Il voulait faire son éducation sexuelle: lourde peine réclamée contre un père pour abus sur sa fille de 11 ans

Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Une lourde peine de prison est réclamée contre un père de famille de Trois-Rivières qui a admis s’être livré à des abus sexuels sur sa fille de 11 ans sous le prétexte de faire son éducation sexuelle.

En se basant sur l’arrêt Friesen de la Cour suprême, qui invite les tribunaux à imposer des peines plus sévères pour les crimes sexuels commis envers les enfants, la procureure de la Couronne, Me Catherine Lacoursière a en effet demandé au juge Simon Ricard d’imposer une peine de 48 mois à l’individu pour les délits de nature sexuelle et d’ajouter 6 à 12 mois consécutifs pour les bris de condition qu’il a commis. La détention préventive de 7 mois et 21 jours pourrait ensuite être soustraite.

Cet homme, dont on doit taire l’identité pour protéger celle de la victime, a plaidé coupable en janvier dernier à des accusations d’attouchements sexuels, d’incitation à des contacts sexuels, d’avoir rendu accessible du matériel sexuellement explicite afin de faciliter la perpétration d’une infraction sexuelle et d’avoir corrompu son enfant en participant à une immoralité sexuelle ou à toute autre forme de vice. Il a également admis avoir commis un bris de condition en contactant son ex-conjointe en dépit d’une interdiction. Et jeudi, lors de son retour devant le tribunal au stade des plaidoiries sur la sentence, il a aussi admis avoir enfreint d’autres conditions liées à un couvre-feu et l’interdiction de consommer de l’alcool.

La preuve a révélé qu’il a profité d’un congé pédagogique de sa fille de 11 ans en 2018 pour faire son éducation sexuelle, en ce sens qu’il voulait «la préparer pour le sexe quand elle serait adolescente». C’est ainsi que pendant deux heures un matin d’automne, en l’absence de la mère, il lui a fait visionner des vidéos pornographiques. Il lui a montré à se masturber, tout en la touchant lui-même aux parties génitales, entre autres en la pénétrant avec un doigt. Il a utilisé deux vibrateurs pour non seulement en expliquer le fonctionnement mais aussi pour exiger qu’elle fasse une fellation à ces objets sexuels pendant qu’il se masturbait à ses côtés.

Il lui a aussi demandé de toucher son pénis et de le masturber à son tour. Enfin, il a forcé la petite à se cacher dans le garde-robe de la chambre afin qu’elle puisse l’observer en train d’avoir une relation sexuelle avec sa mère. Pour ce faire, il a eu recours à un subterfuge afin que sa conjointe revienne à la maison et qu’ils aient des rapports sexuels. Une fois les ébats terminés, la mère a découvert avec stupeur que sa fille était cachée dans le garde-robe et qu’elle avait été témoin de la scène. Celle-ci était alors traumatisée et tremblait. Elle a tenté de la réconforter mais en vain; la fillette a été sous le choc pendant quelques jours. La mère a par la suite été incapable d’aborder le sujet avec son enfant. Qui plus est, elle ignorait ce qui était arrivé auparavant.

Celle-ci a témoigné ce jeudi. Elle a décrit le père de l’enfant comme un homme violent, manipulateur, colérique, dominateur, aux prises avec des dépendances à l’alcool et au cannabis. Lorsqu’elle a appris les abus sexuels qu’il avait perpétrés, elle l’a quitté, préférant prendre soin de son enfant, sa priorité. «Elle n’avait pas d’affaire à vivre ça. Ça ne se fait pas», a-t-elle déploré.

Elle a aussi raconté qu’il avait encore une fois fait preuve de manipulation lors de la rupture et de la divulgation des abus sexuels en tentant de se suicider. Il a aussi persisté à avoir des contacts avec elle en dépit des conditions qui lui interdisaient de le faire, et ce, pendant presque tout le processus judiciaire.

La dénonciation de l’enfant s’est faite plus tard à une travailleuse sociale de son école. Lors de ses verbalisations, elle a parlé des problèmes de consommation de son père et de la précarité financière que ceux-ci causaient dans la famille. Elle a surtout levé le voile sur le secret qu’elle avait. Ses aveux ont entraîné la mise en place de l’entente multisectorielle avec les autorités concernées. Depuis les abus, la mère a mentionné que sa fille était beaucoup plus renfermée et qu’un suivi psychologique était nécessaire.

Dans sa plaidoirie, Me Lacoursière a fait mention des nombreux antécédents judiciaires de l’accusé, notamment en matière de violence. Les rapports sexologique et présentenciel font par ailleurs état d’un risque de récidive au-dessus de la moyenne en raison de son profil égocentrique, de son rapport de domination avec les autres, de son impulsivité, de sa faible capacité d’introspection et de ses problèmes de consommation.

Pour sa part, l’avocat de la défense, Me Yan Primeau, a suggéré une peine de deux ans de prison, de laquelle la détention préventive serait soustraite. Elle pourrait être assortie d’une probation de trois ans. Il a reconnu que la peine doit être dissuasive sans exclure toute forme de réhabilitation. En ce sens, son client serait ouvert à suivre une thérapie sexuelle même s’il ne reconnaît pas avoir de problématique. En ce sens, l’avocat s’est demandé comment les auteurs des rapports sexologique et présentenciel pouvaient évaluer le risque de récidive au-dessus de la moyenne alors qu’il n’y a aucun indice d’une déviance sexuelle. Notons que son client aurait refusé de se soumettre à un questionnaire à ce sujet.

D’un autre côté, il a précisé que ce n’est pas parce que son client ne comprend pas l’impact de ses gestes qu’il n’a pas de remords sincères. Ainsi, lorsqu’il a été invité à prendre la parole, l’accusé a déclaré que sa plus grosse sentence était justement celle d’avoir perdu les êtres qu’il aime. «Il n’y a pas de chiffre au niveau sentence qui justifie ce que j’ai fait. J’ai brisé des vies. Je vais traîner ça toute ma vie. Il n’y a pas une journée où je n’ai pas de la difficulté à me regarder dans le miroir», a-t-il raconté en sanglotant.

Le juge Simon Ricard a pris le tout en délibéré. Il rendra la sentence le 4 décembre.