«Des équipements, il y en a pour les besoins qu’on a. Nous ne sommes pas un mois d’avance, on fonctionne au quotidien, ce qui est un peu plus tannant mais les médecins sont à pied d’œuvre, les gens sont soignés et il n’y a pas de ruptures de services», explique le docteur Pierre Martin, président de l’Association des médecins omnipraticiens de la Mauricie.
«Des équipements, il y en a pour les besoins qu’on a. Nous ne sommes pas un mois d’avance, on fonctionne au quotidien, ce qui est un peu plus tannant mais les médecins sont à pied d’œuvre, les gens sont soignés et il n’y a pas de ruptures de services», explique le docteur Pierre Martin, président de l’Association des médecins omnipraticiens de la Mauricie.

«Il faut savoir relativiser»: le moral des médecins demeure bon malgré tout

Trois-Rivières — L’Association des médecins omnipraticiens de la Mauricie (AMOM) admet qu’il y a une certaine inquiétude liée à l’approvisionnement des équipements de protection sans pour autant parler d’une situation hors de contrôle.

À l’heure où une guerre de masques est en train de se livrer, le Dr Pierre Martin, président de l’Association, insiste sur l’importance de ne pas exposer les travailleurs de la santé à des risques de contamination. «À ce jour, personne n’a travaillé sans équipements de protection. Il n’y a pas eu de «découverture» et j’espère ne jamais avoir à le vivre», précise-t-il.

Il n’en demeure pas moins que les réserves sont à la baisse comme partout ailleurs. «On nous annonce depuis quelques jours l’arrivage de ce matériel mais on va y croire quand on va l’avoir. Tant que nous n’avons rien reçu, on va rester avec une certaine dose d’inquiétude. Disons qu’on a hâte d’avoir du «lousse.» C’est pourquoi on tente de contrôler la gestion des équipements et de les utiliser de façon plus parcimonieuse pour en réduire la consommation. Actuellement, dans le réseau québécois, on consomme en un mois ce qui se consomme habituellement en un an», a-t-il expliqué.

Cette inquiétude ne crée pas pour autant des turbulences sur le terrain, selon le Dr Martin. Les médecins qui travaillent directement dans les unités où se trouvent des patients atteints du coronavirus ne sont pas outrancièrement préoccupés. «Des équipements, il y en a pour les besoins qu’on a. Nous ne sommes pas un mois d’avance, on fonctionne au quotidien, ce qui est un peu plus tannant mais les médecins sont à pied d’œuvre, les gens sont soignés et il n’y a pas de ruptures de services», a-t-il précisé.

Certes, une pandémie de cette envergure est exceptionnelle, ce qui a poussé les médecins à s’adapter rapidement, notamment avec la télé-médecine. L’offre de services a aussi été réaménagée et les GMF sont maintenant en mesure d’accepter une clientèle orpheline. «Il y a eu un beau réaménagement dans l’organisation des services de première ligne et les médecins y ont adhéré spontanément», a souligné le Dr Martin.

En fait, c’est justement dans la modification des structures que les médecins ont été le plus sollicités ces derniers jours. La consommation de services non reliés au COVID-19 aurait baissé. Selon les précisions apportées par le Dr Martin, les «sans rendez-vous» ont baissé, les statistiques en provenance de l’urgence révèlent que des patients de priorité 4 et 5 peuvent être vus en moins de deux heures et les cliniques GMFR ont des quarts de travail non comblés ces temps-ci. «C’est du jamais vu mais on a tellement dit aux gens de rester chez eux qu’ils le font. Ils consultent moins. Heureusement, nous n’avons pas trop de cas de détresse respiratoire sévère par rapport à l’ensemble des cas de COVID confirmés, de sorte que les structures ne sont pas surchargées. Nous demeurons tout de même sur le qui-vive», a-t-il mentionné.

Même chose du côté des clinique désignées d’évaluation qui ne seraient pas surpeuplées. «À Trois-Rivières, la consommation attendue était de 120 patients par jour mais à ma connaissance, il y en a autour de 60 par jour.»

Le nombre de médecins n’est pas non plus un enjeu même s’ils ne sont pas à l’abri de tomber malades. On sait que présentement, un médecin a été testé positif au COVID-19 au Centre Laflèche. Le Dr Martin rappelle que l’AMOM regroupe 300 médecins en Mauricie.

Sur le terrain, le moral des troupes demeure bon malgré tout. «Les gens veulent collaborer. Il y a des docteurs qui nous appellent et qui sont prêts à en faire plus. C’est très agréable. Les gens se soutiennent. Au niveau du ministère, des fédérations, des autorités régionales, tout le monde souligne qu’il n’y a rien à dire sur le plan de la participation médicale. Il n’y a pas tant d’angoisse que ça à gérer. S’il y en a, elle se situe du côté des travailleurs. Les médecins ont une connaissance médicale qui leur permet de mettre en perspective ce qui est stressant et ce qui ne l’est pas. Pour le préposé ou l’infirmière qui a peur de ces choses, qui n’est pas habitué, il peut se créer des scénarios catastrophes qui sont peut-être exagérés par rapport à la réalité. Attention: on ne dit pas que la réalité n’a pas son lot de danger mais il faut savoir relativiser», a-t-il indiqué.

Et enfin, comment réagissent les médecins à l’immense soutien de la population maintenant qu’ils font partie des anges gardiens? «Nous demeurons philosophes. Les gens nous aiment parce qu’ils ont besoin de nous mais quand la maladie va s’en aller, ils risquent encore de trouver à redire sur certains éléments. C’est une trêve agréable dont on ne se plaindra pas. On est heureux mais pas surpris. On ose espérer que suite à cette crise, le climat d’échange avec les médias, la population et les gens du ministère saura en bénéficier et qu’on pourra travailler dans un esprit de collaboration plutôt que dans un climat de confrontation tel que mis de l’avant par Gaétan Barrette. C’était très peu constructif et ça nuisait au recrutement des jeunes médecins», a conclu le Dr Martin.