Jean Paquette a reçu un avertissement de la SPAM pour avoir nourri des corneilles sur son terrain.

Il risque une amende pour avoir nourri des corneilles

TROIS-RIVIÈRES — Jean Paquette a reçu la visite de la Société protectrice des animaux de la Mauricie (SPAM), il y a environ deux semaines, parce qu’il a nourri des corneilles. Il semble que ces oiseaux n’ont pas appris à respecter les limites de terrain et ont fait leurs besoins chez un voisin qui n’a pas apprécié. Il a porté plainte. M. Paquette a reçu un avertissement. S’il récidive, le Trifluvien risque d’écoper d’une amende de 78$.

«On s’est simplement déplacé à la suite d’une plainte. On a informé le citoyen au moyen d’un avis du règlement municipal actuellement en vigueur », explique Sarah-Lise Hamel, directrice générale adjointe à la SPAM.

Il est en effet interdit de nourrir des animaux en liberté à Trois-Rivières si cela nuit au voisinage. Le libellé de l’article 49 du Règlement sur la garde d’animaux de la Ville de Trois-Rivières se lit comme suit: «Nul ne peut nourrir, garder ou attirer des pigeons, des tourterelles, des colombes, des goélands, des écureuils, des chats errants ou tout autre animal vivant en liberté dans les limites de la ville de manière à les encourager à se rassembler en nombre suffisant pour nuire à la santé ou à la sécurité des personnes ou des animaux, causer des inconvénients aux voisins ou endommager leurs biens».

La SPAM ne sillonne pas les cours des citoyens à la recherche de contrevenants qui jettent une arachide à un écureuil ou qui nourrissent les oiseaux. Mais si elle reçoit une plainte, elle doit intervenir. «C’est un règlement qui a été décidé par la Ville de Trois-Rivières, et nous, on est en poste pour l’appliquer. On ne fait pas le tour des cours pour aller voir s’il y a des mangeoires non réglementaires, on se déplace sur plainte de citoyen», précise Mme Hamel.

Ce règlement a été mis en place notamment pour favoriser un bon voisinage. Mais la SPAM est loin d’être ensevelie sous les plaintes. «Ce n’est pas le règlement qui est appliqué le plus fréquemment», mentionne la directrice générale adjointe de la SPAM. L’organisme a déjà eu des plaintes pour des chats errants ou des écureuils, mais pour des corneilles, c’est probablement une première...

Si M. Paquette continue à nourrir les corneilles et que son voisin excédé décide de faire une déposition officielle auprès de la SPAM, il pourrait alors recevoir une amende. Dans ce cas, le Trifluvien assure qu’il va la contester.

S’il y en a qui aime d’amour les chats ou les chiens, Jean Paquette apprécie particulièrement les oiseaux. Il est capable d’identifier sans problème les espèces qui ont adopté son quartier du secteur Cap-de-la-Madeleine. Un peu par hasard, il y a quatre ans, il s’est mis à nourrir des corneilles qui venaient chaparder la nourriture qu’il offrait à des écureuils. Il semble que ces oiseaux aiment le menu proposé puisqu’ils reviennent année après année. M. Paquette leur offre des restes de table, sans sucre et sans sel! Ce printemps, trois sont au rendez-vous. Le Trifluvien leur a même donné un nom: Corbeau, Fifille et Plumeau. «Je les reconnais et elles me reconnaissent. Plumeau vient se poser sur mon bras. C’est ma corneille préférée. Je m’amuse avec elles», raconte-t-il.

Jean Paquette a installé des pancartes qui sont adressées à celui qui a porté plainte à la SPAM et aux corneilles pour éviter qu’elles soient en infraction.

M. Paquette a été plus que surpris lorsqu’il a vu deux employées de la SPAM sur son perron. Elles l’ont informé que ses corneilles dérangeaient. «Ce ne sont pas mes corneilles. Je ne peux pas les empêcher de voler à ciel ouvert.»

Il trouve quelque peu excessif qu’on lui interdise de les nourrir. «Est-ce qu’il va falloir enlever toutes les mangeoires d’oiseaux au Québec?», se questionne-t-il. «Il faut faire preuve d’un certain discernement et d’un certain jugement», ajoute-t-il.

Il a réagi à cette situation avec beaucoup d’ironie et une touche d’humour. Il a installé deux pancartes sur son terrain. L’une est adressée au plaignant dont il ignore l’identité. Surplombant une poubelle, il y est écrit: «Au plaignant masqué: écrivez vos lamentations et déposez-les ici». Un rouleau de papier de toilette côtoie la poubelle pour que le plaignant «écrive sa plainte», précise M. Paquette. «Je fournis quand même le papier. Je suis généreux», rigole-t-il. Une autre affiche a la forme d’une corneille géante. Il s’agit d’un avertissement pour les corneilles en infraction. «Avis aux corneilles suite à une plainte (78$ d’amende) interdiction de manger ici et de chier chez le plaignant!» «Je ne peux pas faire plus que leur écrire. On dit que c’est très intelligent des corneilles. Elles doivent savoir lire j’imagine», ironise-t-il. Il a l’intention de laisser ses pancartes en place deux ou trois jours.

Au-delà de l’intervention de la SPAM, il aurait aimé que le plaignant vienne lui parler directement de la situation plutôt que de s’adresser à l’organisme de protection des animaux. «La communication entre voisins sera toujours, à mon avis dans une société civilisée, la méthode la plus cordiale, la plus bienvenue pour éviter plein de règlements, de chicanes, de batailles. »

INTERDICTION DE NOURRIR LES CHATS ERRANTS

Par ailleurs, certains Trifluviens seront peut-être surpris d’apprendre qu’ils pourraient écoper d’une amende s’ils nourrissent des chats errants toujours en vertu du même règlement. Plusieurs le font avec toutes les bonnes intentions du monde, mais la SPAM le déconseille fortement. «Des gens veulent tout simplement aider en nourrissant les chats, mais finalement, ça crée une population féline qui peut devenir assez problématique pour certains voisins. C’est pour ça qu’on recommande aux gens de ne pas nourrir les chats errants. Ce qui est permis, c’est de les nourrir dans le but de les attraper dans une cage-trappe, mais autrement, de les nourrir et de les laisser vagabonder à l’extérieur, ce n’est pas permis.»

Selon la SPAM, les nourrir les incite à errer et à se reproduire. «C’est un facteur qui contribue directement à la surpopulation des animaux. On encourage plutôt les gens à nous donner un coup de pouce et à attraper ces animaux pour nous les confier. Premièrement, pour qu’on puisse retrouver leur propriétaire, et dans le cas d’animaux qui sont errants de génération en génération, ils vont passer dans le processus d’adoption. On encourage vraiment les gens à nous confier ces animaux plutôt que de les nourrir.»

Jean Paquette nourrit trois corneilles ce printemps. Elles ont même droit à leur table. Mardi, c’est de la tarte aux pommes qui était au menu.

La SPAM consacre aussi beaucoup d’énergie à la stérilisation des chats pour éviter les surpopulations d’animaux errants. Des cliniques de stérilisation ciblée sont offertes aux citoyens à faible revenu une fois par mois. «Aussitôt que le printemps se pointe le bout du nez, les chats sortent de leur cachette hivernale. Le cycle de reproduction reprend de plus belle», note Mme Hamel.