en cours de route. Quand un fruit n’est pas mûr, il n’est pas mûr. On le sentait sur le terrain. Il est certain que le discours de M. Trudeau a peut-être fait la différence.»

Voilà comment l’ancien député du Parti québécois dans Saint-Maurice, Yves Duhaime, perçoit le résultat référendaire du 20 mai 1980.

Pour lui, l’occasion reste unique puisque, dit-il, «c’était la première fois que notre peuple du Québec était consulté et appelé à se prononcer sur son avenir politique, ce n’était jamais arrivé depuis la conquête de 1759 et le traité de Paris de 1763».

«C’était une bonne gageure pour nous et nous tenions à faire cet exercice démocratique. Ce fut une campagne assez extraordinaire malgré le fait qu’il y a eu complètement une déformation de la question que nous avions posée», souligne-t-il.

Pour celui qui était alors ministre de l’Industrie, du Commerce et du Tourisme, «la question était d’une limpidité et d’une clarté incroyable» contrairement aux prétentions du camp fédéraliste.

«Dans la question même, on disait qu’il n’y aurait pas de changement institutionnel sans qu’il y ait une autre consultation de notre peuple par référendum. Vous ne pouviez avoir rien de plus démocratique et rien de plus clair que ça», insiste M. Duhaime.

Le jour J, «on s’est battu jusqu’à la dernière heure, dernière minute, pour sortir notre vote. On avait une très solide équipe dans le comté. On l’appréhendait que ça ne passerait pas dans les derniers miles», avoue-t-il.

Selon lui, «les gens voulaient nous reporter au pouvoir, mais ils n’étaient pas prêts à faire la souveraineté». Quant à un autre référendum, «c’est évident qu’il va y en avoir un, mais je ne sais pas quand. Les Québécois sont dans l’attente», croit-il.

Jean-Pierre Jolivet, ancien député du Parti québécois dans Laviolette.

Pour l’ancien député du Parti québécois dans Laviolette, Jean-Pierre Jolivet, le 20 mai 1980 fut «une très belle journée d’abord, mais malheureusement un mauvais résultat».

«On s’y attendait vers la fin que ce serait difficile. Ce qui était surprenant, c’est de voir les Québécois se refuser le droit de négocier une entente sur la souveraineté-association. On voulait faire comprendre aux gens que ce que l’on voulait, ce n’était pas d’arriver directement à l’indépendance, mais d’y arriver par étape et l’une des étapes, c’était d’avoir le mandat de pouvoir négocier une nouvelle entente avec le Canada», explique-t-il.

À son avis, la peur a joué un rôle alors que les adversaires évoquaient la perte des pensions de vieillesse en cas de séparation du Québec.

Le jour du référendum, celui-ci avait parcouru son comté. «On sentait un malaise, que les gens voulaient nous dire oui, mais dans le fond, ils allaient voter non. On a senti vers la fin qu’on ne l’aurait pas. Le soir, on s’est retrouvé en groupe et on a pleuré. On s’était battu pour cette idée-là, on pensait que les gens accepteraient au moins d’aller négocier, ce qu’ils n’ont pas fait», a-t-il rapporté.

De son propre aveu, autant le 15 novembre 1976 fut un moment mémorable de joie, autant le 20 mai 1980 en fut un de peine. «On avait travaillé fort. Ça a été malheureusement un non qui nous a fait beaucoup de peine, mais on s’est retroussé les manches et on s’est dit, on se reprendra, ce qu’on a fait en 1995», fait remarquer M. Jolivet.

Ce dernier réalisait alors que changer une province en pays, «ça prend plus de temps qu’on pensait». Et l’avenir du Québec? «Les gens vont devoir se poser la question suite à ce qu’on a vécu», avance celui qui, faisant allusion à la présente crise, donne l’exemple de l’importance de contrôler ses frontières.

Serge Fontaine, ancien député de l’Union nationale dans Nicolet-Yamaska.

