Mgr Pierre-Olivier Tremblay, évêque auxiliaire de Trois-Rivières et recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, pose un regard nuancé sur la façon dont la crise de la COVID-19 a été vécue au Québec.
Mgr Pierre-Olivier Tremblay, évêque auxiliaire de Trois-Rivières et recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, pose un regard nuancé sur la façon dont la crise de la COVID-19 a été vécue au Québec.

«Il faut peut-être retravailler notre solidarité», estime Mgr Tremblay

TROIS-RIVIÈRES — Alors que les églises rouvrent leurs portes, c'est un regard critique, mais teinté d'espoir, que Mgr Pierre-Olivier Tremblay pose sur la façon dont la crise de la COVID-19 a été vécue au Québec. «Bravo à toutes les mesures que l'on va prendre collectivement pour se donner des ressources, tant financières qu'humaines, mais les solutions technocratiques ne vont pas résoudre tous les enjeux», fait valoir l'évêque auxiliaire de Trois-Rivières et recteur du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

La crise aura agi comme révélateur de nos vulnérabilités, croit Mgr Tremblay. «Il y a quelque chose dans notre société qui tourne un peu dans le vide en ce moment. Cette course à la consommation démontre dans les moments de crise qu'il y a quelque chose qui manque», observe-t-il, en ajoutant que «les Québécois sont «peut-être un peu dispersés».

«On est une société qui recherche beaucoup la distraction, mais on n'est pas toujours là quand les gens en ont besoin», continue Mgr Tremblay, qui rappelle que traditionnellement, la famille a toujours été une valeur phare dans la société québécoise. «Ce qui est arrivé n'est pas une surprise, on avait les signaux d'alarme depuis des années», dit-il au sujet du drame qui s'est joué dans les CHSLD. «Il faut peut-être retravailler notre solidarité», avance-t-il.

Invité à commenter la place de la spiritualité dans la crise sanitaire, le recteur du Sanctuaire soutient que «la science sert grandement notre condition humaine, mais elle ne répond pas à toutes les questions du sens». Usant de la métaphore, il maintient que «dans les moments les plus obscurs, une chandelle peut faire la différence». La façon dont les Québécois ont fait table rase de la religion a laissé un «grand vide», qu'il faut maintenant s'affairer à combler, note encore Mgr Tremblay. Il en appelle à une foi retrouvée en la dignité humaine.

«Mon objectif n'est pas de ramener le monde à la messe, ce n'est pas ça, mon objectif est que notre monde soit plus humain. Si le Sanctuaire peut aider, je me dis qu'on est exactement à la bonne place», déclare le recteur, disant tendre la main aux croyants comme aux non-croyants. «La crise que l'on traverse va peut-être nous amener à réaliser qu'on ne peut pas juste se fier à nos ressources gouvernementales ou technocratiques, et que la solidarité ne passe pas juste par de meilleurs salaires», espère-t-il.

Quant au sens à donner à la crise et à la place que la foi peut y jouer, Pierre-Olivier Tremblay prône «une modestie assumée». «Nous ne sommes ni tout-puissants ni impuissants», soutient-il. Devant l'épreuve ou la maladie, le croyant a la conviction que la mort n'a pas le dernier mot et qu'il n'est pas seul, fait-il valoir. Que l'on parle de religion, ou de spiritualité, l'important est de trouver un peu de lumière dans l'adversité, dit-il encore. «On s'est départi de la religion catholique, mais que reste-t-il maintenant?», demande Mgr Tremblay. «Parlons-nous et avançons ensemble», implore-t-il.

S'il se réjouit de la réouverture des lieux de culte, Pierre-Olivier Tremblay déplore toutefois que la permission soit venue en fin de déconfinement et qu'elle soit si restrictive. «Le gouvernement ne l'a même pas annoncé, pour moi c'est un signe qu'il a un malaise avec la chose religieuse», constate-t-il. Pour lui, si c'est un signe que le gouvernement est en phase avec son époque, il trouve néanmoins dommage que l'empathie et la bienveillance ne prévalent pas plus envers les croyants.

Mgr Tremblay s'anime quelque peu quand il aborde la question. «C'est comme si on avait une vision tellement instrumentaliste de l'humain, que l'on perd la capacité de la gratuité», se désole-t-il. «Parlons-en d'économie! Les communautés religieuses, on est un acteur économique de premier plan», martèle l'évêque auxiliaire. «Avant la pandémie, 300 000 Québécois allaient à la messe tous les dimanches, on est le plus grand mouvement social du Québec, qu'on arrête de nous prendre pour des gens qui n'existent plus!», insiste-t-il.

Lucide, Mgr Tremblay admet que la crise n'aura pas aidé l'Église. Celle-ci faisait déjà face à de nombreux défis, indique-t-il. Les fidèles sont vieillissants et la relève peine à se manifester. Comme toute autre organisation, les temps qui s'annoncent sont faits d'incertitude, convient-il. Or, encore ici, la foi du religieux aura le dernier mot: «au niveau institutionnel, l'Église va continuer de dépérir, mais au niveau de ce qu'il y a de plus beau, ce qu'il y a de plus grand, il n'y a rien qui va arrêter ça, ça va continuer».