Élyse Ménard, responsable de la Division permis, urbanisme et environnement du Service d’aménagement du territoire de la Ville de Shawinigan en compagnie du maire, Michel Angers.

«Il faut que les bottines suivent les babines»

SHAWINIGAN — Une initiative comme le covoiturage proposé aux fonctionnaires du Centre national de vérification et de recouvrement de Shawinigan correspond parfaitement à l’orientation que la Ville souhaite prendre dans son plan de transport et de mobilité durable, un engagement qui accompagne le schéma d’aménagement et de développement durable finalement adopté par le conseil municipal, mardi soir. Cette importante projection pour l’avenir du territoire se retrouve maintenant entre les mains du gouvernement du Québec, qui dispose d’un délai de 120 jours pour donner son avis de conformité avant l’entrée en vigueur.

Déjà, la Ville sait que son plan de transport et de mobilité durable doit être renforcé. Le maire, Michel Angers, considère que la suggestion adressée aux fonctionnaires fédéraux de laisser leur véhicule dans le stationnement du Centre Gervais auto et de là, adopter le covoiturage jusqu’au Centre national de vérification et de recouvrement (CNVR) du secteur Shawinigan-Sud répond à cette préoccupation.

Rappelons que cette solution est avancée pour résoudre des problèmes de stationnement de plus en plus importants. Depuis novembre 2016, pas moins de 300 embauches ont été effectuées au CNVR et une centaine s’ajouteront d’ici avril 2019.

Or, l’Alliance de la fonction publique du Canada a accueilli assez froidement la proposition de la Ville de Shawinigan. Mais le maire, Michel Angers, persiste et signe.

«Nous incitons nos propres employés à faire du covoiturage», précise-t-il, avouant du même souffle ne pas personnellement avoir intégré cette pratique, sauf pour des déplacements à l’extérieur. «Nous n’avons pas suffisamment de stationnement pour le nombre de personnes qui travaillent à l’hôtel de ville. Nous allons toujours encourager le covoiturage pour diminuer l’empreinte environnementale.»

M. Angers rappelle s’être entretenu avec la direction locale du CNVR, de même qu’avec le syndicat. Il rappelle que généralement, les représentants des travailleurs font la promotion du développement durable.

«Toutefois, comme je l’ai mentionné, nous avons des terrains à vendre et si (Services publics et Approvisionnement Canada) veut les acheter et faire des stationnements, il n’y a pas de problème. Mais notre responsabilité, c’est d’encourager le transport durable.»

Cette controverse démontre que tout le monde souhaite réduire son empreinte environnementale, mais lorsque la solution bouscule le quotidien, une résistance se fait sentir.

«Il faut que les bottines suivent les babines», insiste M. Angers. «J’ai toujours pensé qu’à partir du moment où on se retrouve devant un fait accompli, on devient créatif. Ça part de la haute direction, qui doit donner l’exemple.»

«On favorise les horaires variables, plein de choses très intéressantes pour le personnel (du CNVR), mais il faut aussi être capable de trouver des outils, comme des applications mobiles, qui permettent le covoiturage.»

M. Angers rappelle qu’à Montréal ou dans sa banlieue, ces questions ne se posent même plus.

«Les gens passent trois quarts d’heure, une heure et demie en transport en commun parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement. En région, on doit aussi faire des pas supplémentaires, casser des habitudes qu’on a depuis toujours de partir seul dans notre voiture. Les jeunes nous poussent dans le dos et si on ne fait pas cette sensibilisation vers la mobilité durable, on n’est pas conscient des changements climatiques. Il faut prendre ça au sérieux et c’est ce qu’on tente de faire à la Ville de Shawinigan.»

Autre demande

Dans le cadre de l’adoption du nouveau schéma d’aménagement, le gouvernement provincial demande aussi à la Ville de Shawinigan d’entreprendre une démarche auprès de la Commission de protection du territoire agricole du Québec pour les usagers résidentiels sur des îlots déstructurés en zone agricole.

Il en existe actuellement 23 sur le territoire qui pourraient, avec l’aval de la CPTAQ, accueillir 151 maisons supplémentaires.

«Il s’agit de regroupement de résidences, de terrains assimilés à du résidentiel qui sont en zone agricole», explique Élyse Ménard, responsable de la Division permis, urbanisme et environnement au Service d’aménagement du territoire.

«Plutôt qu’analyser les demandes une à une à la CPTAQ, la Ville s’engage à faire une demande à portée collective pour avoir une idée d’ensemble de ces situations. Ce sont des endroits déjà développés, où on a, par exemple, une terre entre deux maisons.»

À titre comparatif, la Ville de Shawinigan estime à 2820 le nombre de logements qui pourraient s’ajouter à l’intérieur du nouveau périmètre urbain proposé, qui s’étendra sur 78,2 kilomètres carrés comparativement à 84,4 km2 présentement.

Ce schéma d’aménagement et de développement durable constitue l’aboutissement du premier exercice de planification territoriale à Shawinigan depuis la fusion de 2002. Un énoncé de vision stratégique avait été adopté en 2014.

Jusqu’ici, la Ville de Shawinigan s’appuyait sur un schéma d’aménagement adopté en 1989 par l’ex-MRC du Centre-de-la-Mauricie.

«C’est une mise à jour qui a été faite en fonction de la réalité d’aujourd’hui», fait remarquer M. Angers.

Dans le cadre du processus d’adoption, la Ville de Shawinigan avait organisé une assemblée publique de consultation, le 29 mai, à laquelle 46 citoyens ont participé. Les MRC adjacentes n’ont émis aucun commentaire au cours de cette démarche.

En principe, ce document couvre les orientations de la Ville de Shawinigan jusqu’en 2030.