Député de l’Union nationale dans Nicolet-Yamaska, Serge Fontaine aura milité dans le camp du Non. Et il avait cru aux promesses de changements de Pierre Elliott Trudeau.

«Mais on aurait aimé à ce moment-là qu’on soit en mesure de lui demander des détails, à savoir c’était quoi les changements. Parce qu’on s’est aperçu qu’après le référendum, les changements qu’il proposait, ce n’était pas ce qu’on pensait. Il parlait en paraboles à ce moment-là, comme son fils le fait actuellement», fait-il remarquer.

«Ce n’était pas une fête. Je n’ai pas tiré grande gloire du résultat de ça parce que, par après, on s’est aperçu effectivement que les changements qu’on voulait nous proposer, ce n’est pas ça qu’on attendait», renchérit M. Fontaine qui, contrairement à une élection, n’avait pas vraiment fait le tour de ses partisans le jour du vote.

Et il réitère son regret de ne pas avoir exigé plus de réponses du premier ministre du Canada. «Ce qui fait en sorte que plus tard, en 1995, alors que je n’étais plus député, j’avais appuyé le camp du Oui», a-t-il révélé.

De son point de vue, la réussite de l’indépendance du Québec était plus probable lors du deuxième référendum que le premier.

«En 1980, la question était tellement longue et un peu alambiquée. Dans le fond, ce que les gens retenaient, c’est qu’éventuellement, si on donnait une autorisation de négocier la séparation, il y aurait effectivement une séparation», soutient M. Fontaine.

Et pas certain selon lui que le résultat serait différent aujourd’hui alors que, dit-il, «on vit une situation bien particulière, une récession économique à cause de la pandémie». Quoique la présente solidarité des Québécois en cette période de crise lui donne de l’espoir.

Un troisième référendum sur l’avenir du Québec? «Pas pour l’instant, mais peut-être dans une dizaine d’années», laisse-t-il échapper comme prédiction.

Yvon Picotte, ancien député du Parti libéral du Québec dans Maskinongé.

«Ça a été pour moi une des belles époques que j’ai vécues. Parce qu’à ce moment-là, il n’était pas question de parti. C’est sûr que moi, je faisais partie du Parti libéral qui était avec le camp du Non, mais j’ai embarqué là-dedans comme fédéraliste, avec toutes sortes de monde. J’ai eu beaucoup de plaisir à vivre ça.»

Voilà quel souvenir de la campagne référendaire de 1980 garde l’ancien député du Parti libéral du Québec dans Maskinongé, Yvon Picotte.

Un plaisir d’autant plus grand que comme tribun fortement recherché, il aura sillonné le Québec en participant à de nombreux rassemblements pour aller expliquer le point de vue du Non.

«C’était non à la séparation du Québec, mais dans ce temps-là, on jouait sur les mots. La question même était ambiguë et pas si claire que ça», affirme-t-il.

Et dans sa tournée référendaire, le coloré politicien se plaisait à utiliser des images pour convaincre les gens, tantôt en découpant le Québec dans une carte géographique pour démontrer l’avantage de rester au Canada, tantôt en donnant l’exemple de chiens d’agriculteurs prêts à attaquer pour illustrer la soi-disant «mise en veilleuse» de l’option souverainiste en cas de défaite.

«Quand je faisais mes comparaisons, c’était le délire. Ça pognait. Toutes les fois qu’il y avait une assemblée importante à quelque part, j’étais sollicité pour y aller», s’amuse à relever celui qui parle d’une campagne emballante et exaltante.

Le soir du 20 mai 1980, ce fut donc la fête dans le camp du Non. «C’était évidemment l’euphorie parce qu’on savait que le gouvernement du Québec était sur le bord de déclencher une élection. Sauf que tout le monde s’est assis sur ses lauriers. Or, une élection, c’est une élection et Robert Bourassa m’avait habitué à penser que deux mois en politique, c’est une éternité», a-t-il conclu, le Parti québécois ayant été réélu en 1981.