L’auteur du livre Sondages, outils de la démocratie ou opinion réalité?, René Gélinas.

«Il n’y a pas de recette magique»

TROIS-RIVIÈRES — Il est difficile de cibler précisément la raison pour laquelle les sondeurs se sont pratiquement tous trompés en prévoyant les résultats de la dernière élection à l’échelle provinciale selon René Gélinas, auteur du livre Sondages, outils de la démocratie ou opinion réalité?, publié récemment aux éditions Robert Laffont.

Celui qui s’intéresse aux sondages depuis de nombreuses années croit que les différentes firmes devront se pencher sur les raisons pour lesquelles ils prévoyaient une lutte serrée entre le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec au lieu du raz-de-marrée caquiste qui a finalement déferlé sur la province lundi soir.

«Il y a plusieurs raisons qui peuvent potentiellement expliquer [ce qui est arrivé]. Est-ce qu’il y en a une qui est prédominante? On ne le sait pas encore. C’est encore trop chaud. Comme on dit, le cadavre n’est pas encore refroidi. Les sondeurs devront faire un post mortem et réfléchir à tout ça», mentionne-t-il.

Par contre, le chargé de cours à l’École de gestion de l’UQTR se défend de détenir la clé qui ferait en sorte que les coups de sonde reflètent toujours la réalité à l’avenir. Il avance tout de même que les sondeurs devraient peut-être se questionner sur la représentativité de leurs échantillons ou revoir l’importance qu’ils donnent à l’engagement de la personne sondée à vraiment se prévaloir de son droit de vote. Il prévoit également que la disparité entre les résultats des différentes enquêtes et le résultat final du scrutin de lundi poussera certains sondeurs à revoir leur méthode, en tenant compte d’indicateurs difficilement quantifiables par exemple. Un tel changement de façon de faire représente cependant un grand défi selon lui.

«L’opinion publique, ça n’a jamais été facile à mesurer. Il n’y a pas de recette magique», souligne-t-il avant de préciser qu’une recette pourrait fonctionner à une certaine époque ou faire chou blanc à une autre.

Un phénomène intéressant

C’est d’ailleurs en raison de l’aspect évolutif de cet outil que l’auteur s’y intéresse depuis plusieurs années. À titre de consultant, il a lui-même mené plusieurs enquêtes à des fins commerciales. Il a également donné plusieurs cours universitaires en analyse de données.

«Ç’a toujours été un intérêt professionnel et personnel pour moi», confie-t-il.

Au cours du processus d’écriture, il a été en mesure de rencontrer plusieurs anciens politiciens, journalistes politiques influents et sondeurs réputés. Il tient d’ailleurs à indiquer que plusieurs de ces rencontres ont été rendues possibles grâce aux nombreux contacts de l’ancienne députée de Trois-Rivières et actuelle directrice du développement institutionnel et affaires publiques à l’UQTR, Danielle St-Amand. Il a entre autres pu s’entretenir avec l’ancien premier ministre Jean Charest.

«Je voulais rencontrer des personnes qui venaient de trois horizons différents. Je voulais parler à des sondeurs, des ex-politiciens et des journalistes. Le but de ça était de connaître leur point de vue par rapport à la mesure de l’opinion publique par les sondages. Je voulais aller chercher cette diversité de points de vue et faire ressortir certaines particularités», explique-t-il.